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Elle, premier magazine carlabruniste

Bénédicte Charles | Mardi 15 Avril 2008 à 00:27 | Lu 16027 fois

Le carlabrunisme, c'est comme le sarkozisme inconditionnel, mais appliqué à sa femme. L'hebdo féminin Elle (groupe Lagardère) est en train de s'en faire une spécialité.



Depuis la rencontre de Carla et Nicolas, Elle n’en peut plus. Pensez donc : Carla, qui a fait tant de fois la une de l’hebdomadaire féminin, habillée par les plus grands couturiers, déshabillée par les plus talentueux photographes, devenait la première maîtresse, puis la première dame ! Pour comprendre l’émotion qui s’est emparée du magazine, il faut savoir que Carla Bruni-Sarkozy est à Elle ce que Maurice Merleau-Ponty est à la revue les Temps Modernes, Hugo Chavez au Monde Diplo, le gadget à Pif : un symbole. Et comme Elle est un journal du groupe Lagardère (dont le patron est — doit-on le rappeler ? — un proche de Nicolas Sarkozy), il n’en fallait pas plus pour que les pages de ce qui se veut l’hebdo féminin le plus intelligent de France se couvrent d’articles à la gloire de Carla, que toute pensée semble avoir désertés (les articles, pas Carla).

Ainsi, pas plus tard que la semaine dernière, Elle analysait le voyage présidentiel en Grande-Bretagne sous le titre : «Le style Carla. Elle a tout d’une reine». A la lueur de ce papier, les ignares (dont je suis) pouvaient apprendre que la seule chose à retenir de cette visite, ce n’est pas l’annonce par Sarkozy de l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan, mais bien le fait que Carla n’a pas fait le moindre «fashion faux pas» alors même qu’elle était « attendue au tournant ». Et l’auteur de ce brûlot de comparer — comme c’est hardi ! — Carla à diverses «reines». L’impératrice Sissi (celle du film avec Romy Schneider, pas la vraie Elisabeth d’Autriche), dont la première dame a, à en croire Elle, «l’allure altière et le regard doux des princesses qui ont du cœur». Sans oublier la «touche impériale» : les boucles d’oreilles en saphir. Signées Chaumet, nous glisse-t-on.

La revanche de la fanfreluche
Plus hardi, le parallèle avec Marie-Antoinette. Fort heureusement, il s’agit de la Marie-Antoinette du film de Sofia Coppola, pas la vraie ! Et puis, précise la journaliste, Carla partage seulement avec la reine décapitée «un petit côté rock’n’roll et mutin au milieu des membres du gouvernement ». Ce qui signifie au moins deux choses : la première, c’est qu’à Elle on croit que le rock est né au 18e siècle. La seconde, c’est qu’on pense aussi que Carla Bruni fait partie du gouvernement. D’où sans doute la comparaison (à l’avantage de Carla, cela va sans dire) avec la candidate malheureuse à l’Elysée : «i[Comme Ségolène Royal, assène l’auteur de l’article, [Carla] est devenue une femme politique]i» — parée par Chaumet, précise-t-on une fois de plus — « qui se fait flasher même quand elle est en voiture officielle» — de marque Laguna®, apprend-on.

Quant aux vêtements et accessoires tels ce manteau gris et ce sac encensés par Elle, ils sont de Dior®. Quant à Carla®, elle est… mais elle est de Sarkozy®, bien sûr ! Et là, on se dit : un type qui a réussi à emballer une femme capable d’assortir aussi bien son manteau et son sac ne peut pas être totalement mauvais. Eh oui : Carla® à L’Elysée, c’est la revanche de la fanfreluche sur la pensée politique.


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