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Estrosi ou quand la bourde devient une arme politique

Gérald Andrieu - Marianne | Samedi 12 Décembre 2009 à 14:01 | Lu 14631 fois

Invité de l’émission «Parlons net», Christian Estrosi n’a quasiment évoqué que ses bourdes. Et si, au final, il s’agissait là d’une formidable arme de communication politique: une arme de diversion massive?



Enfin. Tout est clair. L’émission « Parlons net » sur France Info aura permis de percer un mystère : comment fonctionne la communication politique de Christian Estrosi. Apparemment, elle tient en trois points. Un : commettre une bourde bien malgré soi. Deux : justifier cette bourde dans les médias jusqu’à plus soif. Trois : endormir ainsi l’assistance pour ne pas à avoir — ou si peu — à se prononcer sur le fond.

Les bourdes du maire de Nice et ministre chargé de l’Industrie, les auditeurs de France Info y ont eu droit à toutes. Ses premiers pas maladroits sur Twitter, comme cette malheureuse phrase prononcée à la fin du mois dernier, devant ses « amis », pour justifier la tenue du débat sur l’identité nationale : « Si à la veille du second conflit mondial — dans un temps où la crise économique envahissait tout — le peuple allemand avait entrepris de s'interroger sur ce qui fonde réellement l'identité allemande — héritière des Lumières, patrie de Goethe et du romantisme — alors peut-être aurions-nous évité l'atroce et douloureux naufrage de la civilisation européenne ».

Rien ne le choque. Pour lui, cette bourde n’en est pas une. Le problème, c’est Internet : « Vous voyez, le Web, c’est quoi ? C’est se dire : “Tiens, on va jouer. On va emmerder Estrosi. On va prendre un tout petit extrait. On va l’avaler. On va le digérer et on va le recracher à notre manière” » (1). Mais à aucun moment Christian Estrosi n’admettra que cette phrase est plus stupide que ne peut l’être bien souvent le Net. Il ne reconnaîtra pas non plus, comme lui fait remarquer très justement David Abiker, qu’il confond au final « le symptôme et le remède ».

Autre séquence, autre bourde : celle du prix du timbre. Invité de Bourdin lors des débats sur le changement de statut de la Poste, il avait été incapable de donner le tarif d’affranchissement d’une simple lettre.  Personne sur le plateau de « Parlons net » ne veut revenir sur cette histoire. Christian Estrosi, lui, oui. Et de multiplier les explications alambiquées. C’est bien de justifier ses bourdes à tout-va. C’est pratique de faire dans l’anecdote. Ça lui avait permis sur l’antenne de BFM, comme ça lui a à nouveau permis de le faire sur celle de France Info, de ne pas aborder l’avenir de La Poste. Parce qu’à vrai dire, tout le monde se fout qu’il connaisse ou non le prix d’un timbre. En revanche, les auditeurs auraient aimé être assurés que le changement de statut de La Poste n’était pas un premier pas vers sa privatisation !

 

Et quand il ne revient pas sur ses propres bourdes, Christian Estrosi pointe ce qu’il estime être celle d’un adversaire. C’est le cas avec Ségolène Royal à qui il reproche d’avoir crié victoire trop tôt à propos de l’entreprise Heuliez  : « Je dénonce l’attitude de Ségolène Royal (…). Je dénonce cette attitude parce que ce n’est pas responsable. (…) Parce qu’on ne peut pas continuer à faire une campagne politique sur le dos de 600 salariés qui tous les matins se demandent de quoi sera fait leur avenir ». Mais si c’est une bourde, Christian Estrosi devrait savoir que c’est aussi une formidable arme politique. La preuve : cette « sortie » de Ségolène Royal aura tout de même permis de convoquer une réunion à son ministère avec l’ensemble des partenaires, si le repreneur ne mettait pas sur la table la totalité de la somme promise à Heuliez.

 

Oui, la bourde est une arme politique. Elle permet d’imposer des réunions et… d’éclipser les vraies questions. Comme elle a permis d’éclipser les vrais sujets de cet article. C’est surtout, qu’une bonne fois pour toute, il fallait le dire et l’écrire. Histoire de pouvoir se concentrer à l’avenir sur les très sérieux dossiers qui passent entre les mains du ministre de l’Industrie. Enfin, s’il veut bien laisser au « Web » un peu de répit…


(1) Notons au passage que la vidéo intégrale de son discours, pourtant disponible sur son site au début du buzz,  a depuis été retirée...




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