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Enfin la preuve : le couple est soluble dans l’eau de vaisselle

Christine Lambert - Marianne | Mercredi 19 Mai 2010 à 14:01 | Lu 15144 fois

Comme chaque jour désormais, le billet d'un membre de la direction de la rédaction de Marianne. Aujourd'hui, Christine Lambert se félicite de la conclusion d'une étude sur les couples modernes : apparemment, on divorce moins dans les ménages comprenant des hommes aidant aux tâches ménagères et à l'éducation des enfants.



Enfin la preuve : le couple est soluble dans l’eau de vaisselle


Claquée, vidée, burn outée et divorcée dans la foulée : portrait d’une femme des années 10. Entre 20 et 49 ans, quand elle vit en couple avec enfants, elle ajoute à sa journée de boulot 80% des tâches ménagères, soit 4 à 5 petites heures sup’ non rémunérées. Et, cerise sur le wedding cake, cela ne l’empêchera pas de divorcer – en moyenne au bout de 5 ans – dans un tiers des cas (la moitié dans les grandes villes). La parité avec les hommes ? A reculons en politique, abyssale pour les salaires (25% d’écart en moyenne), inexistante dans les postes de direction au sein de l’entreprise, et pour ce qui est des tâches ménagères, on repassera. Avec un fer. Alors, heureuse ?

L’espoir pourrait bien venir d’Angleterre. Selon une étude conduite par la London School of Economics , le risque de divorce diminue considérablement dans les couples où le mari participe activement aux tâches ménagères. L’enquête, publiée hier et intitulée « Travail masculin non rémunéré et divorce Â», précise que l’implication de l’homme dans le ménage, les courses et le soin des enfants contribue dans tous les cas de figure à la solidité du couple, indépendamment du statut de l’épouse, qu’elle soit femme au foyer ou qu’elle exerce un métier.
Depuis les années 60, les économistes ont toujours lié l’augmentation du taux de divorce à celle de l’emploi féminin. Conclusion sans surprise : les couples se portent mieux quand l’homme travaille en étant rémunéré et que la femme reste au foyer pour trimer gratos. Une parenthèse pour rendre gloire à l’électroménager, qui heureusement progresse plus vite que les mentalités : grâce au micro-ondes et au sèche-linge, nous avons gagné un peu de temps « libre Â» au fil des ans.

Reprenons. Les économistes ont mal fait leur boulot, cela arrive souvent ces derniers temps. Les chercheurs britanniques démontrent donc que le risque de divorce est 97 % plus élevé (eh oui) dans les familles où les femmes sont au foyer (surprise !) et les hommes participent peu aux tâches ménagères et à la prise en charge des enfants, que quand la mère travaille et que son mari participe (avec entrain) aux corvées. La vaisselle mieux que la thérapie de couple ? Alléluia. Paic Citron préserve du divorce et coûte moins cher qu’un avocat.

Soulignons que l’étude de la LSE porte sur 3500 couples britanniques dont le premier enfant est né en 1970, une époque où les femmes travaillaient en moins grand nombre, et où une séparation avait des conséquences économiques substantielles. Il est donc d’autant plus remarquable que l’absence de contribution des hommes aux tâches ménagères impacte à ce point le taux de divorce.
En 2007, François de Singly dirigeait une passionnante enquête sur les inégalités de genre face au travail domestique (L’Injustice ménagère, éd. Armand Colin). Pour ce qui est de la répartition des tâches, pas besoin d’une check list : dans le meilleur des cas, aux hommes les corvées ultra-techniques (bricoler, tondre la pelouse, déboucher les oua-oua, lécher le timbre pour payer les factures). Aux femmes, euh… tout le reste. Le sociologue concluait ses travaux en observant : « La domination masculine a un double prix : celle de priver les femmes, du fait d’une lourde charge domestique, d’avoir les meilleures conditions sociales d’indépendance ; celle de priver les hommes, du fait de cette délégation, de vivre dans un monde privé qu’ils auraient contribué à définir. Â»
Traduction : soyez sympa, passez plus souvent l’aspirateur et on vous laissera choisir la couleur des doubles rideaux. Bref, aucune raison que ça change. Encore quelques beaux divorces en perspective.

PS : Conseil à mes collègues et amis qui paient trop cher en pensions alimentaires : apprenez à sortir les poubelles.




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