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Et si le Grand Paris faisait «pschitt»?

Roger Bazile (urbaniste) et Marc Endeweld (journaliste). | Lundi 30 Juin 2008 à 00:11 | Lu 11007 fois

Première sortie de Christian Blanc aux Assises de la Métropole qui ont confirmé l’émiettement des pouvoirs en Région Île-de-France. Loin des rêves de Grand Paris proclamés à la télévision.



Christian Blanc,  Secrétaire d’Etat  (sitedéveloppementdurable. gouv.france)
Christian Blanc, Secrétaire d’Etat (sitedéveloppementdurable. gouv.france)
Le lieu : Dock Pullman à La Plaine Saint-Denis, ville privée dédiée aux studios télé. Le dispositif scénique a de quoi surprendre : il s'agit de trois tribunes en U et à deux étages avec au centre tous les ténors de la région (Delanoë, Huchon, Karoutchi, arrivé en court de route, tout comme Devedjian et les présidents des conseils généraux Bartolone, Favier et autres...), et assis de part et autre, plus de 200 «petits élus» franciliens (100 collectivités représentées), membres de la conférence métropolitaine, instance informelle de concertation à l’initiative de la Ville de Paris.

Nous sommes le mercredi 25 juin. C’est le lancement des Assises de la Métropole, annoncé il y a plusieurs semaines par Pierre Mansat, adjoint au Maire de Paris en charge de Paris métropole. Christian Blanc, Secrétaire d’État chargé du développement de la «Région Capitale», jusqu’ici très discret sur sa nouvelle mission, est là, bien entendu. Par leur présence massive, les élus ont rappelé à l’État que le devenir de la métropole parisienne ne pouvait se dessiner sans eux. L’événement entérine l’émiettement des pouvoirs en Région Île-de-France et hypothèque même sans doute l’émergence d’un pouvoir d’agglomération pourtant indispensable. L’amorce, sans doute, d’un tournant politique.

«Chicago dans les années 1920»
En face des élus, un auditoire largement composé de technos, acteurs socioéconomiques et experts. Le tout éclairé de puissants projos et filmé avec d'impressionnantes caméras téléguidées. On est à mi-chemin entre le plateau télé et le comité politique des «égos». A la différence près que le public convié est très différent des émissions télé de La Plaine (ici toute la technostructure francilienne de l'aménagement et du développement territorial). Un des dix architectes-urbanistes, sélectionné par Sarkozy pour la consultation internationale d'urbanisme sur le Grand Paris, présent, déclare en sortant, à demi-amusé et non sans ironie : «On se croirait à Chicago en 1925, c'est la réunion de tous les chefs de la mafia».

Tous les grands élus franciliens étaient là, y compris ceux de la grande couronne. En gros, la plupart des élus étaient derrière Huchon, victimisé par l’État depuis des mois, lequel s’est autoproclamé «ennemi public numéro 1».
Tous ont défendu le SDRIF (Schéma Directeur de la Région Ile-de-France) et tous étaient d’accord pour la mise en place d’un échelon mou supplémentaire: un syndicat mixte d'études ouvert, chargé d'identifier les grands projets et les moyens nécessaires à leur réalisation, une structure d'étude, qui viendra se rajouter à l'atelier parisien d'urbanisme (APUR) et à l'Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de la Région Île-de-France (IAURIF), les agences d'urbanisme respectives de la Ville de Paris et de la Région Île-de-France.

Et si le Grand Paris faisait «pschitt»?
Karoutchi
avait tout prévu

On aurait pu imaginer que cette nouvelle structure intervienne sur un périmètre intermédiaire, à savoir celui du cœur de l'agglomération, communément appelée la «zone dense». Que nenni! Ce syndicat sera ouvert... à tout le monde, au risque de le transformer en auberge espagnole... Le Secrétaire d'État chargé du développement de la région capitale, Christian Blanc, déclarant lui aussi que l'État ne s'interdirait pas la possibilité d'y siéger...
Bref, comme l'a souligné Roger Karoutchi, Secrétaire d'État en charge des relations avec le Parlement, chef du groupe UMP au conseil régional, et candidat déclaré depuis le 22 juin aux prochaines élections régionales en Île-de-France : «Je me réjouis que la conférence métropolitaine aboutisse à la proposition que j'avais faite il y a un an».
Seul le Sénateur UMP Philippe Dallier, auteur d'un rapport remarqué sur l'avenir institutionnel de l'agglomération, s'évertue à dénoncer le statut quo autour du «mille-feuille institutionnel», auquel on rajoute une couche, «morcelant davantage encore le pouvoir» et qui plus est, «au moyen d'un syndicat mixte, qui ne sera même pas un organe de décision : je pense que j'ai assisté ce matin à la cérémonie d'enterrement des assises de la métropole».

Touche pas à la taxe professionnelle
Bref, l'idée d'une dynamique métropolitaine est effectivement remise à plus tard, le point de vue régional et celui des départements de grande couronne ont primé. Seul Philippe Laurent, Maire de Sceaux sans étiquette (membre de l'équipe d'animation de la Conférence métropolitaine et ennemi juré de Devedjian dans les Hauts de Seine) a voulu rassurer le bouillant Sénateur UMP en concluant : «la création de ce syndicat mixte n'est qu'une étape, et je le dit à ceux qui pensent que cela ne va pas assez vite mais aussi (...) à ceux qui pensent qu'on en resterait là». Pourtant (contrairement aux allégations du Monde, on voit mal comment cette structure syndicale pourrait préfigurer une intercommunalité à fiscalité propre du type communauté d’agglomération ou communauté urbaine, dans la mesure où le scénario d’une taxe professionnelle unique a été rejeté à l’unanimité par les élus. Car les communautés d’agglomération existantes ou les villes isolées (comme Saint-Ouen) sont réticentes à mettre au pot commun ce qui constitue souvent l’essentiel de leurs ressources. L’une des missions du syndicat mixte sera d’ailleurs d’étudier les possibles mécanismes de solidarité financière et les diverses hypothèses de péréquation et de mutualisation «au sein du cœur d’agglomération et à l’échelle régionale, en attachant une attention particulière aux liens entre cœur métropolitain et territoire régional», comme tente de le synthétiser le communiqué de presse des Assises…

Demain : la suite de l'enquête Et si le Grand Paris faisait pschitt ?


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