«Entre les murs»: vision bobo niaiseuse ou film qui donne à réfléchir ?
Dimanche 28 Septembre 2008 à 10:56 | Lu 11776 fois I 26 commentaire(s)
Eric Dupin
L'article critique consacré au film de François Bégaudeau a suscité des réactions très contrastées. Une majorité de Mariannautes l'approuve et considère que ce film donne une vision très faussée de la réalité de l'école. Mais une minorité défend vigoureusement le cinéaste.
L’article « Entre les murs : Bégaudeau au pays de Candy » a provoqué des réactions aussi nombreuses que vives. La grande majorité des Mariannautes se montre très critique par rapport à ce film controversé. Black et Mortifère lui attribue « la palme d'or du politiquement correct, monument d'aveuglement volontaire déguisé en bons sentiments qui traduisent la lâcheté d'affronter la réalité ». Prataine fulmine : « Pendant ce temps-là, les baratineurs continuent leur travail de sape, les "républicains" et les "pédagogues" leurs disputes immatures, les Meirieu leur parade, les Darcos leur basses œuvres ».
Carpe Diem n’est pas moins sévère : « Caricaturer à ce point l'éducation qu'on disait Nationale, ridiculiser les hussards noirs de la République qui alphabétisaient la France dans les années 1890, "magnifier" le caïd ou la femelle dominante en train de "foutre en l'air" toute la classe est une trahison inexcusable. L'école publique se meurt ! Vive l'école privée qui doit un immense merci à Bégaudeau. Elle recrute à tour de bras... » « Ce film, en effet, c'est Alice au pays des merveilles, une vision bobo, politiquement correcte, niaiseuse des zeps », lâche Bimboland. « Ce film présente les choses de façon forcément biaisée, étant donné que les ados savaient qu'ils étaient filmés...! Tout est faux ! », s’indigne encore Voltuan.
Carpe Diem n’est pas moins sévère : « Caricaturer à ce point l'éducation qu'on disait Nationale, ridiculiser les hussards noirs de la République qui alphabétisaient la France dans les années 1890, "magnifier" le caïd ou la femelle dominante en train de "foutre en l'air" toute la classe est une trahison inexcusable. L'école publique se meurt ! Vive l'école privée qui doit un immense merci à Bégaudeau. Elle recrute à tour de bras... » « Ce film, en effet, c'est Alice au pays des merveilles, une vision bobo, politiquement correcte, niaiseuse des zeps », lâche Bimboland. « Ce film présente les choses de façon forcément biaisée, étant donné que les ados savaient qu'ils étaient filmés...! Tout est faux ! », s’indigne encore Voltuan.
Azca préfère réagir avec humour en citant « Le Dictionnaire du diable » d’Ambrose Bierce qui donne deux définitions du Lycée : « 1/ Ecole antique où l'on s'entretenait de philosophie.
2/ Ecole moderne où l'on discute de football ». Certains commentateurs insistent sur les conditions offertes aux enseignants des zones les plus difficiles. « A quand une prime pour les profs expérimentés qui acceptent un poste en ZEP... et acceptent d'y rester plusieurs années », demande Pabotell. « En attendant, on demande quasiment tous à muter hors ZEP dès qu'on a accumulé assez de points », ajoute-t-il.
D’autres mettent en rapport les difficultés de certains jeunes avec l’évolution même de la société.
« A quand un cinéaste qui viendrait filmer des jeunes entre 18 et 20 ans en situation d'échec scolaire sur un stage d'insertion professionnel », suggère mada qui analyse sévèrement : « Ces jeunes ignorent complètement que l'économie de marché aura de plus en plus besoin de gens comme eux, des jeunes sans initiatives, sans sens critique, ne connaissant que la jouissance et la satisfaction de leur désirs immédiats ».
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2/ Ecole moderne où l'on discute de football ». Certains commentateurs insistent sur les conditions offertes aux enseignants des zones les plus difficiles. « A quand une prime pour les profs expérimentés qui acceptent un poste en ZEP... et acceptent d'y rester plusieurs années », demande Pabotell. « En attendant, on demande quasiment tous à muter hors ZEP dès qu'on a accumulé assez de points », ajoute-t-il.
D’autres mettent en rapport les difficultés de certains jeunes avec l’évolution même de la société.
« A quand un cinéaste qui viendrait filmer des jeunes entre 18 et 20 ans en situation d'échec scolaire sur un stage d'insertion professionnel », suggère mada qui analyse sévèrement : « Ces jeunes ignorent complètement que l'économie de marché aura de plus en plus besoin de gens comme eux, des jeunes sans initiatives, sans sens critique, ne connaissant que la jouissance et la satisfaction de leur désirs immédiats ».
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La parole à la défense
Une minorité de Mariannautes prend toutefois la défense du film. « Si ce film donne à réfléchir sur le système scolaire actuel, il aura eu au moins ce mérite », avance prudemment Daniel. « Selon moi (après libre à chacun d'avoir son opinion, à la différence de cet article) ce film a l'honnêteté d'aborder la "problématique" sans artifices intellectuels particuliers, sortant moi-même de ces ZEP (et oui, on n'en meurt pas nécessairement) et m'étant retrouvé dans certains cas de figures similaires », écrit Mathieu. Et de poursuivre : « L'école et les collèges sont bien à l'image de notre société, certains n'ont pas pris la mesure de cela et hurlent à la disparition de l'école publique, ne se rendant même plus compte que les fondamentaux de leur propre éducation se dérobent sous leurs pieds dans un monde ou le darwinisme économique crée une société de l'abrutissement ».
« Ne voyez-vous pas que pour que les élèves vous écoutent, et qu'ils aient envie d'apprendre quelque chose, il faut déjà qu'ils vous respectent, et pour cela que vous les écoutiez », estime camille. « Par ailleurs je trouve l'image qui est donnée n'est pas celle de l'"elève" victime: au contraire, on sort de ce genre de dichotomie facile, dans laquelle, en revanche, tombe cet article à l'ironie peu appuyée par de vrais arguments », ajoute-t-elle. Urumqi est particulièrement remonté : « Cet article est consternant : le journaliste rapporte des propos aux sources douteuses et visiblement pas vérifiées (un ancien enseignant ?) pour stigmatiser le collège françoise Dolto. De plus il ignore (volontairement ?) le fait que le film ait été tourné avec des élèves de l'atelier théâtre du collège pour laisser penser que le film ait pour volonté de refléter la réalité de cet établissement : "Entre les murs" est une fiction qui densifie le réel, les élèves jouent un rôle : prendre ce film pour un documentaire montre une méconnaissance totale de la réalité des établissements ».
Une minorité de Mariannautes prend toutefois la défense du film. « Si ce film donne à réfléchir sur le système scolaire actuel, il aura eu au moins ce mérite », avance prudemment Daniel. « Selon moi (après libre à chacun d'avoir son opinion, à la différence de cet article) ce film a l'honnêteté d'aborder la "problématique" sans artifices intellectuels particuliers, sortant moi-même de ces ZEP (et oui, on n'en meurt pas nécessairement) et m'étant retrouvé dans certains cas de figures similaires », écrit Mathieu. Et de poursuivre : « L'école et les collèges sont bien à l'image de notre société, certains n'ont pas pris la mesure de cela et hurlent à la disparition de l'école publique, ne se rendant même plus compte que les fondamentaux de leur propre éducation se dérobent sous leurs pieds dans un monde ou le darwinisme économique crée une société de l'abrutissement ».
« Ne voyez-vous pas que pour que les élèves vous écoutent, et qu'ils aient envie d'apprendre quelque chose, il faut déjà qu'ils vous respectent, et pour cela que vous les écoutiez », estime camille. « Par ailleurs je trouve l'image qui est donnée n'est pas celle de l'"elève" victime: au contraire, on sort de ce genre de dichotomie facile, dans laquelle, en revanche, tombe cet article à l'ironie peu appuyée par de vrais arguments », ajoute-t-elle. Urumqi est particulièrement remonté : « Cet article est consternant : le journaliste rapporte des propos aux sources douteuses et visiblement pas vérifiées (un ancien enseignant ?) pour stigmatiser le collège françoise Dolto. De plus il ignore (volontairement ?) le fait que le film ait été tourné avec des élèves de l'atelier théâtre du collège pour laisser penser que le film ait pour volonté de refléter la réalité de cet établissement : "Entre les murs" est une fiction qui densifie le réel, les élèves jouent un rôle : prendre ce film pour un documentaire montre une méconnaissance totale de la réalité des établissements ».
Sur un mode plus pondéré, Patrick témoigne : « Je suis positivement atterré par la teneur de certains commentaires dont on ne sait, anonymat oblige, s'il s'agit vraiment de témoignages. Le Collège Dolto en question est décrit comme un îlot de violence au milieu d'écoles en perdition. Il se trouve que je suis directeur d'une école du secteur et j'invite tout journaliste honnête à venir constater de visu (attention, il faudra se munir du casque obligatoire et arriver avec ses gardes du corps !) que l'ambiance qui règne dans ces établissements sont loin de la caricature dans l'article ci dessus ». Turnayan, une enseignante de lycée professionnel à la retraite, défend elle aussi le film :« Quel pays de Candy ? Je sors du film : je l'ai trouvé fort, vrai, pas manichéen. On voit bien que ce prof veut bien faire, non seulement son travail de prof mais aussi tenir compte de tout le contexte. Il est parfois dépassé mais il n'est pas démago ».
Quelques intervenants tentent de se situer au-dessus du débat entre pro et anti-Bégaudeau.
Lisons patrick : « Ma fille a été de ces jeunes profs mutée en région parisienne, bien sûr qu'elle a vécu des événements bien plus dramatiques. Aujourd'hui, elle assure en province dite tranquille ! Pourtant, elle doit gérer des situations très délicates avec des enfants de notables ou de la classe moyenne complétement givrés, non structurés, violents, dont certains relèvent de psychiatrie, totalement protégés par leur parents vivant dans le déni total ». Serrand réagit avec un certain fatalisme : « oh la la, on trouve tout est n'importe quoi dans les réactions à cet article. Bien. Soyons clair. La consommation a gagné (pour le moment). Il est donc difficile aux élèves de faire l'effort pour acquérir. Cela est aussi difficile pour beaucoup d'adultes, notons le ».
Donnons le mot de la fin à Nazca qui cite Arthur Schopenhauer : « Ne combattez l'opinion de personne; songez que, si l'on voulait dissuader les gens de toutes les absurdités auxquelles ils croient, on n'en aurait pas fini, quand on atteindrait l'âge de Mathusalem ».
Quelques intervenants tentent de se situer au-dessus du débat entre pro et anti-Bégaudeau.
Lisons patrick : « Ma fille a été de ces jeunes profs mutée en région parisienne, bien sûr qu'elle a vécu des événements bien plus dramatiques. Aujourd'hui, elle assure en province dite tranquille ! Pourtant, elle doit gérer des situations très délicates avec des enfants de notables ou de la classe moyenne complétement givrés, non structurés, violents, dont certains relèvent de psychiatrie, totalement protégés par leur parents vivant dans le déni total ». Serrand réagit avec un certain fatalisme : « oh la la, on trouve tout est n'importe quoi dans les réactions à cet article. Bien. Soyons clair. La consommation a gagné (pour le moment). Il est donc difficile aux élèves de faire l'effort pour acquérir. Cela est aussi difficile pour beaucoup d'adultes, notons le ».
Donnons le mot de la fin à Nazca qui cite Arthur Schopenhauer : « Ne combattez l'opinion de personne; songez que, si l'on voulait dissuader les gens de toutes les absurdités auxquelles ils croient, on n'en aurait pas fini, quand on atteindrait l'âge de Mathusalem ».
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