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Et revoilà le mythe de la retraite par capitalisation!Roland Hureaux - Chroniqueur associé | Mardi 20 Juillet 2010 à 16:01 | Lu 10470 fois
Pour Roland Hureaux, la retraite par capitalisation est une chimère ultralibérale et floue qui bafoue les principes essentiels du modèle social français.Heureusement, le gouvernement, tenu à un minimum de réalisme, n’en tient aucun compte, mais dès qu’il est question de réforme des retraites, il n’est pas de plumitif de la mouvance ultralibérale qui ne ressuscite un vieux serpent de mer : la retraite par capitalisation. Hypothèse mythique à bien des égards. D’abord parce qu’elle s’inscrit généralement dans la rhétorique du dénigrement du « modèle social français ». On oublie que la retraite par répartition est largement dominante en Europe continentale, même en Allemagne où la capitalisation ne vient qu’en appoint. Dans les pays anglo-saxons, la retraite par capitalisation, qui n’est pas non plus généralisée, est loin d’être la panacée : s’agissant des retraites « maison », qu’en pensent les anciens salariés de Maxwell, d’Enron ou de Lehman Brothers, impitoyablement privés de toute ressource? Et que dire des fonds de pension qui avaient tenu le titre BP pour un placement « de père de famille » ? Ensuite, la retraite par capitalisation désigne des réalités différentes sans que l’on se soucie toujours de préciser ce dont on parle. Il peut s’agir d’une retraite par capitalisation individuelle. Un salarié verse volontairement chaque mois, soit à un fond d’entreprise, soit à un fond grand public, une cotisation, se substituant en tout ou en partie à la cotisation versée aujourd’hui à la caisse de retraite. Au lieu que cet argent soit reversé aux retraités d’aujourd’hui, il est placé et restitué au cotisant au moment de la retraite. Quelle différence avec la bonne vieille épargne ? Une seule : les tenants de ce système attendent que les versements soient déductibles de l’impôt sur le revenu. Le bon vieux Keynes nous ayant appris que la capacité d’épargne est proportionnelle au revenu, bonjour la justice ! Instauré à l’échelon national, ce système a une contrepartie implicite : la diminution des retraites versées au titre de la répartition. Aucun gouvernement ne l’envisage sérieusement à ce jour et on comprend bien pourquoi. Mais la retraite par capitalisation a une autre signification : non point individuelle et facultative mais obligatoire et mutualisée. Les caisses de retraite (ou tout autre organisme en lien avec elles) peuvent aussi, au lieu de reverser mois après mois les cotisations des actifs aux retraités comme cela se fait aujourd’hui, les mettre de côté pour constituer un portefeuille de placements dont le revenu servira, le jour venu, à verser les pensions des cotisants d’aujourd’hui. Système séduisant en soi mais dont on oublie généralement de dire ce qu’ il implique : ou bien on arrête pendant vingt ans (le temps qu’un fond d’un montant suffisant puisse être constitué) de verser les retraites, ou bien on double les cotisations ! Doubler les cotisations au moment où elles n’ont jamais paru aussi lourdes et où elles constituent, tout le monde en convient, un frein à l’emploi ! Dire que l’on aurait pu promouvoir un tel système en 1945 une chose, envisager sérieusement de le faire aujourd’hui, c’est nager en pleine utopie. L’objection démographiqueLe système de retraite par capitalisation se heurte à deux autres objections. L’une est démographique. Toutes les études montrent que la capacité d’épargne décroit avec le nombre d’enfants. Or ce sont ces enfants qui, par leur travail, soutiendront demain les retraités. Combien injuste serait un système qui donnerait les retraites maximum à ceux qui auront fait le moins de sacrifices pour préparer la relève des générations ! L’autre est économique : si le versement d‘une retraite se traduit par un pouvoir d’achat réel, c’est que, au moment de ce versement, les magasins sont achalandés. Et par qui le sont-ils, sinon par le travail des actifs contemporains ? Certes, parmi les facteurs de production, figure aussi, à côté du travail, le capital et donc l’épargne des vingt ou trente dernières années. C’est la seule légitimité qu’aurait en définitive l’introduction d’une part de capitalisation dans nos systèmes mutualisés. Mais il faut choisir le bon moment pour cela. Dans les années soixante ou soixante-dix, quand les retraites étaient encore faibles et la croissance de la population forte, c’eut été plus facile qu’aujourd’hui. Las ! La génération des baby-boomers, peu généreuse pour ses anciens (au moins jusqu’en 1975) a préféré « jouir sans entraves ». Aujourd’hui, c’est un peu tard. A moins que la Bourse ne connaisse un très grave effondrement, plus grave encore que celui de 2009. Dans ce cas, il faudrait en profiter pour constituer un fond de retraite à bas prix. Si, entre temps, la possibilité en a été restaurée, comme cela sera un jour inévitable, un emprunt massif de l’Etat ou des Caisses de retraite à la Banque centrale pourrait financer cet investissement de départ.
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