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En Allemagne, die Linke brise les coalitions

Gilbert Casasus - Chronique | Jeudi 3 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 7806 fois

Angela Merkel doit compter les jours... Le 27 septembre, l'Allemagne pourrait changer de visage. Gilbert Casasus, qui commente pour Marianne2 la campagne électorale allemande, est professeur d'études européennes à l'Université de Fribourg. La montée de Die Linke fait voler en éclat le principe des coalitions traditionnelles;



Dimanche dernier, en élisant trois de leurs seize parlements régionaux en Sarre, Saxe et Thuringe, l’Allemagne est entrée de plain-pied dans une nouvelle phase de sa campagne électorale. Après l’ennui de ces dernières semaines, voilà venue l’heure des ennuis.

Faute d’avoir su mobiliser les citoyens sur des sujets sérieux, les partis politiques sont désormais obligés de composer avec des résultats qui ne leur conviennent guère. Quoi qu’il advienne, ils sont confrontés à une équation à plusieurs inconnues qu’ils auront du mal à résoudre d’ici le 27 septembre prochain, date des élections au Bundestag. Rien ne sera pourtant réglé d’ici un mois. Que ce soit à court terme au niveau des Länder, voire à plus long terme au niveau national, la RFA connaîtra en effet des scrutins aux issues incertaines, sources de nouvelles coalitions aux contours politiques pour le moins surprenants.
 
A l’image de ce qui se passe dans d’autres pays européens, les piliers chrétiens et sociaux démocrates ne suffisent plus à donner une majorité stable à l’Allemagne. Tous les deux s’effritent depuis de nombreuses années, n’étant même plus en mesure de justifier leur propre vocation de parti populaire (Volkspartei) dont ils ont pu se prévaloir durant plus de cinquante ans. Phénomène d’ores et déjà perçu en 2005, lorsque la CDU/CSU et le SPD avaient recueilli ensemble moins de 70%, rien ne saurait stopper désormais cette baisse tendancielle, si l’on se fie aux résultats des élections régionales du 30 août dernier.

En effet, les deux partis phares de la politique allemande n’atteignent, à eux deux, que 59% en Sarre, 51% en Saxe et moins de 50% en Thuringe. Ainsi, CDU et SPD pourraient ensemble se retrouver le 27 septembre prochain aux alentours de 60% des voix, alors qu’ils rassemblaient plus de 85% de l’électorat en 1983, année où les Verts faisaient pour la première fois leur entrée au Bundestag. Capable à l’époque d’amortir la présence d’un quatrième parti au parlement, le système allemand s’accommode désormais très mal de celle d’une cinquième formation. D’autant qu’il s’agit de la Linke avec laquelle peu désirent s’allier au plan régional et personne au plan national. Aujourd’hui, ce parti constitue une entrave sérieuse à la légendaire flexibilité politique du système allemand. C’est là sa principale force de nuisance, mais aussi sa principale faiblesse, car sa crédibilité gouvernementale est des plus réduites.

Des nouvelles coalitions?

Pour se maintenir, le système politique devra laisser la porte ouverte à de nouvelles coalitions. Le schéma traditionnel droite/gauche, composé respectivement d’un côté par la CDU/CSU et le FDP et de l’autre par le SPD et les Verts, paraît condamné à plus ou moins brève échéance.

Bien que les chrétiens-démocrates n’aient pas abandonné tout espoir de s’allier d’ici un mois avec les libéraux, l’idée d’une coalition « CDU/CSU, FDP et Verts Â», plus connue sous le nom de  « coalition Jamaïque Â», en référence aux couleurs du drapeau de ce pays, fait son chemin au centre-droit. Arithmétiquement possible pour la première fois dans l’histoire électorale en Sarre depuis dimanche dernier, elle pourrait voir le jour à Sarrebruck, si les Verts désirent barrer la route aux amis d’Oskar Lafontaine. Cas de figure hypothétique dans ce Land, elle devrait se concrétiser lors d’une prochaine élection régionale.

Quant aux sociaux-démocrates, las de nouer des « grandes coalitions Â» où ils ne jouent que les seconds rôles et conscients de ne plus obtenir la moindre majorité avec les seuls écologistes, ils hésitent encore à s’unir avec les néo-communistes. Ouverts à une alliance avec la Linke dans les Länder, à condition d’y diriger comme à Berlin l’exécutif, ils refusent toute coalition nationale avec un parti dont ils continuent à se méfier. Aussi, le SPD n’accepte-t-il pas de figurer dans un gouvernement régional placé sous la direction d’un Ministre-Président issu de la Linke, bien que celle-ci dépasse aujourd’hui les sociaux-démocrates dans plusieurs nouveaux Länder, à l’exemple de ce qui s’est passé le 30 août dernier en Saxe et en Thuringe.

Véritable casse-tête politique pour les partis traditionnels allemands, le jeu des coalitions s’est généralement soldé par des résultats positifs. Après s’être craints et combattus, CDU/CSU, FDP, SPD et Verts ont toujours su trouver des compromis gouvernementaux. Condition sine qua non pour le bon fonctionnement du système politique instauré depuis 1949, l’alliance des « formations démocratiques Â» a renforcé l’assise politique de l’Allemagne. En sera-t-il de même avec la Linke ? Rien n’est moins sûr. A l’image d’une social-démocratie, embourbée à la fois dans ses propres contradictions idéologiques et ses différents choix stratégiques, les partis politiques allemands préfèrent désormais nouer des coalitions de toutes sortes. Logiques parfois, illogiques souvent, voire contre-nature, ces alliances ne devraient pas perdurer ad vitae æternam. Elles mettent en cause la légitimité d’un système dans lequel l’électorat allemand commence à ne plus se reconnaître.

Au-delà de l’échec subi en ce jour-là par Madame Merkel et nonobstant le succès remporté par Oskar Lafontaine, c’est là certainement le principal enseignement de cette journée du 30 août 2009 qui devrait prendre date dans l’histoire électorale de la République fédérale. Car quitte à vouloir sauver coûte que coûte les règles d’un jeu politique de plus en plus fragilisé, la question du mode de scrutin allemand se posera un jour. Même au prix du remplacement de la proportionnelle par le vote majoritaire, même si, à l’heure actuelle, les Allemands ne veulent pas en entendre parler. A l’exception peut-être de la CDU/CSU qui en serait la grande bénéficiaire.

Gilbert Casasus est actuellement professeur en études européennes à l'Université bilingue de Fribourg en Suisse. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Lyon, il a enseigné les sciences politiques en France, en Allemagne et en Suisse. Il a également publié plusieurs ouvrages sur l’Allemagne :
-Mieux comprendre l’Allemagne, éditions du Belvédère, Sainte-Croix/Pontarlier, 2006
-La nouvelle droite allemande, éditions Desjonquères, Paris, 2001
-L’Autre Allemagne, ouvrage dirigé par Gilbert Casasus, Sylvie Lemasson et Sophie Lorrain, éditions autrement, Paris, 1995




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