En 2008, la bataille de l'info se jouera sur le Net (1)
Jeudi 13 Décembre 2007 à 00:03 | Lu 12873 fois I 0 commentaire(s)
Anna Borrel
A rebours de la tendance générale à la gratuité sur le Web, plusieurs sites d'information misent sur l'abonnement. Un parti risqué mais un enjeu de taille.
Nicolas Beau vient de quitter le Canard Enchaîné pour Backchich
Mercredi 12 décembre, on apprenait, sur le blog de Renaud Revel, que Jean-Marie Colombani allait à son tour lancer un site d’informations en ligne, projet pour lequel il est en train de réunir des investisseurs. Ainsi l’ancien PDG du Monde s’apprête-t-il à convoquer en duel sur le pré du Net, son ancien complice Edwy Plenel, lequel peaufine son fameux MediaPart…. Ce duel, dont on ne sait s’il se réalisera pour de bon (on annonce aussi Colombani à la tête de France Télévisions ou de Radio France) symbolise bien l’une des tendances du monde de l’information : l’engouement – certains disent même la fuite – pour Internet.
Et c’est vrai, rue89, Bakchich, Mediapart… les nouveaux sites d'information ont le vent en poupe … du moins dans les médias et le monde journalistique. Grâce à ces nouveaux entrants, la presse semble redécouvrir la presse, mais en ligne cette fois. Il est vrai que le renouveau affiché des ambitions journalistiques fait plaisir à lire. Backchich réinvente le scoop type Canard enchaîné, rue89 voudrait être le meilleur de Libération et MediaPart promet d'être Le Monde, en mieux.
On tâtonne
Oui, mais question : et les sous ? Aïe, c'est là que ça coince. Car pour l'instant, les modèles économiques des sites d'information généralistes manquent à l'appel. Gratuit ou payant ? Financé par la pub ou par les lecteurs ? Les pionniers du Net doivent relever un défi d'envergure. Et d'ailleurs, les confrères des médias traditionnels, si élogieux envers cette nouvelle presse, ne les considèrent encore pas toujours comme des concurrents sérieux. Personne ne l'écrit, mais nombreux sont ceux qui doutent : ces sites seront-ils encore là dans un an, dans deux ans… ? Une fois leur capital englouti, comment se financeront-ils ?
«On n'est pas encore fixés sur cette question, on essaye des trucs, on tâtonne», explique honnêtement Bertrand Rotte, directeur général de Bakchich et ancien directeur Internet de Bouygues Telecom. Partie avec une levée de fonds de 210 000 euros grâce au soutien de généreux mécènes (Michel Jacob, inspecteur des finances, Jean-Jacques Coppée, homme d'affaires belge, Philippe Schwartz pdg de Crayon noir, une entreprise de design sur internet, et Kheamis Toumi, homme d'affaires franco-tunisien), la rédaction de Bakchich a jusqu'à juin prochain pour prouver à ses financiers qu'elle peut être rentable à terme. Pour l'instant, avec Google pour seule régie, elle ne gagne que 900 dollars par semaine grâce à la publicité. Aussi depuis le 1er novembre dernier le site propose-t-il un abonnement payant, qui permet de télécharger les meilleurs articles au format PDF, une fois par semaine, pour 50 euros par an. D'autres articles de moindre envergure demeurent accessibles gratuitement en ligne, pour la vitrine. «Les abonnements rentrent bien : ils couvrent déjà presque un quart de nos frais», revendique Bertrand Rotte. Mais il en faudra bien plus si le site veut faire vivre une rédaction et atteindre l'équilibre…
Et c’est vrai, rue89, Bakchich, Mediapart… les nouveaux sites d'information ont le vent en poupe … du moins dans les médias et le monde journalistique. Grâce à ces nouveaux entrants, la presse semble redécouvrir la presse, mais en ligne cette fois. Il est vrai que le renouveau affiché des ambitions journalistiques fait plaisir à lire. Backchich réinvente le scoop type Canard enchaîné, rue89 voudrait être le meilleur de Libération et MediaPart promet d'être Le Monde, en mieux.
On tâtonne
Oui, mais question : et les sous ? Aïe, c'est là que ça coince. Car pour l'instant, les modèles économiques des sites d'information généralistes manquent à l'appel. Gratuit ou payant ? Financé par la pub ou par les lecteurs ? Les pionniers du Net doivent relever un défi d'envergure. Et d'ailleurs, les confrères des médias traditionnels, si élogieux envers cette nouvelle presse, ne les considèrent encore pas toujours comme des concurrents sérieux. Personne ne l'écrit, mais nombreux sont ceux qui doutent : ces sites seront-ils encore là dans un an, dans deux ans… ? Une fois leur capital englouti, comment se financeront-ils ?
«On n'est pas encore fixés sur cette question, on essaye des trucs, on tâtonne», explique honnêtement Bertrand Rotte, directeur général de Bakchich et ancien directeur Internet de Bouygues Telecom. Partie avec une levée de fonds de 210 000 euros grâce au soutien de généreux mécènes (Michel Jacob, inspecteur des finances, Jean-Jacques Coppée, homme d'affaires belge, Philippe Schwartz pdg de Crayon noir, une entreprise de design sur internet, et Kheamis Toumi, homme d'affaires franco-tunisien), la rédaction de Bakchich a jusqu'à juin prochain pour prouver à ses financiers qu'elle peut être rentable à terme. Pour l'instant, avec Google pour seule régie, elle ne gagne que 900 dollars par semaine grâce à la publicité. Aussi depuis le 1er novembre dernier le site propose-t-il un abonnement payant, qui permet de télécharger les meilleurs articles au format PDF, une fois par semaine, pour 50 euros par an. D'autres articles de moindre envergure demeurent accessibles gratuitement en ligne, pour la vitrine. «Les abonnements rentrent bien : ils couvrent déjà presque un quart de nos frais», revendique Bertrand Rotte. Mais il en faudra bien plus si le site veut faire vivre une rédaction et atteindre l'équilibre…
Edwy Plenel espère 65 000 abonnés
Des actionnaires mystérieux
«65 000 abonnés dans trois ans» (et non plus 75 000 comme annoncé initialement), voilà ce qu'espèrent les fondateurs de MediaPart, le site d'Edwy Plenel. La levée de fonds est ici de 1,3 millions d'euros (500 000 euros de Plenel, le reste d'occultes financeurs «acteurs dans le domaine des nouvelles technologies mais sans lien avec les puissances financière en place»). Le projet est très ambitieux : une quarantaine de salariés, dont une trentaine de journalistes (et pas les moins chers du marché si l'on en juge par la qualité de leurs cv) . Principalement d'accès payant (quelques articles en accès gratuit) et sans aucune publicité, le modèle que tente MediaPart offre non seulement de l'information («des enquêtes exclusives», bien sûr), mais aussi «un ensemble de services aux internautes : espaces personnels, aide à la réalisation de projets Internet, système d'alerte sur l'information, mise en relation, accès à des outils de documentation…» François Bonnet, ancien journaliste du Monde et de Marianne, à l'initiative du projet avec Edwy Plenel ne veut pas trop en dire, car il réserve quelques « surprises » pour le lancement officiel du site, en janvier. «Mais déjà, les abonnements affluent», assure-t-il.
De quoi se poser quelques questions. Après les âges sombres du « tout gratuit », la formule payante serait-elle l'avenir des médias en ligne ? On ne peut que l'espérer, pour une raison simple : le financement exclusif par la publicité a une contrainte de taille, l'audience. ET on sait bien qu'en matière d'information, une info sur les tribulations amoureuses d'un politique provoquera toujours plus de clics qu'un scoop sur la grève des journalistes des Echos.
Daniel Schneidermann ne dira pas le contraire, lui qui finance déjà Arrêt sur images sans aucune publicité. En revanche, il ne croit pas, pour l'instant, qu'Internet puisse nourrir des rédactions de l'ampleur de celle de MédiaPart… et ne fonctionne qu'avec trois journalistes, sur six salariés. Avec près de 30 000 abonnements (en moyenne à 25 euros), il lance le 7 janvier prochain la formule payante du site. Les abonnés voteront pour choisir les articles qui seront en accès libre et ASI projette également de se lancer dans la création d'un «espace communautaire» en 2008. Le payant marche donc. Mais pour combien de temps ? «La vraie bataille se mènera au moment des réabonnements, en 2008», reconnaît Daniel Schneidermann. Une fois l'effet de nouveauté passé, les lecteurs continueront-ils de soutenir «la cause» journalistique ? Les premiers explorateurs du média autonome en ligne n'y croient pas Partisans du gratuit, ils connaissent d'ailleurs des résultats prometteurs. Sûrs d'être dans le vrai depuis le début, ils avancent leurs arguments, à la fois au plan éthique et au plan entrepreuneurial…
La suite demain : Rue 89 joue la publicité.
Daniel Schneidermann ne dira pas le contraire, lui qui finance déjà Arrêt sur images sans aucune publicité. En revanche, il ne croit pas, pour l'instant, qu'Internet puisse nourrir des rédactions de l'ampleur de celle de MédiaPart… et ne fonctionne qu'avec trois journalistes, sur six salariés. Avec près de 30 000 abonnements (en moyenne à 25 euros), il lance le 7 janvier prochain la formule payante du site. Les abonnés voteront pour choisir les articles qui seront en accès libre et ASI projette également de se lancer dans la création d'un «espace communautaire» en 2008. Le payant marche donc. Mais pour combien de temps ? «La vraie bataille se mènera au moment des réabonnements, en 2008», reconnaît Daniel Schneidermann. Une fois l'effet de nouveauté passé, les lecteurs continueront-ils de soutenir «la cause» journalistique ? Les premiers explorateurs du média autonome en ligne n'y croient pas Partisans du gratuit, ils connaissent d'ailleurs des résultats prometteurs. Sûrs d'être dans le vrai depuis le début, ils avancent leurs arguments, à la fois au plan éthique et au plan entrepreuneurial…
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