Diplomatie, justice : les corps d'Etat tendent le bâton pour se faire battre
Mardi 22 Février 2011 à 15:01 | Lu 10844 fois I 27 commentaire(s)
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur
Le blogueur associé Philippe Bilger s'interroge sur une sorte de « masochisme » qui entrainerait les corps aussi bien judiciaire que diplomatique à se mettre dans des situations aberrantes, faisant fi des contraintes imposées par leur fonction. Et ce, que ce soit dans le cas de Boris Boillon que dans celui des magistrats qui, respectant la circulaire Lebranchu, ont relâché des suspects de trafic de stupéfiants, afin de ne pas dépasser les six heures d'audience réglementaires.
Partout, il y a des attitudes et des comportements qui heurtent le bon sens et offensent la rectitude.
Que ce soit en Tunisie ou à Draguignan, pour ne prendre que deux exemples de nature diplomatique et judiciaire. On se demande vraiment ce qui peut se passer dans la tête de certaines personnes proches du Pouvoir qui mettent un malin plaisir à démentir dans l'instant les espoirs placés en eux.
En tout cas, c'est ce qui est advenu au nouvel ambassadeur de France en Tunisie Boris Boillon qui chargé d'une mission éminente après la révolution - redonner lustre et honneur à l'image de la France - n'a rien trouvé de mieux que d'être grossier avec certains journalistes tunisiens, ce qui l'a contraint dès le lendemain à de « plates excuses » (Le Monde, Le Figaro). Il a peaufiné, si j'ose dire, ces débuts maladroits en s'exhibant sur un site en maillot, torse nu, comme s'il vantait « la marque Eminence » et cherchait à décourager les quelques fidèles qui demeuraient encore attachés à son personnage paraît-il riche d'avenir.
Marine Le Pen s'est évidemment régalée de cette incongruité (nouvelobs.com) et a mis en cause les « Sarko boys ». Force est de s'interroger sur ce qui peut susciter de telles maladresses aux effets tunisiens très dérangeants de la part d'une personnalité que tout aurait dû dissuader d'adopter ces démarches de vulgarité et d'exhibitionnisme.
Les « Sarko boys » n'est pas une expression absurde même si les imitateurs serviles du président ont pris les mauvais côtés de son caractère - à ce qu'on dit - en n'ayant pas, comme chez lui, le talent et le sens tactique qui compensent. Longtemps, Rachida Dati a cru qu'il suffisait de faire preuve de brutalité pour être digne de « son » président alors qu'il lui manquait l'essentiel qui le définissait et qu'elle ne possédait pas. Boris Boillon me semble graviter dans la même sphère. Ne pas respecter les autres n'est pas le signe éclatant de la classe ni même de l'art de diriger. C'en est même le contraire.
J'ose une comparaison judiciaire. Eric Dupond-Moretti est un avocat extraordinaire qui en même temps cultive une rusticité, un abord délibérément brut, sans apprêt ni suavité excessive. Les médiocres, ne jurant que par lui, ont choisi le plus facile mais ont oublié le formidable plaideur. Il y a des avocats grossiers qui ne sont que grossiers.
Revenons en France, à Draguignan. On apprend que « trois trafiquants y ont libérés pour cause d'audience trop longue » (Le Figaro, Le Parisien). Au soir d'une audience, à 20h45, après qu'une affaire d'homicide involontaire a longuement mobilisé les magistrats, ceux-ci ont décidé de ne prendre aucun dossier en comparution immédiate, appliquant à la lettre une circulaire Lebranchu qui est une ânerie puisqu'elle invitait, quelles que soient les circonstances, à ne pas dépasser six heures d'audience.
Ces trois personnes d'origine dominicaine, uruguayenne et espagnole, soupçonnées de trafic de drogue, ont été présentées à un juge des libertés et de la détention (JLD) qui a décidé de les relâcher pour les convoquer à une audience ultérieure. S'ils se représentent, c'est un miracle judiciaire. Qu'à nouveau Synergie proteste contre ces péripéties doublement choquantes ne me semble pas relever d'une polémique injustifiable.
Doublement critiquables, en effet.
Apparemment le JLD a tenu pour rien le fait que ces individus avaient été interpellés avec 1,3kg de cocaïne dans leur véhicule et que leur nationalité étrangère risquait de rendre difficile, voire impossible l'administration de la Justice à leur égard. C'est le premier point.
Que ce soit en Tunisie ou à Draguignan, pour ne prendre que deux exemples de nature diplomatique et judiciaire. On se demande vraiment ce qui peut se passer dans la tête de certaines personnes proches du Pouvoir qui mettent un malin plaisir à démentir dans l'instant les espoirs placés en eux.
En tout cas, c'est ce qui est advenu au nouvel ambassadeur de France en Tunisie Boris Boillon qui chargé d'une mission éminente après la révolution - redonner lustre et honneur à l'image de la France - n'a rien trouvé de mieux que d'être grossier avec certains journalistes tunisiens, ce qui l'a contraint dès le lendemain à de « plates excuses » (Le Monde, Le Figaro). Il a peaufiné, si j'ose dire, ces débuts maladroits en s'exhibant sur un site en maillot, torse nu, comme s'il vantait « la marque Eminence » et cherchait à décourager les quelques fidèles qui demeuraient encore attachés à son personnage paraît-il riche d'avenir.
Marine Le Pen s'est évidemment régalée de cette incongruité (nouvelobs.com) et a mis en cause les « Sarko boys ». Force est de s'interroger sur ce qui peut susciter de telles maladresses aux effets tunisiens très dérangeants de la part d'une personnalité que tout aurait dû dissuader d'adopter ces démarches de vulgarité et d'exhibitionnisme.
Les « Sarko boys » n'est pas une expression absurde même si les imitateurs serviles du président ont pris les mauvais côtés de son caractère - à ce qu'on dit - en n'ayant pas, comme chez lui, le talent et le sens tactique qui compensent. Longtemps, Rachida Dati a cru qu'il suffisait de faire preuve de brutalité pour être digne de « son » président alors qu'il lui manquait l'essentiel qui le définissait et qu'elle ne possédait pas. Boris Boillon me semble graviter dans la même sphère. Ne pas respecter les autres n'est pas le signe éclatant de la classe ni même de l'art de diriger. C'en est même le contraire.
J'ose une comparaison judiciaire. Eric Dupond-Moretti est un avocat extraordinaire qui en même temps cultive une rusticité, un abord délibérément brut, sans apprêt ni suavité excessive. Les médiocres, ne jurant que par lui, ont choisi le plus facile mais ont oublié le formidable plaideur. Il y a des avocats grossiers qui ne sont que grossiers.
Revenons en France, à Draguignan. On apprend que « trois trafiquants y ont libérés pour cause d'audience trop longue » (Le Figaro, Le Parisien). Au soir d'une audience, à 20h45, après qu'une affaire d'homicide involontaire a longuement mobilisé les magistrats, ceux-ci ont décidé de ne prendre aucun dossier en comparution immédiate, appliquant à la lettre une circulaire Lebranchu qui est une ânerie puisqu'elle invitait, quelles que soient les circonstances, à ne pas dépasser six heures d'audience.
Ces trois personnes d'origine dominicaine, uruguayenne et espagnole, soupçonnées de trafic de drogue, ont été présentées à un juge des libertés et de la détention (JLD) qui a décidé de les relâcher pour les convoquer à une audience ultérieure. S'ils se représentent, c'est un miracle judiciaire. Qu'à nouveau Synergie proteste contre ces péripéties doublement choquantes ne me semble pas relever d'une polémique injustifiable.
Doublement critiquables, en effet.
Apparemment le JLD a tenu pour rien le fait que ces individus avaient été interpellés avec 1,3kg de cocaïne dans leur véhicule et que leur nationalité étrangère risquait de rendre difficile, voire impossible l'administration de la Justice à leur égard. C'est le premier point.
Le second se rapporte au respect scrupuleux d'une circulaire prétendant régir abstraitement la durée des audiences sans tenir compte des mille aléas de la recherche de la vérité, que ce soit pour les audiences correctionnelles comme aux assises. Interrompre ainsi une audience à 20h45, pour sans doute manifester encore une opposition au « caporalisme » du rendement et de l'efficacité, en laissant de côté des dossiers urgents ne peut qu'accentuer la réprobation à l'encontre de l'institution judiciaire. De tels dysfonctionnements sont d'autant plus navrants qu'ils suivent une effervescence collective légitime où les magistrats s'étaient défendus d'avoir commis la moindre erreur. Était-il bien opportun de faire succéder à notre innocence évidente hier une incurie délibérée aujourd'hui ?
Comme pour l'ambassadeur, faut-il considérer qu'il y a une sorte de vertige qui conduit à certains actes ou abstentions parce qu'on les déconnecte radicalement des contraintes et des vigilances diplomatiques ou des attentes citoyennes ? Comme un masochisme qui pousserait les serviteurs de la chose publique à trahir leur mission pour se faire flageller, plus d'ailleurs par l'opinion que par l'État ?
J'attends avec impatience le moment où le lendemain d'une nomination ou d'une promotion, on n'aura pas à s'en plaindre.
Lire d'autres articles de Philippe Bilger sur son blog.
Comme pour l'ambassadeur, faut-il considérer qu'il y a une sorte de vertige qui conduit à certains actes ou abstentions parce qu'on les déconnecte radicalement des contraintes et des vigilances diplomatiques ou des attentes citoyennes ? Comme un masochisme qui pousserait les serviteurs de la chose publique à trahir leur mission pour se faire flageller, plus d'ailleurs par l'opinion que par l'État ?
J'attends avec impatience le moment où le lendemain d'une nomination ou d'une promotion, on n'aura pas à s'en plaindre.
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