En Chine, les ravages de l’enfant unique sont pour demain
Mercredi 12 Octobre 2011 à 05:01 | Lu 12562 fois I 6 commentaire(s)
Philippe Cohen - Marianne
Avec son ouvrage « Au pays des enfants rares », Isabelle Atamé, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (INED), montre que la Chine va dans le mur car ses dirigeants n’ont pas anticipé les conséquences de la politique de l'enfant unique.
Les économistes, les experts et les journalistes sont inépuisables sur la puissance économique de la Chine. La montée en puissance de l'Empire du Milieu est presque toujours présentée comme un phénomène inexorable, que ce soit pour recommander de s'y adapter, ou bien pour le dénoncer. Mais dans l'ensemble, la société chinoise dans ses profondeurs, est une société du silence. D’abord parce que la réalité du pays est immense, et ensuite parce que le régime ultra-autoritaire de Pékin fait tout pour distraire la curiosité des visiteurs du pays, notamment journalistes. Nous pouvons voir énormément de reportages sur la Chine. Mais il s'agit le plus souvent de raconter les villes chinoises, leur modernité et leur gigantisme.
Isabelle Atamé n’est pas journaliste mais chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (INED). Est-ce son statut qui lui a permis d’écrire un livre fourmillant d’autant d’histoires de vie surgies des villes mais aussi des campagnes chinoises ? Curieusement l’ouvrage ressemble à celui d’un journaliste par l’écriture et la diversité des témoignages recueillis. Mais elle y ajoute son expérience et sa rigueur de chercheuse, que l’on avait déjà remarquées dans ses précédents ouvrages sur la Chine.
La politique de l’enfant unique adoptée par les dirigeants chinois dans les années 1970 offre des destinées diamétralement opposées aux enfants chinois selon qu’ils vivent dans les milieux aisés urbains ou dans les régions rurales.
Isabelle Atamé n’est pas journaliste mais chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (INED). Est-ce son statut qui lui a permis d’écrire un livre fourmillant d’autant d’histoires de vie surgies des villes mais aussi des campagnes chinoises ? Curieusement l’ouvrage ressemble à celui d’un journaliste par l’écriture et la diversité des témoignages recueillis. Mais elle y ajoute son expérience et sa rigueur de chercheuse, que l’on avait déjà remarquées dans ses précédents ouvrages sur la Chine.
La politique de l’enfant unique adoptée par les dirigeants chinois dans les années 1970 offre des destinées diamétralement opposées aux enfants chinois selon qu’ils vivent dans les milieux aisés urbains ou dans les régions rurales.
Un inactif pour un actif d'ici à 2030
A la campagne, on continue d’avorter les futures filles ou de ne pas les soigner ; souvent les enfants sèchent l’école pour aider aux travaux des champs. A la ville, les enfants de riches vivent un enfer qui les conduit parfois au suicide. Le darwinisme obtus qui s’est imposé dans les classes dirigeantes chinoises conduit nombre de parents à imposer à leurs progéniture un apprentissage qui rappelle le film Top gun. Au jardin d’enfants « Intelligence et performance » (ça ne s’invente pas…), on apprend dès 18 mois les maths, les sciences, l’anglais, l’art, la musique avant de passer au tennis et au golf...
Les experts qui s’esbaudissent devant le modèle chinois négligent ce que les démographes appellent le « bonus démographique » : quand un pays fait moins d’enfants, il commence par être compétitif car il dépense peu et que le nombre des actifs devient dans un premier temps plus important que celui des inactifs. Mais une fois la génération de l’enfant unique devenue adulte, les ennuis commencent. Les dirigeants tentent bien de redresser la barre et de stopper la politique de l'enfant unique. Mais les urbains chinois rechignent à faire un second enfant. La réussite personnelle est devenue la priorité qui écrase toutes les autres....
D’ici à 2030, il y aura 1,1 inactif – en général un vieux – pour un actif dans l’empire du milieu et il manquera alors des dizaines de millions de femmes. Isabelle Attamé montre que les dirigeants de la Chine n’ont pas anticipé les problèmes immenses qui surgiront alors : problèmes de santé publique, de pénurie de main d'oeuvre, de dépendance du quatrième âge, etc. Mais cet avenir lourd et incertain explique peut-être en partie la politique économique expansionniste de la Chine : comme les dirigeants de Berlin, ceux de Pékin veulent accumuler du capital pour faire face. Sauf que toutes ces questions ne peuvent pas forcément se résoudre seulement par l'argent.
Les experts qui s’esbaudissent devant le modèle chinois négligent ce que les démographes appellent le « bonus démographique » : quand un pays fait moins d’enfants, il commence par être compétitif car il dépense peu et que le nombre des actifs devient dans un premier temps plus important que celui des inactifs. Mais une fois la génération de l’enfant unique devenue adulte, les ennuis commencent. Les dirigeants tentent bien de redresser la barre et de stopper la politique de l'enfant unique. Mais les urbains chinois rechignent à faire un second enfant. La réussite personnelle est devenue la priorité qui écrase toutes les autres....
D’ici à 2030, il y aura 1,1 inactif – en général un vieux – pour un actif dans l’empire du milieu et il manquera alors des dizaines de millions de femmes. Isabelle Attamé montre que les dirigeants de la Chine n’ont pas anticipé les problèmes immenses qui surgiront alors : problèmes de santé publique, de pénurie de main d'oeuvre, de dépendance du quatrième âge, etc. Mais cet avenir lourd et incertain explique peut-être en partie la politique économique expansionniste de la Chine : comme les dirigeants de Berlin, ceux de Pékin veulent accumuler du capital pour faire face. Sauf que toutes ces questions ne peuvent pas forcément se résoudre seulement par l'argent.
- Au pays des enfants rares par Isabelle Attamé, 274 pages, 19€.
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