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En exécutant un citoyen anglais, la Chine confirme son arrogance envers le reste du monde

Mardi 29 Décembre 2009 à 16:25 | Lu 16919 fois I 159 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Ce matin, Pékin a procédé à l'exécution du Britannique Akmal Shaikh, condamné pour traffic de drogue. la Chine n'avait pas procédé à l'exécution d'un européen depuis 1951. Après la condamnation du dissident Liu Xiaobo, le régime affirme son intransigeance et sa puissance.


En exécutant un citoyen anglais, la Chine confirme son arrogance envers le reste du monde
« Tout change parce que rien ne change ». Presque 60 ans ans ! Depuis 1951, la Chine n’avait pas exécuté un européen, à l'époque, Antonio Riva, un Italien. En 1951, Mao annexait le Tibet. Les suites ? Une répression féroce et des tentatives d'insurrection tibétaine contre « l’envahisseur » chinois qui provoquèrent la mort de 87.000 personnes en 1959 et conduisirent le PCC à instituer une dictature militaire pour imposer le modèle socialiste chinois. Les heurts récents entre Hans et Ouïghours dans la région du Xinjiang font évidemment étrangement écho à cette époque, au moins dans la stratégie de conquête territoriale et de répression.  

Soixante ans après, pourtant, la Chine a changé. Premier exportateur mondial en 2009, la Chine s’est lancée dans de vastes opérations d’acquisitions industrielles stratégiques, bientôt deuxième puissance économique mondiale, on lui prête les capacités de s‘imposer  comme La Grande Stabilisatrice de l’économie mondiale.
Là voilà dirigée par une élite qui s’affirme sur le plan diplomatique mais se révèle toujours aussi autoritaire à l’intérieur. Le processus de désignation du successeur de Hu Jintao, prévu pour 2012, est déjà lancé. Preuve que le PCC n’a pas l’intention de lâcher du lest. Au contraire, la Chine s’est éveillée, s’est affirmée : « un durcissement qu’il faut interpréter comme une manifestation de souveraineté effarouchée à l’égard de l’étranger considéré comme hostile au régime » selon la sinologue Marie Holzman.

Intransigeance et affirmation de puissance

Tout cela n’a, à première vue, aucun rapport avec l’exécution du ressortissant britannique Akmal Shaikh, arrêté dans le Xinjiang en 2007 avec 4 kilos d’héroïne (NDLR : qui vaut condamnation à mort obligatoire en Chine). Mais, après la condamnation à 11 ans de prison du dissident Liu Xiaobo, elle apporte une nouvelle preuve de l’intransigeance et de la volonté du PCC d’affirmation de sa puissance à l’étranger, de ses valeurs sur la scène internationale qui constituent autant de messages sur le plan intérieur.
Deux événements qui interviennent, en occident, pendant la « trêve des confiseurs ». En période de fêtes, l'attention se relâche, les politiques aussi.

Outre le caractère consternant que constitue l’exécution d’un homme atteint de démence, la Chine s’est montrée complètement indifférente aux appels des ONG – comme d’habitude - mais aussi et surtout aux multiples interventions de Gordon Brown. En deux ans, la Grande-Bretagne est intervenue 27 fois ! Le premier ministre Britannique a encore tenté ces derniers jours de convaincre son homologue chinois, Wen Jiabao, que la santé mentale du condamné devait être prise en considération. Sans résultat.

L'échec d'une logique diplomatique vieille de 20 ans

Gordon Brown a condamné cette « exécution dans les termes les plus forts », se disant « consterné de voir que nos demandes répétées de clémences n’aient été examinées ».
On frise l’incident diplomatique. La Chine n’en a cure et s’est montrée tout aussi déterminée dans sa défense de l’exécution répliquant que les droits d'appel et le droit légitime de la défense avaient été totalement garantis, que ce soit lors de la détention ou du procès. Jiang Yu, porte parole du ministère des affaires étrangères chinois a affirmé  que : « Personne n’a le droit de remettre en question la souveraineté judiciaire chinoise. Nous exprimons notre fort mécontentement et notre opposition résolue aux mises en cause sans fondement des  britanniques».

Le quotidien britannique The Guardian rapporte les réactions de différents ministres qui se gardent de répliques trop brutales, diplomatie oblige, mais n’en pensent pas moins. Le clash est proche mais n'aura jamais lieu.

« Après les critiques britanniques des manœuvres dilatoires de la Chine à la conférence sur le climat de Copenhague, les relations entre les deux nations ont sans doute atteint un creux sans précédent depuis le massacre de la place Tiananmen en 1989. Mais les experts estiment que l'impact à long terme sera faible » écrit le Guardian avant de conclure : « La Chine peut désormais ignorer la pression de la société internationale. Elle ne sera jamais mise en cause, surtout pas sur la question des droits de l'homme ». Un constat qui invalide, par ailleurs, 20 ans de stratégie diplomatique occidentale : les naïfs qui voyaient la Chine s’ouvrir naturellement à la démocratie par la voie du libéralisme. L’Empire du Milieu a imposé son modèle, sa puissance économique et politique, sans transiger sur ses « valeurs ». Il ne transigera plus.








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