Marianne2 2012

En rase campagne, l'UMP en panne de jeunes

Jeudi 21 Mai 2009 à 15:10 | Lu 7524 fois I 63 commentaire(s)

Sylvain Lapoix - Marianne

Au meeting de Gagny, le liste UMP Île-de-France tentait de convaincre un parterre de plus de 50 ans de la nécessité de faire voter les jeunes. Une nécessité pour la majorité qui ressemble à un chemin de croix.


(photo : SL)
(photo : SL)
Plus de 550 personnes, c'est un tabac : il n'y a plus une chaise libre dans la salle des fêtes de Gagny, Seine-Saint-Denis, ce mercredi 20 mai ! Dans la travée du milieu, les deux rangs (sur une bonne trentaine) réservés aux Jeunes populaires sont occupés par de souriants militants d'une soixantaine d'années, pancarte «Michel et Rachida» à la main : «on est jeunes très longtemps à l'UMP !», plaisante une retraitée, la canne sur les genoux. Dans quelques minutes, toute la liste Île-de-France du parti majoritaire va arriver et les jeunes manquent à l'appel : une vingtaine dans toute la salle, trente en comptant large. C'est un fiasco.

«Dites aux jeunes d'aller voter !»

Blancs de 50, 60, 70 ans... le public type du meeting. (photo : SL)
Blancs de 50, 60, 70 ans... le public type du meeting. (photo : SL)
«Il y a plus de jeunes que la dernière fois, se félicite organisateur. Généralement, il n'y en a même pas !» Et c'est là où le bat blesse : dans toutes les enquêtes d'opinion, l'UMP s'impose chez les plus de soixante ans mais ne dépasse par les 20% d'intention de vote chez les moins de 30, population abstentionniste par excellence. En 2007, c'est cet électorat qui avait le plus boudé Nicolas Sarkozy. Pour 2012, mission a été donné à l'UMP de conquérir cette frange rétive à la «rupture» présidentielle, en commençant par les européennes.

Pour faire riche, on masse les jeunes militants dans un coin de la salle où les sexagénaires ont remplis tous les fauteuils réservés à la presse. Quand le ministre de l'Agriculture, la ministre de la Justice et le reste de la liste entrent à l'annonce du présentateur, toute la salle se lève et les rangs de cheveux poivre et sel masquent presque les pancartes agitées par les jeunes en t-shirts blanc et vert.

Après les discours du maire de Gagny et du député de la circonscription commence un question-réponse écrit jusqu'à la dernière virgule et récité de bon cœur par les militants : l'animateur désigne même ceux de la liste à qui s'adresse la question avant qu'elle soit posée. La première Sonia Imloul, candidate Nouveau centre de 36 ans venue de Saint-Denis, vante les mérites du programme européen Progress pour la diversité. Pas vraiment la préoccupation première des retraités blancs de la salle mais le message vient plus tard : «dites aux jeunes d'aller voter !» La chanson du meeting a trouvé son refrain.

Une valse à trois temps pour les vieux militants

L'intervenant suivant, en chemise blanche et jean, attaque d'un ambitieux «nous les trentenaires» pour parler de sa fierté d'entreprendre. Dans le fond, ceux qui n'ont pas trouvé de chaise bougonnent. Un septuagénaire reste perplexe face aux propos tenus à la tribune : «oui bien sûr que ça se fera un jour ou l'autre l'Europe. Mais on a quand même eu pas mal de problèmes avec les Allemands !»

Manque de chance pour lui, la valse des discours est bien cadencée : à chaque prise de parole, le candidat se présente (de préférence en donnant son âge et le lieu d'où il vient), explique en quoi l'Europe est bonne pour les jeunes, tape un coup sur le PS (en parlant, par exemple de la «gauche conservatrice», comme Marielle Gallo ) et dit ce que Sarkozy a changé (en mieux) dans l'Union.

Raoult réveille les militants avec ses blagues sur les jeunes de banlieue

Un rythme lent, immuable et soporifique de vieille berceuse à laquelle ne résiste pas une poignée de militants qui piquent du nez... mais se réveillent pour applaudir Eric Raoult, le maire du Raincy, venu avec un plein car de supporters pour faire son show. Avec ses mains de montreur d'ours, il raconte la première venue de Michel Barnier dans le département et les jeunes dans la voiture au sortir du meeting qui lui avait lancé un «wesh, le ministre !» Un sketch bien rodé sur les jeunes de banlieue qui ne fait pas du tout rire les Jeunes pop du 93 et leurs pancartes colorées.

Au delà de la préparation de 2012, la conquête des jeunes est également un enjeu de légitimité : gagner en soulevant les plus de 60 ans serait une victoire à la Pyrrhus qui exposerait le parti à de cinglantes critiques de la gauche. «Ce qui est important, c'est que les jeunes aillent voter : ils ne s'intéressent pas à l'Europe !», se désespère une octogénaire. Pas sûr que trois semaines suffisent pour convaincre les vingtenaires de Seine-Saint-Denis de rallier le parti d'Eric Raoult...








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