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Du nouveau sur l'affaire des sondages de l'Elysée

Philippe Cohen - Marianne | Jeudi 30 Juillet 2009 à 16:53 | Lu 13889 fois

Hugues Cazenave et Denis Pingaud menacent - implicitement - Marianne de poursuites judiciaires. Nous en profitons pour leur répondre et apporter de nouvelles informations sur l'affaire des sondages.



Du nouveau sur l'affaire des sondages de l'Elysée

Hugues Cazenave et Denis Pingaud, respectivement président et vice-président d’OpinionWay, publient ce jour dans Le Monde une tribune qui s’en prend à Marianne sans nommer l’hebdomadaire. « Une affaire d'Etat ? La polémique médiatique suscitée par le rapport de la Cour des comptes sur les dépenses de la présidence de la République en matière de sondages et d'études a de quoi faire sourire les publics avertis. » (Nos lecteurs peuvent utilement découvrir la tribune dans sa totalité en cliquant ici.)

 Résumons la thèse d’OpinionWay :

1) Le baromètre dit « Politoscope », publié par le Figaro et LCI a bien été facturé 50 000 euros à LCI et au Figaro.

Pas question de contester ce chiffre : Marianne l’a écrit, dans Marianne2 puis dans l'hebdomadaire. Mais Hugues Cazenave et Denis Pingaud ne répondent pas à notre critique : 50 000 euros pour 30 sondages, ce n’est vraiment pas cher même en utilisant Internet pour interroger les Français.
Ce Politoscope ne pouvait donc fonctionner qu'avec un financement complémentaire, celui de Publicfact, le cabinet de Patrick Buisson, agissant pour le compte de l’Elysée. Pour 190 000 euros, OpinionWay fournissait à Parick Buisson des tris croisés et des questions complémentaires, notamment sur l’image du président.

2) Hugues Cazenave et Denis Pingaud parlent d'uns prestation pour Publifact et l'Elysée  représentant « des centaines de pages de comptes-rendus ».
Un rideau de fumée pour désigner un simple traitement informatique de données déjà existantes. Quant aux questions complémentaires,«  les publics avertis » savent bien qu’elles n’ajoutent qu’un surcoût marginal à la prestation.

3) Pour Hugues Cazenave et Denis Pingaud, les enquêtes à charge publiées par la presse seraient nourris par la mauvais publicité » faite à Opinion Way par des « concurrents jaloux ».
L’argument  n’est pas faux, et les commentaires malveillants sur Opinion Way ne manquent pas dans le petit monde du sondage.
Mais qui dit que nous-mêmes comme journalistes, nous en tenons à ce discours ? Nous avons écrit dans Marianne, Daniel Bernard et moi-même que la principale critique contre Opinion Way ne portait pas sur sa technique mais sur l’usage de ses sondages, les questionnaires, sur lesquels on retrouve régulièrement les mêmes biais. Dans le texte publié par Le Monde, les patrons d'OpinionWay citent deux enquêtes dans lesquelles les réponses étaient très défavorables à Sarkozy. Deux sondages sur des dizaines et des dizaines d'enquêtes, ce n'est pas très convainquant. Sans compter que l'usage des sondages compte autant que leur contenu. La une de Marianne portait sur un système liant l’Elysée, Publifact, le Figaro et OpinionWay et aboutissant de fait à une véritable machine de propagande. Dans cette chaîne de compétences, nous n’avons jamais prétendu que la responsabilité d’OpinionWay était totale ou exclusive. Mais il n’est pas interdit à des responsables d’un institut de sondage de s’interroger sur le rôle qu’on leur fait jouer et sur leur difficulté à apparaître comme un institut impartial malgré des offres de service « défiant toute concurrence » aux médias de gauche.
D'ailleurs, comment les responsables d'Opinion Way interprètent-ils la prise de position de la  rédaction du Figaro qui a demandé à la direction du journal de cesser toute relation avec l’institut  ? Un rapide sondage dans cette rédaction - s'il respectait l'anonymat - montrerait leur faible popularité parmi les journalistes dont une grande partie sont pourtant conservateurs.
 
4) Opinion Way a demandé à la Cour des Comptes d’expliquer pourquoi seul le nom de l’institut avait été cité alors que celui des autres instituts ayant collaboré avec Publifact a été ignoré.
Nous nous sommes posés la même questions et avons, en enquêtant dans l’environnement de la Cour des Comptes, pris connaissance de l'identité des trois enquêteurs. Ce sont des auditeurs confirmés qui, apparemment, pèsent leurs mots. Contraints par le devoir de réserves, ils ne nous ont pas formellement répondu. Mais il semble bien que si OpinionWay est cité (et pas les autres instituts ayant aussi bénéficié de commandes de Publifact), c'est bien parce que  cet institut représente une part très importante du budget dont disposait Patrick Buisson.

Le texte d'OpinionWay se conclut par une menace judiciaire : « Dans cette affaire, certains médias ont franchi délibérément la ligne jaune de la diffamation. Par respect pour nos cinquante collaborateurs et les quelques centaines de salariés qui travaillent pour nous en sous-traitance, nous avons décidé de saisir nos conseils pour obtenir condamnation et réparation. »
Pour notre part, nous ne pouvons qu'inviter les responsables d'OpinionWay à répondre à nos interpellations dans nos colonnes. Ce sont les médias  eux-mêmes et non les prétoires, qui sont le lieu approprié pour des débats sur les métiers et les rôles respectifs de conseiller politique, sondeurs et journalistes.

Pour tout savoir sur l'affaire des sondages de l'Elysée




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