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Eric Ciotti : l'échec économique pour lutter contre l'insécurité ?

Emmanuel Lévy - Marianne | Mardi 10 Août 2010 à 12:20 | Lu 18687 fois

Invité au micro de France Inter, Eric Ciotti, a fait le job: maintenir le débat coûte que coûte sur la sécurité. Le débat qui opposait le secrétaire national de l'UMP en charge des questions de sécurité, à Jean-Jacques Urvoas, son homologue du PS, fut de bonne facture. Mais, obsédé par sa mission kamikaze, Eric Ciotti, a fini son intervention dans un étrange plaidoyer anti-croissance.



Eric Ciotti - Jean-Jacques Urvoas
Eric Ciotti - Jean-Jacques Urvoas
Reprendre la main dans le débat médiatique. L'objectif de l'Elysée a de fait pleinement réussi. La série d'annonces à caractère sécuritaire de la semaine dernière, en phase avec les Français selon l’étrange sondage publié par le Figaro vendredi 6 aout, est au cœur de l’actualité encore cette semaine. Ce mardi 10 aout, l’ensemble des invités des matinales planchaient sur ces questions.

France-Inter, n’échappe pas à la règle et continue sur sa lancée estivale en organisant un débat. Ce matin, il opposait Jean-Jacques Urvoas, député PS du Finistère et Secrétaire national du PS à la sécurité à son « alter ego Â» à l’UMP, Eric Ciotti, député UMP des Alpes-Maritimes. Celui que certains aiment à désigner comme le chaouch de Christian Estrosi, ministre de l’industrie et patron du fief UMP de Alpes maritimes, s’est distingué en demandant la prison ferme des parents de mineurs délinquants, jusqu’à deux ans.

Et la première question ne rate pas : « Vous pensez sérieusement que c’est la solution ou c’est une simple annonce pour occuper le terrain médiatique, et auquel cas se serait gagné Â», lance Michael Thebault à l’attention du député UMP. « Caricature Â», s’exclame-t-il. Et de citer les exemples canadiens et américains, et même des études de l’Organisation mondiale de la santé ou du Conseil de l’Europe. Eric Ciotti poursuit : « il y a triplement des actes de délinquance des mineurs (…) et leur aggravation.»

Visiblement, son adversaire a bossé son sujet. Jean-Jacques Urvoas lance sans appel « Quand j’ai entendu la proposition d’Eric Ciotti, je me suis d’abord demandé qui réclamait ce texte là ! (..) Est-ce qu’un juge des mineurs sur votre antenne est venu dire depuis que la proposition a été faite, oui, j’ai besoin de ce texte, oui, il y a un trou dans le droit, oui je ne peux pas condamner. Je n’ai pas entendu madame Alliot Marie, garde des Sceaux. Â» Et de conclure « 80% des mineurs condamnés ne reviennent jamais devant un juge. Donc on a aujourd’hui des mesures qui suffisent. On a déjà un droit qui est largement doté. Inutile d’inventer de nouveaux expédients qui masque en réalité une fuite en avant de la majorité. »

Mais en débattant ce matin, le député PS fini par tomber dans le piège tendu par l’Elysée qui impose cette séquence politique ouverte par le Président dans son discours de Grenoble. A preuve, ce matin encore la descente de police dans la cité grenobloise où ce sont déroulés les heurts de juillet, histoire de feuilletonisé l’affaire durant l’été. Même si comme Pierre Moscovici, député PS du Doubs, invité, lui, sur RTL, Jean-Jacques Urvoas insiste sur le caractère dilatoire du débat rappelant les échecs du gouvernement en matière économique comme les affaires Woerth-Bettencourt, rien n’y fait. Le PS est malgré tout plongé dans le débat. Et il semble que le discours comme l’argumentaire commencent à prendre forme. « Comment traiter le cas d’ une mère isolée dont l’un des enfants mineurs est délinquant Â», interroge malicieusement Jean-Jacques Urvoas. Interrogation qu’avait également évoquée Pierre Moscovici. L’argument fait mouche. Et l’on entend un Eric Ciotti à la peine. Voilà cet ultra sécuritaire contraint de faire dans un registre inhabituel : l’apologie de la magistrature, de la justice d’ordinaire considérée comme trop laxiste qui serait a même d'apprécier la situation…


Pourtant à vouloir absolument maintenir l’effet diversion de la séquence, Eric Ciotti va déraper comme Christian Estrosi, son mentor, hier sur Europe1. « Bien sur que la priorité, c’est l’emploi. Mais l’emploi c’est pas pour lutter contre la sécurité, (sic), c’est pour apporter des revenus à des personnes aujourd’hui. Ce lien social entre la délinquance et l’économie, je le récuse. Et les théories l’ont démontré (re-sic). Aux Etats-Unis plus il y a de plein emploi, plus il y a de délinquance Â», se noie Eric Ciotti. L’intervieweur tente de lui tendre une perche pour s’en sortir « on peut trouver des études qui disent rigoureusement le contraire Â». Et non, le député s’enfonce encore dans son argumentaire : « je peux vous montrer ces études qui démontrent que plus il y a de croissance, plus il y a de délinquance, parce que il y a plus de richesses. »

Ce vibrant hommage à la politique économique du gouvernement sera, sans doute, apprécié à sa juste valeur par la majorité, Matignon et l’Elysée.  Les deux ans de croissance négative, la destruction de 255 000 emplois en France en 2009, nous auront éloigné du plein emploi et de la production de richesses supplémentaires. Mais heureusement cela était pensé, puisque la priorité du gouvernement est la lutte contre l’insécurité. CQFD…




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