Eric Loiselet : «le PS est incapable de rompre avec le productivisme»Sylvain Lapoix - Marianne | Vendredi 21 Août 2009 à 17:01 | Lu 5962 fois
A Nîmes, le leader du pôle écologiste du Parti socialiste a esquissé une possibilité de ralliement à Europe écologie et critiqué vivement son parti d'origine dont il juge l'appareil politique incapable d'ouverture et l'attachement à la social-démocratie dépassé.
De droite à gauche : Eric Loiselet, Emmanuelle Cosse et Daniel Cohn-Bendit à la plénière du jeudi 20 août. (photo : SL)
Marianne2.fr : A l'occasion de l'assemblée plénière des journées d'été des Verts intitulée «le rassemblement des écologistes», vous avez très vivement critiqué le Parti socialiste sur son incapacité à s'emparer, selon vous, de l'enjeu écologique.
Vous avez posé un ultimatum à Martine Aubry pour changer les choses après les universités d'été de La Rochelle : quel changement faudrait-il opérer selon vous pour que le PS regagne la confiance du pôle écologiste ? Eric Loiselet : Il y a deux points principaux sur lesquels il semble nécessaire que la direction du PS change radicalement. D'abord, nous souhaiterions que le PS s'intéresse vraiment à l'écologie politique : à l'occasion d'une interview le 4 juillet dernier, Martine Aubry a fait part de son inquiétude quant à un risque de «néo naturalisme tribal» dans l'écologie politique. Cela dénote d'une conception très datée et caricaturale de l'écologie : on n'improvise pas, au détour d'une interview, un concept qui remplacerait 40 ans d'élaboration politique ! «Les déclarations de Martine Aubry relèvent d'une conception datée et inacceptable de l'écologie politique.»Deuxième critère clé : le débat sur la taxe carbone. Depuis la création du pôle écologique en janvier 2008, nous militons pour que le PS rentre dans ce débat avec ses valeurs et nous avons contribué à l'élaboration d'un texte adopté par le conseil national. Alors que le débat revient, le PS se défausse en plaidant sur le rejet supposé de ce nouvel impôt par les classes moyennes. Sur ce plan, la culture de gouvernement du PS et le principe de changement radical du mode de vie qu'il prétend défendre sont battus en brèche ! Que pensez-vous des propositions du PS relatives aux politiques écologiques ? Sur la question du projet, le PS a annoncé une convention nationale sur le nouveau modèle de développement mais ce n'est qu'une thématique qu'il récite comme un mantra tibétain depuis un an ! Quand on voit Pierre Moscovici énumérer les thèmes, il démontre que le PS est à la remorque d'une thématique sociale-démocrate traditionnelle : le parti est incapable de construire un argumentaire en rupture avec le système productiviste. «Le PS est à la remorque des thèmes sociaux-démocrates traditionnels qui ne sont plus adaptés à la donne contemporaine.»Dans sa lettre à un militant, Jean-Christophe Cambadélis fixe quatre défis au «nouveau modèle» du PS : le vieillissement, la question des banlieues, la modernisation de l'appareil productif et la réhabilitation de l'intérêt général. Est-ce cela un nouveau modèle ? Les Français n'ont-ils pas déjà jugé ce projet dans les urnes ? Rien de ce qu'ils proposent n'est adapté à la donne contemporaine et à la convergence des crises environnementales, sociales et économiques. Ségolène Royal serait-elle la plus «écolo compatible» parmi les figures influentes ? C'est une lecture possible mais, quand on regarde la façon dont elle a préparé le congrès de Reims, on a le sentiment qu'entre la place qu'elle accordait aux enjeux écologiques en 2007 et aujourd'hui, il y a eu une marche arrière. Cela s'explique aussi par la coalition qu'elle a dû former pour l'occasion qui comportait des cadres écologistes mais aussi des productivistes. Sur la fiscalité écologique, elle s'est prononcé en faveur du retour à la TIPP flottante, ce qui est plutôt une prise de position démagogique que politique. Si Martine Aubry venait à ne pas satisfaire vos demandes, quelle évolution envisageriez-vous pour le pôle écologique ? Nous songeons à plusieurs hypothèses : la semaine prochaine, nous tiendrons nos universités d'été en Gironde mais certains ont avancé l'idée d'être un espace de dialogue permanent, y compris pour d'autres forces politiques comme Europe écologie. Il est possible que nous nous constituions à l'extérieur du Parti socialiste pour ensuite travailler avec Europe écologie. «Quand on voit que 30% des électeurs socialistes parisiens ont choisi Europe écologie le 7 juin, on se dit qu'il y a du potentiel.»Ce que j'ai découvert en écoutant les intervenants d'Europe écologie, c'est que leur démarche est à haut risque mais intéressante. Ils n'ont pas de réponse sinon de construire leur mouvement en avançant, ce qui est une idée qui nous séduit. Quel que soit le choix que nous ferons, nous resterons à gauche pour approfondir les enjeux programmatiques de l'écologie politique. Vous souleviez que beaucoup de militants socialistes avaient choisi de voter Europe écologie aux dernières élections européennes. Pensez-vous que le transfert est complet ou qu'il reste encore des voix pour l'alliance des écologistes à prendre chez les socialistes ? Je pense qu'il y a des réserves. A l'occasion du congrès de Reims, nous avons constaté un fort courant de sympathie pour nos thèses, mais qui a cédé le pas sur le choix de la personne que les militants souhaitaient voir à la tête du PS. Quand on voit que 30% des électeurs socialistes parisiens ont choisi Europe écologie le 7 juin dernier, on voit qu'il y a un fort potentiel. «Pour battre la droite, la gauche doit faire son aggiornamento et dépasser l'appareil, ce qu'Europe écologie est en train de faire.»Le test électoral du PS ces prochains mois sera d'opérer sa mue : il doit enlever sa carapace et, comme le homard, doit passer par une phase de fragilité avant de reconstruire une protection adaptée à ce qu'il est devenu. Nous souhaiterions que le PS soit capable de s'ouvrir aux autres composantes de la gauche. Beaucoup d'électeurs de gauche «zappent» les scrutins par l'insuffisance de l'offre politique. Nous ne pensons pas qu'il soit possible de battre la droite en 2012 sans un aggiornamento de la gauche qui passe par le dépassement de l'appareil qui est en œuvre chez Europe écologie.
Va, lis et reviens
Voir les 35 commentaires
Dans la même rubrique :
|
|
||

Imprimer
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Accueil
Envoyer
Partager
Digg
Del.icio.us
Wikio
Facebook
Google
MySpace
Twitter
LinkedIn
Viadeo







