Encore sur l'emprunt et la dette
Mercredi 8 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 6743 fois I 53 commentaire(s)
Hervé Nathan - Marianne
Hervé Nathan, rédacteur en chef de Marianne, répond ici à Jean-Michel Aphatie, éternel avocat de l'orthodoxie budgétaire, même quand elle accroit la récession.
Jean-Michel Apathie fait de la radio. La radio, c’est le média de l’immédiat. On va vite, on va à l’essentiel. Et parfois on se trompe. C’est ce que Jean-Michel Apathie a apparemment fait, sur son blog, à propos de Marianne. Hier il nous gratifié de l’insigne honneur d’un long article dans lequel il se moquait de Marianne qui « opère un virage sur l’aile », en titrant sur la dette de la France « vertigineuse et ses déficits «abyssaux». Nous découvririons le problème grâce à Philippe Séguin, alors que nous nous en fichions comme d'une guigne auparavant.
Jean-Michel Apathie ne lit pas souvent Marianne, ou alors de manière superficielle. Car, contrairement à ce qu’il écrit, nous n’avons jamais considéré la dette publique comme un accessoire négligeable de l’économie, mais au contraire comme un problème politique au sens le plus noble du mot. Les finances publiques ce sont nos engagements communs, à nous, citoyens français. Et les dettes avec. Mais :
1- Nous ne sommes jamais tombé dans l’illusion en vogue jusqu’à cette année selon laquelle la dette publique c’était toujours mal, et la dette privée toujours bien. La crise des subprimes a ouvert les yeux de certains. Pas à Marianne.
2- Nous n’avons jamais considéré non plus que l’urgence était, plus encore que de réduire la dette de baisser les impôts. Ce que la gauche, mais surtout la droite, ont fait avec constance pendant dix ans. Au contraire, nous considérons que les réductions d’impôts (90 milliards…) ont appauvri le pays, enrichi les plus riches et obéré sa capacité à faire face aux crises. Nous le constatons aujourd’hui, avec Philippe Séguin, d’ailleurs.
Alors face à la situation de crise aigüe que connaît la France (et le monde entier avec elle), notre position est assez simple :
1- La crise économique la plus violente depuis au moins 80 années va faire bondir la dette publique à un niveau où elle peut, dans l’avenir, représenter un risque majeur. C’est un fait nouveau : 80%, voire 100% du PIB, ce n’est pas 60%. C'est ce qui fait la différence entre Jean-Claude Trichet et Philippe Séguin.
2- Nous n’avons pas d’autre choix que d’assumer cette situation. Réduire aujourd’hui la dépense publique, défaire par exemple les dispositions sociales qui protègent les salariés et les chômeurs, conduirait à approfondir la récession. Renoncer à investir en masse serait se résigner à un futur économique végétatif.
3- Raison de plus pour appeler ceux qui le peuvent à faire un effort. L’emprunt voulu par Nicolas Sarkozy peut -être utile pour des investissements d’avenir. On verra ce qu’il propose à l’automne. Il peut aussi être néfaste les conditions consenties contribuent à enrichir les riches aux dépens de tous, et d’abord les moins bien dotés d’entre nous. Oui, l’emprunt obligatoire doit être étudié, s’il permet de faire des économies et d’être plus juste. Pour Jean-Michel Apathie ce serait rien moins que du « racket ». On ne le savait pas si grand défenseur des coffres-forts. Alors pour le rassurer rappelons que le dernier homme politique à avoir pratiqué l’emprunt obligatoire était Raymond Barre en 1976 pour faire face aux conséquences de la sécheresse. Raymond Barre, le dernier Premier ministre à avoir présenté un budget à l’équilibre… Une sorte de héros au Panthéon d’Apathie.
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