Exclusif: Autodistribution assigne Goldman Sachs
Dimanche 5 Avril 2009 à 00:34 | Lu 16317 fois I 62 commentaire(s)
Sylvain Lapoix
S’estimant lésés par les deux rachats en LBO successifs menés par Goldman Sachs qui ont laissé l’entreprise criblée de dettes, 81 actionnaires d’Autodistribution poursuivent la banque en justice pour obtenir réparation et prouver la responsabilité sociale du financier. Enjeu : 6500 emplois.
Malgré les 670 millions d'euros de dettes qu’elle porte sur le dos, Autodistribution (AD) bouge encore. Premier distributeur français de pièces détachés automobiles au début des années 2000, cette entreprise de 6500 salariés est récemment devenue la première victime de la bulle des LBO. Objet d’un premier achat de parts massifs par le financer américain Goldman Sachs en 1999 avec une forte dette, puis d’un second en 2001, l’entreprise a été cédée une nouvelle fois en 2006 au fonds InvestCorp, chargé de plus de 550 millions d’euros de dettes.
Reprise de justesse par Tower Brook en mars dernier, l’entreprise pourrait bien mourir de ses mauvaises créances. Mais 81 actionnaires minoritaires ne l’entendent pas de cette oreille : ils poursuivent Goldman Sachs pour dommages et intérêts avec la ferme intention de prouver que le financier américain n’a géré l’entreprise que dans l’unique but de rembourser ses dettes. Marianne2.fr s’est procuré l’assignation en justice et l’appel à comparaître au tribunal de commerce de Paris le 11 mai 2009.
Un groupe prometteur devenu une machine à dettes
Tout commence par une OPA hostile du groupe Fimalac en 1999 : pour contrer l'opération, Autodistribution décide de se renforcer en cédant à des partenaires financiers une majorité de parts, avec, déjà, un fort effet de levier par endettement, les membres d’Autodistribution conservant 34,9%. C’est alors que Goldman Sachs rentre dans le capital (aux côtés d’Axa, AGF, Butler…) sous l’étiquette de Goldman Sachs Private Equity. Déjà leader des pièces détachés auto en France et implanté dans certains pays européen, le groupe Autodis ainsi créé envisage de grandir en fusionnant avec une société similaire et lorgne sur Finelist, son alter ego britannique.
Goldman Sachs se propose alors pour une expertise financière, mais par une autre de ses filiales, Goldman Sachs International, qui donne le feu vert pour l’acquisition après examen du dossier. Mais en juillet 2000, quelques mois après avoir signé un LBO pour acquérir Finelist, cette dernière révèle des difficultés gravissimes qui laissent à Autodis une seule alternative : déposer le bilan ou trouver de nouveaux partenaires pour remettre au pot. Goldman Sachs International revient alors pour conseiller Autodis et propose un plan de restructuration... à base de LBO ! La part des minoritaires (petits actionnaires et gérants des franchises) tombent de 34,9 à 4,2% et celle de Goldman Sachs monte à plus de 90%.
Tout commence par une OPA hostile du groupe Fimalac en 1999 : pour contrer l'opération, Autodistribution décide de se renforcer en cédant à des partenaires financiers une majorité de parts, avec, déjà, un fort effet de levier par endettement, les membres d’Autodistribution conservant 34,9%. C’est alors que Goldman Sachs rentre dans le capital (aux côtés d’Axa, AGF, Butler…) sous l’étiquette de Goldman Sachs Private Equity. Déjà leader des pièces détachés auto en France et implanté dans certains pays européen, le groupe Autodis ainsi créé envisage de grandir en fusionnant avec une société similaire et lorgne sur Finelist, son alter ego britannique.
Goldman Sachs se propose alors pour une expertise financière, mais par une autre de ses filiales, Goldman Sachs International, qui donne le feu vert pour l’acquisition après examen du dossier. Mais en juillet 2000, quelques mois après avoir signé un LBO pour acquérir Finelist, cette dernière révèle des difficultés gravissimes qui laissent à Autodis une seule alternative : déposer le bilan ou trouver de nouveaux partenaires pour remettre au pot. Goldman Sachs International revient alors pour conseiller Autodis et propose un plan de restructuration... à base de LBO ! La part des minoritaires (petits actionnaires et gérants des franchises) tombent de 34,9 à 4,2% et celle de Goldman Sachs monte à plus de 90%.
Autodistribution dévoué à ses dettes
En échange de ce sacrifice, les distributeurs du réseau AD obtiennent un accord : un surcroit de travail leur est demandé pour renflouer les pertes de la catastrophe Finelist en échange duquel ils recevront les 30% perdus au moment où Goldman Sachs se désengagera.
Mais en 2006, quand le financier cède ses parts à InvestCorp, c’est sans concertation avec les actionnaires minoritaires, qui enquêtent alors pour comprendre ce qui a été fait de leur entreprise. Les 30% promis n'ayant pas été rendu aux actionnaires minoritaires, ces derniers auraient été lésés, selon les calculs du cabinet SBKG, de 18,3 millions d'euros.
« Selon notre expertise, la vente a été viciée, affirme maître Gordon-Krief, qui représente les 81 plaignants. Le travail des distributeurs n’a servi qu’à rembourser la dette. Si InvestCorp a échoué à redresser AD, c’est du fait de la gestion financière de l’entreprise par Goldman Sachs. » De leur côté, les patrons des franchisés accusent le coup : « les filiales ont été complètement démoralisées, constate Bernard Berdah, distributeur chez AD. Il y a une instabilité totale et les équipes tournent sans arrêt : aucun employé n’a plus de 6 ou 8 mois d’ancienneté maintenant, ce qui est catastrophique dans ce secteur. »
En échange de ce sacrifice, les distributeurs du réseau AD obtiennent un accord : un surcroit de travail leur est demandé pour renflouer les pertes de la catastrophe Finelist en échange duquel ils recevront les 30% perdus au moment où Goldman Sachs se désengagera.
Mais en 2006, quand le financier cède ses parts à InvestCorp, c’est sans concertation avec les actionnaires minoritaires, qui enquêtent alors pour comprendre ce qui a été fait de leur entreprise. Les 30% promis n'ayant pas été rendu aux actionnaires minoritaires, ces derniers auraient été lésés, selon les calculs du cabinet SBKG, de 18,3 millions d'euros.
« Selon notre expertise, la vente a été viciée, affirme maître Gordon-Krief, qui représente les 81 plaignants. Le travail des distributeurs n’a servi qu’à rembourser la dette. Si InvestCorp a échoué à redresser AD, c’est du fait de la gestion financière de l’entreprise par Goldman Sachs. » De leur côté, les patrons des franchisés accusent le coup : « les filiales ont été complètement démoralisées, constate Bernard Berdah, distributeur chez AD. Il y a une instabilité totale et les équipes tournent sans arrêt : aucun employé n’a plus de 6 ou 8 mois d’ancienneté maintenant, ce qui est catastrophique dans ce secteur. »
Une situation financière qui, combinée à la crise automobile, pourrait bien signifier la fin du groupe. Contactés par Marianne2.fr, les services de Goldman Sachs à Londres se refusent à tout commentaire sur la poursuite, les accusations ou le « cas Autodistribution ».
Le procès des LBO ?
Pot de terre contre pot de fer ? Jugé « désespéré » par certains, ce procès pourrait néanmoins avoir une portée considérable : en condamnant une gestion financière s’étant substituée à une gestion économique, c’est le pêché originel du LBO que visent les 81 plaignants, celui par lequel, quand le crédit était abondant, les financiers se sont régalés d’entreprises juteuses qu’ils ont pressuré pour en extraire leurs 10 à 20% de rentabilité annuelle avant de les jeter exsangue dans le dépôt de bilan.
« Goldman Sachs s’est comporté suivant le modèle anglo-saxon qui ne considère que deux masses d’intérêt : les actionnaires et les financiers, soutient maître Gordon-Krief. Ils nient purement et simplement l’intérêt social ! » Goldman Sachs condamné, ce serait une reconnaissance implicite de la responsabilité sociale des profiteurs de LBO. Une petite « moralisation du capitalisme » qui pourrait changer le sort des 6500 salariés d'AD, suspendu à quelques dettes.
Le procès des LBO ?
Pot de terre contre pot de fer ? Jugé « désespéré » par certains, ce procès pourrait néanmoins avoir une portée considérable : en condamnant une gestion financière s’étant substituée à une gestion économique, c’est le pêché originel du LBO que visent les 81 plaignants, celui par lequel, quand le crédit était abondant, les financiers se sont régalés d’entreprises juteuses qu’ils ont pressuré pour en extraire leurs 10 à 20% de rentabilité annuelle avant de les jeter exsangue dans le dépôt de bilan.
« Goldman Sachs s’est comporté suivant le modèle anglo-saxon qui ne considère que deux masses d’intérêt : les actionnaires et les financiers, soutient maître Gordon-Krief. Ils nient purement et simplement l’intérêt social ! » Goldman Sachs condamné, ce serait une reconnaissance implicite de la responsabilité sociale des profiteurs de LBO. Une petite « moralisation du capitalisme » qui pourrait changer le sort des 6500 salariés d'AD, suspendu à quelques dettes.
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