Marianne2 2012

Doit-on interdire l'analyse d'ADN?

Jeudi 26 Novembre 2009 à 17:01 | Lu 7373 fois I 93 commentaire(s)

Elie Arié - Médecin

L'ADN permet déjà d'apprendre beaucoup (trop?) de choses sur les individus. C'est en partie pour cela qu'en demander l'analyse est interdite en France. Elie Arié se demande si l'état devrait céder aux demandes sur le sujet.


Doit-on interdire l'analyse d'ADN?
En France, la loi interdit de pratiquer un test ADN,sauf dans quelques cas judiciaires et médicaux bien précis; et on n’a pas le droit de se faire pratiquer une analyse de son propre ADN, même à ses frais; c’est pourquoi il a fallu une loi spéciale pour le permettre aux immigrés qui le demandent.

Mais il n’en est pas de même partout; dans de nombreux pays, on peut faire analyser son propre ADN si on le souhaite; c’est un commerce en pleine expansion aux Etats-Unis. D’autre part, cet examen, autrefois très cher, sera bientôt très bon marché (sans doute une dizaine d’ Euros dans deux ou trois ans).
Pourquoi cette interdiction en France?

Pour éviter une dérive facile à imaginer: si on a un « bon » test ADN, c’est-à-dire sans trop de facteurs de risque génétiques de nombreuses maladies, on ira le présenter spontanément au futur employeur si on cherche un emploi (« vous voyez, il y a peu de chances pour que je tombe malade, moi »), à son assureur-santé (« j’ai peu de risques: vous devez donc me consentir une diminution de ma prime d’assurances »), à la femme ou l’homme qu’on souhaite épouser, etc.; avec, dans les trois cas, le rejet d’office de celui qui ne le présentera pas.

Mais il y a deux problèmes:
1-il est facile de se le faire faire à l’étranger: les offres payantes abondent sur internet (il suffit d’envoyer quelques cheveux ou un peu de salive), sans aucune garantie sur la fiabilité du laboratoire qui l’effectuera, sur le pays où il est situé, ni sur la destruction des résultats après qu’ils aient été communiqués;
2-en Occident, nous connaissons une demande de plus en plus forte pour avoir accès à toutes les informations biologiques nous concernant; c’est dans ce mouvement que s’inscrivent le droit d’accès à son dossier médical, déjà acquis (loi Kouchner de 2002) mais aussi une forte demande pour connaître:
•    l’identité de ses parents biologiques par les enfants qui ont été légalement abandonnés, notamment la levée de l’anonymat des femmes ayant abandonné leur enfant après avoir « accouché sous X »;
•    l’identité de ses parents biologiques, donneurs de sperme ou d’ovules, par les enfants issus de procréation médicalement assistée.

De nombreux pays ont déjà cédé à ces demandes, au nom (ou sous le prétexte) du « droit à connaître ses facteurs de risque », nouvelle extension du « droit à la santé » (terminologie déjà utopiste: tout ce qui peut exister, c’est un droit aux soins) ou du « mon corps m’appartient »; en France, ces parents biologiques ont encore droit à ce que leur anonymat soit juridiquement protégé- mais sans doute plus pour très longtemps.

Aussi, je suis assez sceptique sur la possibilité de pouvoir longtemps continuer à interdire, en France seule, à chacun de se faire analyser son ADN s’il le souhaite...avec les conséquences que cela entraînera et auxquelles il faut nous préparer.








LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez