Euro, une monnaie unique nocive par nature (2/3)
Jeudi 6 Janvier 2011 à 18:01 | Lu 5798 fois I 9 commentaire(s)
Bernard Prudhon - Tribune
L'euro n'a accompli aucun miracle, ni croissance, ni stabilité financière, souligne l'avocat à la Cour d'Appel, Bernard Prudhon. Selon lui, les autorités monétaires européennes doivent avant tout stabiliser les cours fragilisés des marchés et, donc, régler les problèmes des dettes publiques.
Le débat est-il ainsi ouvert? Les européistes de tous bords n’en voient pas apparemment l’intérêt. Ils ne perçoivent de solution que dans le renforcement de la «gouvernance économique» dont les ministres de l’UE seraient dépourvus, et ceux-ci de sortir aussitôt leurs dossiers préparés pour en avancer les pistes.
Ce fut l’œuvre du G20 de 2009. Elles consistent pour l’essentiel en effet :
- à ce que les États membres soumettent leurs projets de budget à la Commission européenne avant même qu’ils les aient présentés à leur Parlement respectif,
- à ce qu’ils rendent compte à la Commission d’indicateurs lui permettant la mesure des écarts de compétitivité venant à les écarter par trop les uns des autres, et à la doter d’un droit de «recommandation» à leur égard,
- à ce que soit constitué, au sein même des instances de l’UE, un «fonds de stabilisation» pourvu de ressources sous forme de garanties de paiement permettant aux États membres de lever sur les marchés des fonds destinés à leur permettre de faire face aux menaces de cessation de paiement, dont ils viendraient à faire l’objet.
Le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) fut créé alors même que le sauvetage des finances publiques grecques n’était pas achevé dans des conditions de régularité juridique des plus discutables (4). Il n’en a pas moins été pourvu de 440 milliards d’euros et mis ainsi en charge d’assumer des prestations de garanties de paiement à hauteur de près du double. Ces dispositions ont eu le mérite de mutualiser les échéances des dettes publiques, mais dont aucune n’est de nature à en alléger la charge, et moins encore à en tarir le cours.
Par les garanties de paiement qu’il accorde ainsi aux souscripteurs des emprunts d’État, le FESF ne manque pas de mettre les États membres en mesure de poursuivre leurs émissions de bons et obligations de dettes publiques. Mais rien là qui puisse suffire à assurer la stabilisation du cours des titres émis, la croissance de l’épargne nécessaire à leur achat n’y étant nullement corrélée. Force reste même d’en anticiper l’insuffisance puisque l’affaissement des cours, si elle vient à se produire, se traduit par la hausse des taux d’intérêt (5), elle-même incitatrice d’investissements amoindris d’où procède l’épargne.
Ce pourquoi la stabilisation des cours ainsi fragilisés s’avère la plus urgente des tâches des autorités monétaires. Elle consiste pour les banques d’émission - dont la gestion de la dette publique sur les marchés est le métier -, à y acheter, racheter ou prendre en pension les titres de dettes d’État qui ne trouvent pas preneur. Tel est l’objectif que la BCE leur assigne, selon les termes mêmes de la déclaration que son Président fait à la presse quand il déclare avoir besoin d’une « fédération budgétaire » (6).
Vaste entreprise à hauts risques de surcroît, car ce faisant, elles incisent dans les circuits financiers des liquidités - affectées en principe au financement de crédits consentis aux entreprises de production ou de services -, mais dont ces dernières ne sont pas preneuses, les perspectives stagnantes de leurs chiffres d’affaire à la mesure de la réduction des déficits publics et les délocalisations industrielles en cours, les mettant à l’abri du besoin qu’elles pourraient en avoir.
Aussi bien établissements de crédits de tout ordre et autres organismes d’intermédiation bancaire, pour rentabiliser les ressources croissantes de cette provenance et renforcer ainsi leurs fonds propres (règles de Bâle 3), n’ont-ils d’autre issue que de les affecter à des opérations dites de marchés. Elles consistent à souscrire aux titres qu’on y trouve - dont les obligations d’États qui rapportent des intérêts créditeurs -, sans exclure d’autres placements et opérations de termes à incidences parfois déstabilisantes (7).
Façon, en tout cas, de soutenir les cours de bourse, de rassurer les porteurs et de plaire aux émetteurs, mais moyen très sûr d’instiller en permanence dans les circuits financiers des poches de liquidités sans emploi, sauf spéculatif, laissant ainsi libre cours à la crise sous-jacente, ainsi qu’à ses manifestations : krachs boursiers et rebonds subséquents.
Difficultés ainsi différées, problème non résolu, le tout étant remis à plus tard. Prolongations assurées donc, et… vogue la galère.
De ce point de vue, et contrairement à ce que d’aucuns prétendent, l’euro, parce qu’il est un facteur d’endettement permanent, n’est pourvu d’aucune vertu salvatrice. Il s’avère au contraire gravement attentatoire à l’épargne existante ainsi qu’aux structures de financement en place.
(4) Article ci-dessous : « Les "petits pas" d'une gouvernance européenne frauduleuse » Bernard Prudhon
(5) Les bons et obligations à intérêt fixe, valent à qui les acquiert, quand leur cours s’est affaissé par rapport à leur valeur nominale initiale, un rendement accru (par évidence arithmétique), impliquant, par effet de marché, la hausse des taux d’intérêt.
(6) Le Monde du 1er juin 2010, « Nous avons besoin d’une fédération
budgétaire » - Interview de M. Trichet
(7) Opérations de termes qui consistent sur les marchés orientés à la baisse à vendre à découvert des titres rachetés à terme à moindre prix
Lire aussi : Euro : une monnaie unique «nocive par nature» (1/3) , Euro : une monnaie unique «nocive par nature» (3/3)
Ce fut l’œuvre du G20 de 2009. Elles consistent pour l’essentiel en effet :
- à ce que les États membres soumettent leurs projets de budget à la Commission européenne avant même qu’ils les aient présentés à leur Parlement respectif,
- à ce qu’ils rendent compte à la Commission d’indicateurs lui permettant la mesure des écarts de compétitivité venant à les écarter par trop les uns des autres, et à la doter d’un droit de «recommandation» à leur égard,
- à ce que soit constitué, au sein même des instances de l’UE, un «fonds de stabilisation» pourvu de ressources sous forme de garanties de paiement permettant aux États membres de lever sur les marchés des fonds destinés à leur permettre de faire face aux menaces de cessation de paiement, dont ils viendraient à faire l’objet.
Le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) fut créé alors même que le sauvetage des finances publiques grecques n’était pas achevé dans des conditions de régularité juridique des plus discutables (4). Il n’en a pas moins été pourvu de 440 milliards d’euros et mis ainsi en charge d’assumer des prestations de garanties de paiement à hauteur de près du double. Ces dispositions ont eu le mérite de mutualiser les échéances des dettes publiques, mais dont aucune n’est de nature à en alléger la charge, et moins encore à en tarir le cours.
Par les garanties de paiement qu’il accorde ainsi aux souscripteurs des emprunts d’État, le FESF ne manque pas de mettre les États membres en mesure de poursuivre leurs émissions de bons et obligations de dettes publiques. Mais rien là qui puisse suffire à assurer la stabilisation du cours des titres émis, la croissance de l’épargne nécessaire à leur achat n’y étant nullement corrélée. Force reste même d’en anticiper l’insuffisance puisque l’affaissement des cours, si elle vient à se produire, se traduit par la hausse des taux d’intérêt (5), elle-même incitatrice d’investissements amoindris d’où procède l’épargne.
Ce pourquoi la stabilisation des cours ainsi fragilisés s’avère la plus urgente des tâches des autorités monétaires. Elle consiste pour les banques d’émission - dont la gestion de la dette publique sur les marchés est le métier -, à y acheter, racheter ou prendre en pension les titres de dettes d’État qui ne trouvent pas preneur. Tel est l’objectif que la BCE leur assigne, selon les termes mêmes de la déclaration que son Président fait à la presse quand il déclare avoir besoin d’une « fédération budgétaire » (6).
Vaste entreprise à hauts risques de surcroît, car ce faisant, elles incisent dans les circuits financiers des liquidités - affectées en principe au financement de crédits consentis aux entreprises de production ou de services -, mais dont ces dernières ne sont pas preneuses, les perspectives stagnantes de leurs chiffres d’affaire à la mesure de la réduction des déficits publics et les délocalisations industrielles en cours, les mettant à l’abri du besoin qu’elles pourraient en avoir.
Aussi bien établissements de crédits de tout ordre et autres organismes d’intermédiation bancaire, pour rentabiliser les ressources croissantes de cette provenance et renforcer ainsi leurs fonds propres (règles de Bâle 3), n’ont-ils d’autre issue que de les affecter à des opérations dites de marchés. Elles consistent à souscrire aux titres qu’on y trouve - dont les obligations d’États qui rapportent des intérêts créditeurs -, sans exclure d’autres placements et opérations de termes à incidences parfois déstabilisantes (7).
Façon, en tout cas, de soutenir les cours de bourse, de rassurer les porteurs et de plaire aux émetteurs, mais moyen très sûr d’instiller en permanence dans les circuits financiers des poches de liquidités sans emploi, sauf spéculatif, laissant ainsi libre cours à la crise sous-jacente, ainsi qu’à ses manifestations : krachs boursiers et rebonds subséquents.
Difficultés ainsi différées, problème non résolu, le tout étant remis à plus tard. Prolongations assurées donc, et… vogue la galère.
De ce point de vue, et contrairement à ce que d’aucuns prétendent, l’euro, parce qu’il est un facteur d’endettement permanent, n’est pourvu d’aucune vertu salvatrice. Il s’avère au contraire gravement attentatoire à l’épargne existante ainsi qu’aux structures de financement en place.
(4) Article ci-dessous : « Les "petits pas" d'une gouvernance européenne frauduleuse » Bernard Prudhon
(5) Les bons et obligations à intérêt fixe, valent à qui les acquiert, quand leur cours s’est affaissé par rapport à leur valeur nominale initiale, un rendement accru (par évidence arithmétique), impliquant, par effet de marché, la hausse des taux d’intérêt.
(6) Le Monde du 1er juin 2010, « Nous avons besoin d’une fédération
budgétaire » - Interview de M. Trichet
(7) Opérations de termes qui consistent sur les marchés orientés à la baisse à vendre à découvert des titres rachetés à terme à moindre prix
Lire aussi : Euro : une monnaie unique «nocive par nature» (1/3) , Euro : une monnaie unique «nocive par nature» (3/3)
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