Marianne2 2012

En banlieue, le PS se prépare à larguer le PC

Lundi 29 Octobre 2007 à 00:36 | Lu 11994 fois I 0 commentaire(s)

Anna Borrel

Les banlieues rouges tirent vers le rose bobo. Du coup, le PS envisage de ravir les bastions historiques du PCF.


« Il n’y aura pas de réunion du comité de liaison à gauche si le climat ne s’arrange pas ! », tempête Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. Le « climat »? Comprendre : l’union de la gauche qui prend l’eau en banlieue parisienne. Dans cinq « bastions » historiques du PCF, le PS entend bien présenter des candidats, ou tout au moins organiser des primaires. « On ne peut pas éternellement leur laisser ces municipalités au détriment de la réalité du vote », commente Bruno Leroux, en charge des élections au Parti socialiste. Enjeux : Aubervilliers, Pierrefitte-sur-Seine, La Courneuve et Bagnolet… que ravirait bien le fabiusien Claude Bartolone. S’y ajoute Montreuil, fief de l’apparenté communiste Jean-Pierre Brard, « étant donné les relations exécrables que nous entretenons avec cet élu », explique le même Claude Bartolone. Au loin, le PS se voit déjà prendre d’assaut le conseil général de Seine-Saint-Denis, qu’il partage pour le moment à égalité avec ses « amis » du PCF. Les négociations entreprises par Marie-George Buffet pour dissuader Laurent Fabius de partir en guerre sont au point mort. Et Bruno Leroux fait même valoir que ces cinq communes ne sont rien, en regard de l’ensemble des « banlieues rouges » où le PS aurait ses chances : « partout, à Sevran, à Stains, j’entends les camarades qui nous poussent à présenter quelqu’un ». A les écouter, les socialistes se considèrent déjà bien gentils de ne pas s’emparer de tout le département…

Rouge malade
A leur décharge, il faut reconnaître que les bastions de la banlieue rouge font pâle figure. Perte de vitesse du parti à l’échelle nationale (avec 1,93% des voix à la dernière élection présidentielle) et querelles locales y sont pour beaucoup. Exemple récent : le « couac » Clémentine Autain. Appelée à la rescousse par une frange du PCF local pour succéder à Jean-Pierre Brard, la Parisienne s’est faite renvoyer dans les cordes par l’élu en poste. Pourtant, l’adjointe au maire de Paris avait un profil intéressant. Elle assurait à la fois vouloir lutter contre la boboïsation galopante qui fait grimper le prix du mètre carré et expliquait en même temps sur son blog que, bientôt maman, elle cherchait justement acheter un appartement plus grand, pas trop cher, à Montreuil. Les classes moyennes supérieures qui ont envahi la ville n’ont pas suivi un parcours différent ! Repoussées hors de la capitale, devenue trop chère, les CSP + comme on les appelle, envahissent la petite couronne et commencent déjà à s’étendre au-delà, repoussant les classes populaires hors de la région. Exactement comme Clémentin Autain…

Le PCF a mal a ses bobos
« Cette gentrification met en grande difficulté les bastions communistes, analyse le sociologue Christophe Guilluy, auteur de L'Atlas des nouvelles fractures sociales en France (Autrement). Aujourd’hui, les classes moyennes à supérieures s’installent jusqu’à 70 km du centre de Paris. Et les bobos votent plutôt PS ou Verts. » Le sociologue s’amuse d’ailleurs des dénégations de ces deux partis qui réfutent l’un et l’autre pouvoir s’appuyer sur le « vote bobo ». « Comme s’il y avait quelque chose d’inconvenant », analyse-t-il. En attendant, ces fameuses classes moyennes supérieures présentent surtout le grand désavantage, pour le PCF, d’être très politisées et pas dans un sens qui les pousse à soutenir les candidats communistes, jugés « ringards ». « De nombreuses mairies communistes ne tenaient jusqu’à présent que par la grande dépolitisation de leur commune. », poursuit-il. Dans un autre ouvrage, La Démocratie de l'abstention (Gallimard) Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen ont effectivement montré que lors de l’élection de Patrick Braouzec, député-maire de Saint-Denis, trois fois moins de votants s’étaient déplacés jusqu’au bureau de vote que pour élire son prédécesseur, Marcelin Berthelot.

Avec la mise à mal des accords PS-PCF, la place du Colonel Fabien est donc en voie de perdre ses derniers meubles. Et le PS ne versera pas une larme : interrogé par Marianne2.fr, François Hollande a fait savoir qu'il ne reculera pas sur les cinq villes de Seine Saint-Denis. Face au chantage sur le comité de liaison, il répond par une fin de non-recevoir : « on ne peut pas mélanger le comité de liaison et les discussions sur la carte électorale ». Sûr de l'emporter, il réclame des primaires et assure « que les électeurs trancheront ».






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