Marianne2 2012

Etonnante natalité

Jeudi 15 Janvier 2009 à 17:00 | Lu 13757 fois I 78 commentaire(s)

Malakine

Par Malakine. La natalité française bat encore des records. Doit-on s'en réjouir? Pas sûr. Plutôt que de faire dans l'auto célébration de notre modèle social, il est possible d'y voir quelques symptômes de désordres divers.


(photo : f_mafra - Flickr - cc)
(photo : f_mafra - Flickr - cc)
La natalité française n'en finit plus de battre des records. Déjà champion d'Europe des naissances, la France vient cette année de franchir le seuil symbolique du renouvellement des générations avec un indice de fécondité de 2018 enfants par femme selon le dernier bilan démographique publié par l'Insee. Cette performance française ne cesse de surprendre et de susciter des interrogations. En première analyse, on est tenté de se réjouir de la réussite du modèle français, comme je l'avais fait il y a deux ans, et ne voir dans ces chiffres qu'une conséquence vertueuse de nos politiques de la petite enfance et du sacro-saint principe d'égalité homme-femme qui permet aux Françaises à tous de cumuler vie familiale et vie professionnelle. Cette année, j'ai envie de me faire l'avocat du diable pour interpréter pour voir dans cette étonnante performance le symptôme de différents malaises. Je préfère prévenir : Ce qui suit peut choquer.

La première des polémiques qui entache ces chiffres est de déterminer l'apport de l'immigration dans ces naissances. Officiellement, l'INED considère que les naissances liées à l'immigration ne pèsent que pour 0.1 dans l'indice de fécondité (1). Pourtant la prohibition des statistiques ethniques conjuguée à notre droit de la nationalité « assimilateur » interdit toute certitude en la matière, surtout si l'on considère comme certains que l'on peut être à la fois de nationalité française et néanmoins immigré.

Ainsi Michel Godet, hier à « On refait le monde », a avancé des chiffres étonnant. Partant du principe que 2 des 5 millions d'immigrés ont déjà acquis la nationalité française et que 19 % des naissances ont au moins un parent étranger (2), il en déduit par extrapolation que 25 % des naissances au moins sont le fruit de l'immigration et 40% en Île-de-France ! Le « néo conservateur à passeport français » Yvan Rioufol avançait lui aussi ses chiffres qu'il disait tenir d'un démographe, selon lesquels les femmes françaises d'origine européenne (il n'a pas osé dire « de souche ») avaient un indice de seulement 1.7 et les femmes françaises toute origine confondues de seulement 1.8, les étrangères produisant le surplus avec un zèle d'envahisseur.

Un sujet tabou ?
Il est regrettable que l'Insee ne nous dise rien sur ce point, pas même le taux de naissance dont l'un des deux parents est étranger, contrairement au rapport de 2006, ce qui laisse la désagréable impression d'un sujet tabou. L'enjeu n'est pas immense et se situe davantage dans la capacité de la France à assimiler ces populations d'origine étrangère que dans la pureté ethnique du pays. Néanmoins, il serait bon que nous disposions une fois pour toutes de données fiables ne serait-ce que pour éviter les fantasmes comme les discours lénifiants.

L'autre point de débat sur nos étonnantes performances en terme de natalité porte sur son interprétation. Plutôt que de faire dans l'auto célébration de notre modèle social, il est possible d'y voir quelques symptômes de désordres divers.

La relation à l'enfant est en effet complexe. Elle ne se résume pas à des conditions matérielles propices engendrées par les politiques publiques avancées. Elle procède davantage de déterminants psycho-sociologiques largement indépendant du contexte économique ou de la confiance ressentie en l'avenir. On a trop associer croissance économique et forte natalité faisant du baby boom une loi absolue. Or, comme Michel Godet l'a souligné hier, certains pays en proie au chaos, tel que la Palestine, ont une natalité extrêmement élevée. Et inversement certains pays stables et prospères ont une natalité fortement déprimée.

De ce point de vue le fort désir d'enfant qui existe dans notre pays pourrait s'expliquer par des causes qui seront autant de symptômes d'un profond malaise.

Le désir d'enfant pourrait ainsi être relié à un profond rejet de la mondialisation et des nouvelles formes de management qu'elle implique dans les entreprises. Il s'agirait alors d'un symptôme de désengagement de la vie économique, d'un repli sur la sphère privée et d'un rejet assez violent de ce que j'ai appelé récemment « l'idéologie du cadre dynamique ». Qui n'a jamais entendu une collègue de bureau s'emporter un jour à propos du chef « S'il continue, je fais le troisième ! » ? La natalité pourrait alors être relié à l'attachement de la population pour les 35 heures et ces divines RTT grâce auxquelles nous avons un peu plus le temps de vivre : L'antithèse radicale du travailler plus pour gagner plus !

L'inexorable remontée de la natalité peut également être liée à la déchristianisation de notre pays et au vide spirituel qui en résulte et, avec lui, une profonde angoisse existentielle et métaphysique. Plus de doctrine morale, religieuse ou idéologique. Plus de projet collectif ni de trajectoire d'évolution à accomplir. La vie ne peut plus trouver sens que dans un bonheur individuel, de plus en plus difficile d'accès quand l'individu s'est libéré de toute structure intérieure afin de laisser libre cours à ses désirs.
L'individu-roi, censé être devenu lui-même le but ultime de sa propre existence, cherche désespérément des échappatoires à un sentiment d'absurdité qui menace de l'engloutir. Quoi de mieux alors que de donner naissance à nouveau petit moi qui lui procurera un bonheur sans fin (du moins jusqu'à l'adolescence), qui donnera définitivement un sens irréfragable son existence et développera un inédit sens du devoir qui lui manquait tant jusque là ? La passion nataliste française serait alors à rapprocher du triste record mondial de notre pays concernant la consommation de médicaments et de psychotropes. L'enfant comme le meilleur des anxiolytiques !

« une terrible carence affective consécutive d'une éducation trop libérale »
Enfin, le dernier symptôme qui peut se cacher derrière nos prouesses natalistes, serait celui d'une terrible carence affective consécutive d'une éducation trop libérale. Nous ne faisons plus des enfants pour reprendre l'exploitation familiale, pour faire la guerre ou assurer la perpétuation de certaines valeurs dont on a été soi même les dépositaires. Nous faisons aujourd'hui des enfants pour être aimé. La transmission se fait désormais à rebours. Les parents ne s'autorisent plus à rien transmettre, ni règles, ni valeurs, ni tradition. L'Enfant roi est, dans sa parfaite virginité, un être immédiatement parfait, qu'aucune forme d'éducation ne doit venir dénaturer. L'Enfant est pur amour, pure joie de vivre, à la fois innocence et Sagesse innée. Il est source de tout et réceptacle de rien. Il né sur un piédestal pour se perdre progressivement dans la banalité et la médiocrité.

L'Enfant sacralisé finit un jour par perdre son innocence et devenir un ado à problème avant de devenir un jeune à la dérive, ou alors simplement un adulte frustré et creux qui après avoir cherché obsessionnellement l'amour dans un alter-égo de l'autre sexe, finira par ressentir à son tour ce besoin d'enfanter pour se retrouver face à un prolongement de soi même quasi divinisé, qui ne lui renverra de lui même que l'image de la perfection et lui exprimera cet amour stable et inconditionnel qu'il s'est épuisé toute sa vie à rechercher.

(1) Etude de l'INED de mars 2007 “Deux enfants par femme, la faute aux immigrés ?
(2) Ce qui est exact

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