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En quoi Delanoë est-il présidentiable ?

Malakine | Jeudi 22 Mai 2008 à 10:12 | Lu 10069 fois

Malakine analyse l'émergence de la candidature Delanoë dans un contexte de refus du débat d'idée au sein du PS. Pour lui, le Maire de Paris a beaucoup de handicaps.



A gauche, le combat est ouvertement lancé pour la conquête du leadership dans la perspective du prochain congrès. Tour à tour, les candidats au poste de premier secrétaire et/ou à l’investiture pour 2012 produisent leur offensive médiatique. Après Valls, Moscovici, Dray, Royal, et en attendant Aubry (j'en oublie?), c’est actuellement au tour de Bertrand Delanoë.
Naturellement, la guerre des chefs» au PS ne se déroulera pas sur le plan idéologique. Il est inutile d’attendre du débat autre chose qu’une surenchère de lieux communs et des polémiques sans portée sur des mots symboles. Les leaders socialistes ont été jusqu’ici incapables de s’exprimer sur le fond autrement que pour énumérer des sujets de réflexions ou pour professer des banalités dans l’air du temps que n’importe quel député UMP n’aurait pas pu désavouer. Il n'y aucune raison que ça change.
Après Manuel Valls qui nous a expliqué pendant un an que la modernité pour le PS consistait à s’aligner sur le discours qui a fait élire Sarkozy, Delanoë tente désormais d’exister dans le champ du débat d’idées en exhumant le libéralisme politique des penseurs du siècle des lumières. Quelle audace !

Vive le combat d'ego

La récente déclaration de principe du PS était d’ailleurs là pour évacuer les questions de fonds et laisser place au combat d'égos. Puisque c’est l’enjeu du moment et que le PS a besoin réellement besoin d’un leader, parlons donc de cela …
A entendre les médias et les instituts de sondages, l’affaire est entendue. Il s’agira d’un duel entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, le remake à la française du duel Clinton Obama.
L’affaire apparaît toutefois un peu plus compliquée, car il n’y a pas un poste à prendre mais deux : celui de patron du PS et de candidat à la prochaine présidentielle, deux postes dont le profil reste sujet à débat.
Le PS n’a toujours pas décidé si son premier secrétaire devait avoir vocation à être le prochain président, le prochain premier ministre ou s'il devait rester chef de parti. Sa position sur le profil du prochain président est tout aussi ambiguë. D’un coté, il conteste l’omniprésidence de Sarkozy mais veut l’institutionnaliser en demandant à ce que son temps de parole dans les médias soit compté avec celui du gouvernement.
Doit-il désigner quelqu’un que les Français jugeront apte à présider aux destinées du pays, sur le mode d’un Mitterrand ou d’un Chirac ? Un futur chef de gouvernement et majorité parlementaire comme le fût Jospin ? Un bon candidat pour la campagne ? Un homme à forte densité intellectuelle pour conduire la refondation doctrinale ? Un gestionnaire d’organisation pour maintenir l’unité du parti et gérer les troupes pendant les batailles ? Les socialistes n’ont pas de vision claire des profils qu'ils doivent rechercher, ce qui rend le débat actuel si confus.
Chaque prétendant joue sur le registre qui lui est propre. Royal a pour elle sa capacité à capter la lumière des médias et ses fameuses 17 millions de voix. Strauss Kahn, sa stature intellectuelle et désormais internationale. Julien Dray son expérience de gestion d’organisations militantes. Aubry son expérience ministérielle et son image de dame de fer. Moscovici, la clarté de son expression et de sa pensée qui en fait un redoutable débatteur. Valls, son «courage politique» qui le conduit jusqu’aux confins du camp adverse… mais aucune de ses qualités ne suffit à produire du leadership. Aucun n’apparaît comme le premier secrétaire idéal ou le futur candidat incontesté.
C’est alors que de ce vide en forme de trop plein, émerge la figure de Bertrand Delanoë, comme Ségolène Royal en son temps, propulsée par les médias et les sondages, avec pour seul argument son image de modernité et sa popularité.

Delanoë cumule beaucoup de handicaps

Delanoë n’a strictement aucune expérience ministérielle. Il ne représente aucun courant d’idées. Il incarne une gauche morale et sociétale, hyper-parisienne, fait de bons sentiments écolo-libertaires, de happening culturels ou festifs et de soumission à l’ordre économique mondialisé, c'est à dire un discours qui n’a strictement aucune chance de passer dans les classes populaires et les régions industrielles. Il n’a jamais conduit de campagne nationale, son seul fait d’armes ayant été de se faire réélire à Paris sur une vague rose, comme beaucoup de ses collègues. Son mauvais caractère est notoire, ce qui fait douter de sa capacité de rassembleur. Et pour finir, il partage avec sa concurrente, le handicap d’avoir son statut assis sur des responsabilités locales. Or, comme la campagne malheureuse de Royal l’a montré (même si cela n’a pas été suffisamment analysé), l’expérience de la gestion locale n’est ni transposable, ni valorisable dans une élection politique comme la présidentielle.
Objectivement, Delanoë cumule beaucoup d’handicaps. Pourtant, il est assez curieusement considéré comme un « présidentiable » incontournable. Il a certes pour lui l’estime des journalistes politiques (parisiens) et des sondages flatteurs, mais cela est précaire. Ne jamais oublier la formule de Jean François Kahn : « Lèche, lache, lynche… » Toute bulle médiatique est condamné à exploser.
Le PS va-t-il nous faire un remake de l’élection de 2007 avec des déchirements internes, un parti démobilisé, une candidature hyperpersonnalisée, un programme d’une vacuité abyssale, une campagne conduite avec amateurisme, des bourdes à répétition trahissant l’inexpérience et conduisant aux procès en incompétence, un candidat finalement discrédité et repoussoir ?
Plus qu’un premier secrétaire ou un candidat pour la présidentielle, le PS a besoin de se trouver un leader. Or la popularité, s’il elle peut faire un vote, ne peut pas fonder un leadership. Le leadership se conquiert et se constate. Sarkozy a conquis la droite bien avant de se faire élire président de l’UMP.
C’est triste à dire, mais pour en arriver là, le PS devra aller au bout de sa guerre des chefs et accepter qu’elle soit violente : Qu’ils arrêtent de se réfugier derrière des questions ou des discours tiédasses et de jurer qu’ils n’ont pas d’autre ambition que le souci du collectif. Que les prétendants affirment leur caractère, leur ambition, leurs convictions, qu’ils expriment leur haine et leurs désaccords. Qu'ils se comportent en mâles dominant en lutte pour le pouvoir !
Au final, il ne restera qu’un et celui là sera vraiment un «présidentiable».
C’est ce que la droite sait très bien faire. La bataille pour le leadership y est ré-ouverte depuis que la disgrâce du président apparaît profonde et durable. Sarkozy risquant de perdre son leadership sur son camp, un rival est en train de s’affirmer en la personne de Jean François Copé. Il n’aura besoin ni de courant, ni d’élection, ni d’investiture pour s’imposer comme le futur leader de la droite post-sarkozyste.
Il est vrai qu’il est plus facile de s’affirmer lorsqu’il y a un chef à tuer. C’est peut-être cela le problème du PS. Ce parti est depuis trop longtemps un collectif hétérogène et fragmenté, dépourvu de chef, de ligne et d’autorité, que nul ne peut s’y affirmer par un combat d’idées ou d’égo.



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