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Emprunt: Communiquer d'abord, réfléchir ensuiteLaurent Pinsolle - Blogueur associé | Vendredi 28 Août 2009 à 07:01 | Lu 5409 fois
Pour Laurent Pinsolle, la mise en place à toute vitesse de la commission du Grand Emprunt est un nouvelle exemple de la méthode Sarko: faire une annonce en grande pompe, pour occuper les médias, et, après, toujours après, laisser des comités réfléchir aux conséquences.
C’est le 22 juin dernier, lors de la réunion du Congrès, que Nicolas Sarkozy avait annoncé ce grand emprunt. Hier, la commission chargée d’identifier les priorités et le montant de l’emprunt a été mise en place.
Un coup de communication
Comme pour la suppression de la publicité sur le service public début 2008, l’annonce du grand emprunt a été un coup de communication de Nicolas Sarkozy. Le président de la République annonce une grande réforme sans avoir vraiment réfléchi sur les modalités. La direction de la politique du pays semble donnée sans véritable travail de fond. Ce grand emprunt montre à nouveau la prédominance de la communication sur la volonté de résoudre de vrais problèmes. Nicolas Sarkozy cherche les annonces qui pourront remplir les titres des journaux et lance des chantiers à peine ébauchés.
Dans le cas du grand emprunt, il faut noter que le discours du président de la République a changé depuis deux mois. À l’origine, ce grand emprunt était chargé de lutter contre la crise, avec un gros temps de retard il est vrai. Finalement, hier, étant donné l’amélioration du contexte économique, il a changé son fusil d’épaule puisqu’il devrait financer les « priorités stratégiques » du pays, « les investissements les plus utiles dans une vision de long terme » : les défis de l’« économie de la connaissance, compétitivité des entreprises, équipements industriels innovants, lutte contre le déclassement ». La fin et les moyens
Mais ce grand emprunt fourre-tout illustre bien toutes les lacunes de la politique du président. Comment ne pas être surpris que le président ait lancé cette idée en ayant une vision aussi floue de l’emprunt ? Le montant pourrait être compris entre 10 et 100 milliards. On ne sait pas si les Français pourront y souscrire directement. L’objectif, au départ de lutter contre la crise, évolue vers la compétitivité du territoire. Bref, une commission ne sera pas de trop pour clarifier la vision présidentielle, encore qu’on peut s’interroger sur le court-circuitage permanent des ministres par des comités de toutes sortes.
Pire, ce grand emprunt montre les limites de la façon de gouverner du président. Il nous annonce une solution sans même avoir une vision très claire des problèmes. Et quand on lit les quatre défis cités par Nicolas Sarkozy, on est aussi frappé par la diversité des sujets que par l’adéquation très incertaine entre les sujets choisis et la solution d’ors et déjà choisie, du grand emprunt. N’aurait-il pas mieux valu réfléchir à l’économie de la connaissance et à la compétitivité des entreprises et chercher ensuite des solutions pour améliorer la situation de la France, qui pourraient être autre chose qu’un emprunt ? Ce grand emprunt montre toute la légèreté du président. Comme souvent (publicité sur le service public, exonérations sur les heures supplémentaires), il fait une annonce pour occuper les médias sans réfléchir aux conséquences, charge à des comités d’inventer a posteriori une cohérence à ses propos…. Source : Le Monde Retrouvez les articles de Laurent Pinsolle sur son blog
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