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Diversité: Sarkozy, le discriminant négatif

Jeudi 18 Décembre 2008 à 08:22 | Lu 14773 fois I 120 commentaire(s)

Renaud Dély

Par Renaud Dély. On ne peut que louer le Président lorsqu’il prétend promouvoir l’égalité des chances et notamment l’accès des minorités aux grandes écoles. Tout dépend des moyens qu’il se donne, et de ses véritables intentions cachées.


Diversité: Sarkozy, le discriminant négatif
L’idéologisation dans un cas, la gadgétisation dans l’autre. Telles sont les deux mauvaises manières d’aborder la question de la représentation de la « diversité » dans la vie sociale du pays. Depuis 2002, Nicolas Sarkozy a, la plupart du temps, oscillé entre l’une et l’autre. Et son discours prononcé à l’école Polytechnique mercredi 17 décembre n’a, hélas, pas échappé à ces deux écueils. Le premier l’a plus d’une fois incité à se livrer à quelques éloges provocateurs du principe de la « discrimination positive », un chiffon rouge visant d’abord à inciter la gauche à se caricaturer en gardienne du statu quo et de tous les conservatismes. Le chef de l’Etat n’a pas résisté au plaisir de le dégainer de nouveau à Palaiseau pour se gausser des réactions qu’il suscite dès qu’il emploie l’expression honnie.

La seconde attitude a conduit Nicolas Sarkozy à promouvoir les nominations de Rachida Dati, Rama Yade, et de quelques autres comme de simples outils de communication, des têtes de gondole destinées à assurer sa propre gloire. Cette fois, c’est un personnage tout aussi respectable que les ministres susnommées, Yazid Sabeg, qui hérite d’une promotion, en l’occurrence un poste de  « commissaire à la diversité et à l’égalité des chances ». Bravo.


Et après ? Par-delà la nécessaire et saine dispute idéologique autour de ce concept de « discrimination positive » d’inspiration si étrangère à notre tradition républicaine, s’en tenir aux mots, ce serait, sur ce sujet primordial, courir le risque de nier un problème, vécu comme tel, notamment, par des centaines de milliers de Français d’origine étrangère. A l’inverse, se contenter de railler la promotion d’une Garde des Sceaux d’origine maghrébine, ce serait faire fi de l’inaction désespérante des gauches, mitterrandienne puis jospiniste, en cette matière. Ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy évoque un problème qu’il n’existe pas. Ce n’est pas parce qu’il y apporte des réponses partielles, insuffisantes ou superficielles que ses adversaires auraient fait mieux. Et tout est bon à prendre pour faire avancer cette cause-là, à condition, comme le préconise Simone Veil, de ne pas figer dans le marbre de la Constitution des principes intangibles qui risqueraient de se heurter à une réalité complexe et mouvante.


Tout ce que Sarkozy aborde devient polémique

Reste que  Nicolas Sarkozy est un discriminant fort négatif pour les problématiques dont il s’empare. Plutôt qu’en or, il transforme tout ce qu’il touche en polémique, et prend plaisir à le faire. Au risque que ses basses considérations tactiques n’empêchent définitivement l’avènement de toute grande politique, ou tout simplement de toute politique efficace.


Car son action tant place Beauvau qu’à l’Elysée, pour améliorer la représentation des populations d’origine étrangère dans les élites (politique, économique ou sociale) ne résiste pas à un examen attentif.

Son bilan à l’Intérieur puis à l’Elysée se résume à la nomination - gadget pour le coup - d’un « préfet musulman » en 2003, une déclaration sans lendemain en faveur du droit de vote des étrangers aux élections locales à la même époque, et un plan «espoir banlieue » qui mériterait le nom de « désespoir banlieue », une aumône famélique au regard du grand œuvre promis pendant la campagne présidentielle (il parlait d’un « plan Marshall ! »). Des miettes au regard d’une politique, et d’un discours, sur la traque des sans-papiers source de dangereux amalgames pour l’intégration, et donc aussi la représentation, de l’ensemble des populations d’origine étrangère.


Objectif : récupérer l'effet Obama

Que le chef de l’Etat juge bon se pencher de nouveau sur le sort des minorités à un mois de la prise de fonction de Barack Obama à la Maison blanche montre qu’il mise d’abord, une fois encore, sur des préoccupations de politique intérieure. Récupérer le fameux « effet Obama » pour conforter sa popularité chancelante et mettre un peu plus la gauche dans l’embarras, telle est sans doute sa véritable ambition. En descendant de la tribune à l’issue de son discours prononcé à l’Ecole polytechnique de Palaiseau, Nicolas Sarkozy, content de lui, comme toujours, a glissé à François Lamy, député-maire PS de Palaiseau et première gâchette de Martine Aubry : « Avec ça il vous reste pas grand chose, ça va pas être facile pour vous, hein ? »


A voir la célérité avec laquelle l’ancien patron de SOS Racisme, Malek Boutih s’est jeté dans ce piège en louant un « grand discours », dans l’espoir, sans doute, de décrocher un jour ou l’autre quelque récompense, on comprend que le Président aurait bien tort de se priver de ces petits plaisirs...








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