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Euro : et si le problème, c'était l'Allemagne ?Bernard Maris - France Inter | Jeudi 11 Février 2010 à 11:16 | Lu 23973 fois
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris. Alleluia ! L'Allemagne vient au secours de la Grèce. Mais en apportant sa crédibilité à la zone euro, c'est surtout ses propres intérêts que sert notre voisin germanique.
Et si le problème de l’euro c’était l’Allemagne plutôt que la Grèce...
Aujourd’hui se tient une réunion des 27 dirigeants de l’Union Européenne qui sera consacrée, on s’en doute, au problème de la Grèce, mais on sait déjà que la France et l’Allemagne ont décidé de ne pas laisser tomber ce pays. Ce qui est intéressant c’est que l’Allemagne accepte d’apporter son concours à ce « sauvetage » (entre guillemets) et ne se lave pas les mains des affaires économiques européennes, comme elle avait été tentée de le faire au moment de la crise financière. Elle le fait un peu à contre cœur... Explication d'une telle réticence
Parce que la zone euro, ce n’est pas vraiment la zone euro, mais la zone mark, lequel mark a été rebaptisé euro. Il faut se souvenir d’où on vient : on sort d’une histoire économique de l’Europe où la monnaie dominante était le mark. Le Franc était constamment, surévalué par rapport au Mark. Il payait sa parité d’un excès de taux d’intérêt sur les emprunts émis en francs, exactement comme la Grèce paye aujourd’hui son manque de crédibilité d’un excès de taux d’intérêts. Comme le franc était surévalué, la croissance était plus faible en et le chômage plus fort. Et comme le mark était sous évalué, les exportations allemandes étaient déjà très fortes. La BCE a été symboliquement installée à Francfort. Les statuts de la BCE ont impliqué une lutte systématique contre l’inflation, mot haï des Allemands. En échange de quoi, adhérant à l’euro, l’Allemagne lui a apporté sa crédibilité.
Ce sont les marché et les épargnants, qui veulent que leur capital conserve de la valeur, qui décident de cette fameuse crédibilité. Quand Pierre Mauroy a refusé de dévaluer le Franc en arrivant au pouvoir, il a augmenté les taux d’intérêt jusqu’à 18% ! Du jamais vu ! et que s’est-il passé ? Les marchés ont attaqué malgré tout le Franc et de plus belle ! Preuve que lorsque vous n’êtes pas crédible, rien n’y fait. Aujourd’hui ce n’est pas la Grèce qui se rendra crédible, ce sont les autres qui la rendront crédible, au premier rang desquels, l’Allemagne. Pour la seconde fois l’Allemagne apporte sa crédibilité à l’euro.
L'intérêt pour l'Allemagne est double.
D’abord sa stratégie exportatrice lui a coûté 5% de chute du PIB. Si la zone euro se porte bien, les exportations de l’Allemagne se porteront bien : en jouant coopératif plutôt que concurrentiel, l’Allemagne sert ses propres producteurs.
Elle a été tentée de jouer cavalier seul en matière fiscale, de faire du dumping fiscal, et les libéraux réclament une baisse drastique des impôts. Mais si elle se lance dans la guerre fiscale, elle empêche les autres pays de rééquilibrer leurs finances ; elle ruine leur économie, et là encore se prive d’une forte demande ; et en plus elle se prive elle aussi de recettes au moment où elle en a terriblement besoin : les juges constitutionnels viennent d’obliger Madame Merkel à revenir sur les minima sociaux, au prétexte, je cite, que ces minima « ne permettent pas un minimum de participation à la vie sociale et culturelle du pays ». On respire quand on voit que derrière les chiffres de l’économie il y a encore du social et du culturel.
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