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Et si les riches étaient aussi crédules que cyniques?Philippe Cohen | Vendredi 13 Mars 2009 à 12:07 | Lu 8669 fois
Le magazine Forbes vient de publier son classement annuel des milliardaires. Leur nombre a baissé de 30% et leur fortune a fondu de moitié. Preuve qu'ils croyaient, eux aussi, aux mirages du capitalisme financier...
Bill Gates, ici lors du forum économique mondial de Davos en 2007, reste n°1 du classement des milliardaires réalisé par Forbes (photo : World Economic Forum - Flickr - cc)
Pour beaucoup de gens de gauche, les pauvres sont les premières victimes de la crise. Les gens de gauche ont raison : quand les ouvriers et les salariés trinquent, ils perdent leur emploi ou une partie de leurs revenus et ne disposent pas de possibilités de rebonds. Tandis que si Bernard Arnault perd, comme c’est le cas, 30 milliards, ce « contretemps » ne va pas changer grand chose à son existence.
Faillites personnelles, suicides En tout cas, pour les fortunes colossales amassées au cours de ces années folles, par les Maîtres du monde et de la finance, la correction est sévère, comme l’indique la publication du classement de Forbes cette semaine, auquel le quotidien Les Echos a consacré sa une : les milliardaires étaient 1125 l'an passé, ils ne sont plus que 793 cette année et leur fortune a fondu de moitié. Les journalistes économiques sont visiblement impressionnés : «Certains milliardaires, rapporte les Echos, ont vu leur fortune disparaître du jour au lendemain, comme le milliardaire islandais Bjorgolfur Gudmundson (propriétaire de Landsbanski) ou l'Allemand Adolf Merckle (pharmacie, chimie, ciment), qui s'est suicidé. Sans surprise, des ténors de Wall Street ont été éjectés du saint des saints, comme Sandy Weill (Citi) ou Hank Greenberg (AIG).» 44 gros malins Certes, la publication de ce hit parade annuel de l'indécence ne donne vraiment pas envie de plaindre les ultra-riches. Mais la découverte de cette berezina de la finance nous enseigne au moins une chose : les têtes de gondole du capitalisme financier sont moins (ou tout autant) des cyniques que des croyants. Croyant, et crédule, il fallait l'être pour penser que les grandes sociétés pouvaient durablement tabler sur des taux de profit dépassant 15%. Croyant, il fallait l'être aussi pour supposer que, par la grâce de la titrisation, le risque pouvait être pratiquement évacué de leurs portefeuilles. Il existe, certes, quelques gros malins qui ont su vendre à temps (44 milliardaires ont vu leur patrimoine croître en 2008, toujours selon Forbes ). Mais grosso mode, les grands de ce monde ont été «appauvris». Ce revers de fortune peut donner à certains une motivation supplémentaire pour redoubler de rapacité spéculative. AInsi Warren Buffet plastronne-t-il dans les médias en clamant qu'il entend profiter des bonnes affaires sur le marché. Mais le pire n'est jamais sûr. Autrement dit, certains capitalistes - on en voit quelques exemples spectaculaires, comme Claude Bébéar - peuvent aussi remettre en question un système qui, à force de leur promettre la sécurité de leurs placements, a totalement insécurisé leur fortune. Il faut, en tout cas l'espérer : si le changement provient avant tout du rapport de forces, une société ne peut pas réinventer une élite en quelques semaines. Le robespierrisme est une impasse politique. Soyons donc patients avec ceux nos dirigeants qui n'ont pas compris ce qui leur est arrivé. Et tâchons d'instruire, c'est-à -dire de faire douter ceux qui sont troublés par leurs revers de fortune. Peut-être alors le choc pourrait-il provoquer le désir d'un vrai changement de cap au lieu d'une vaine espérance de voir revenir l'âge d'or des années 80...
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