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En France, on a pas de pétrole, mais on a Attali

Vendredi 26 Février 2010 à 11:06 | Lu 14808 fois I 78 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Deux ans après l'installation de la commission Attali I, chargée de réfléchir à des mesures de libération de la croissance, Nicolas Sarkozy a rappelé les mêmes -Attali II- pour évaluer le travail de Attali I et réfléchir à des mesures de relance de la croissance. La commission Attali, un Etat dans l'Etat ?


En France, on a pas de pétrole, mais on a Attali
Une nouvelle commission ? Pas tout à fait. A peine élu, Nicolas Sarkozy installait la commission Attali chargée de réfléchir aux moyens de « libérer la croissance ». Marché conclu pour le président de Planet Finance, qui, six mois plus tard rendait un rapport comprenant 316 propositions. A prendre ou à laisser. Résultat : une volée de bois vert de la part des députés face à l’orgueil affiché par l’ancien sherpa de Mitterrand et un résultat mi-chèvre mi-chou. Pourtant selon la commission Attali, le bilan est positif. Elle affirme que 138 des 316 mesures qu'elle a préconisées ont été mises en œuvre. Heureusement que le reste est resté en l’état: dans son rapport pour la libération de la croissance française, Jacques Attali proposait, en effet, d'harmoniser les règles financières et boursières de la place de Paris pour l'aligner sur celles de Londres...

Peu réputé pour être un anti-sarkozyste radical, l’économiste Charles Wyplosz, évoquait sur le site Telos un « fiasco total ».  Explication : « Pour qu’une Commission puisse faire un travail utile au politique, il faut qu’elle soit indépendante du politique et des groupes de pression dont les intérêts sont en jeu. Au lieu de s’appuyer sur des experts apolitiques, dont il se méfie viscéralement, Sarkozy a rassemblé dans la Commission Attali le gotha des groupes de pression et s’est assuré que son pilotage serait politique ».

Un "Etattali" dans l'Etat Sarkozy ?

Visiblement le concept de think tank présidentiel plaît à l’Elysée qui a demandé à la commission Attali de remettre son ouvrage sur le métier. Deux ans plus tard, la commission va donc reprendre le collier, ses 316 propositions et évaluer l’avancement des travaux. Pour ne pas dire l’étendue des dégâts. C’est que la crise est passée par là. L’ambition n’est plus la même. Limiter la casse, tout juste.

Nicolas Sarkozy et François Fillon ne le savent que trop, d’où un rétrécissement très net du périmètre de travail de la commission. Sarkozy a rangé au placard sa « campagne des cent fleurs ». Plus question de « libérer la croissance », « l’enjeu est désormais de tirer pleinement profit de la reprise en cours et d’inscrire la France sur un chemin de croissance forte et durable. La commission devra donc faire de nouvelles propositions pour accroître le potentiel de croissance de notre pays dans les domaines de la création d’emplois et de la réforme du marché des biens et services, pour augmenter le pouvoir d’achat, et pour simplifier les procédures qui pèsent sur l’activité économique et les entreprises » indique l’Elysée.

Etonnant procédé que cette institutionnalisation d’une commission créée pour une activité précise et que l’on ressort du chapeau au gré des humeurs politiques et du manque de raison d'Etat, pour lui confier d’autres missions. D’autant plus étonnant que le « cabinet Attali » empiète sérieusement sur les terres du fantomatique ministère de la Relance.
Quitte à empiler les bidules institutionnels, pourquoi ne pas installer Attali dans un « ministère de la Prospective et du Reste Aussi » ? Pure fiction. On imagine pas l’ancien président de la Berd abandonner ses fonctions de consultant de luxe.

Trop discret aussi. En Sarkozie, un ministre ne joue pas dans la même catégorie qu'un emblématique -et si possible passé par la gauche- président de commission. Subtil moyen d’ouvrir des débats que sauront répercuter les médias dominants, lancer des ballons-sondes à destination de l’opinion, tester des thématiques avant les grandes échéances électorales et rallier des personnalités marquées politiquement à son panache blanc.








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