Marianne2 2012

Diplomatie française, entre amateurisme et mauvais pragmatisme

Mardi 25 Janvier 2011 à 18:01 | Lu 9597 fois I 50 commentaire(s)

Gaëtan Gorce - Tribune

L'attitude de la France face aux évènements en Tunisie est révélatrice de son affaiblissement diplomatique. Dans cette tribune, Gaëtan Gorce déplore la mauvaise gestion d'une France qui aura du mal à présider le G20 de manière sereine si elle ne regagne pas un peu de crédibilité dans les affaires internationales.


La ministre des Affaires étrangères évoque les « polémiques stériles, inutiles ».   

Malheureusement, il ne s'agit pas d'un énième débat futile dont les hommes et les femmes politiques de notre pays sont si friands. La réalité est bien plus grave et plus profonde. Si j’ai particulièrement insisté sur le dérapage verbal de Madame Alliot-Marie, ce n’est pas pour entretenir une polémique, mais pour poser le problème de fond dont ces propos sont malheureusement l’illustration.  

Pourquoi la France s’est-elle à ce point montrée aveugle aux évènements qui se déroulaient en Tunisie ?

On nous dit de toute part que tous les gouvernements ont collaboré avec le régime de Monsieur Ben Ali. La belle affaire ! Il va de soi, comme l’a dit Hubert Védrine, que si l’on ne devait traiter qu’avec des gouvernements démocratiques, les rapports seraient évidemment très limités sur la scène internationale! La question est ailleurs. Elle est dans la manière dont la crise tunisienne a été gérée, ou plus exactement dont elle n’a pas été gérée par notre diplomatie et par notre gouvernement, et, de comprendre pourquoi. La raison tient en deux phrases.  

La première, c’est que depuis plusieurs années, le Président de la République n’a plus voulu voir une réalité qui apparaissait au contraire de plus en plus nettement à nos partenaires, et notamment aux États-Unis. Le régime de Ben Ali s’est enfermé progressivement dans une approche de plus en plus répressive, la corruption l’emportant sur tout autre intérêt à commencer par celui du peuple tunisien. Ce qui explique que nous n’étions pas préparés à une telle crise : nous ne voulions ni ne voulions en voir ou en anticiper les conséquences.  

La seconde raison est encore plus préoccupante : elle tient à l’absence totale de vision stratégique de la France dans une région où ses intérêts sont pourtant essentiels. Intérêts démographiques, puisque beaucoup de ressortissants Français y demeurent, intérêts économiques, intérêts diplomatiques mais aussi politiques puisque nous avons des principes à défendre et à faire valoir. Après l’échec du projet d’Union pour la méditerranée, la diplomatie sarkozyste s’est trouvée en panne d'inspiration et agit aujourd’hui au jour le jour, en fonction des évènements. La crise tunisienne l'illustre de manière parfaite.  

Tous ceux qui aiment la France et veulent préserver ou même accroître son influence sont légitimement en colère. Car la crise tunisienne sert de révélateur au profond affaiblissement de la position française dans le monde. Il suffit de voir comment le Gouvernement américain a agi sans juger utile, ou nécessaire, de nous informer, ni moins encore de nous associer. Cela traduit au minimum un manque total de confiance et au pire une appréciation extrêmement négative sur le rôle que nous aurions pu jouer sur le déroulement des évènements.  

Cet affaiblissement ne se limite pas à cette région du monde. Il est le résultat d’une banalisation de notre diplomatie, notamment depuis notre retour dans le commandement militaire intégré de l’OTAN. Il s’exprime aussi à travers les difficultés de nos relations avec l’Allemagne. Certes, la solidarité franco-allemande est suffisamment forte pour résister aux crises telles que celles qui opposent régulièrement, plus peut-être pour des raisons de style que de fond, Monsieur Sarkozy et Madame Merkel. Elle fonctionne cependant aujourd’hui à minima c'est-à-dire qu’elle n’est plus en situation d’impulser ces initiatives qui seraient pourtant bien nécessaires.   

Au moment où la mondialisation exigerait de la France, avec l’Union européenne, qu’elle soit capable de faire entendre une voix différente, fondée sur le respect de valeurs certes, mais aussi sur un souci d’équilibre entre différentes cultures, différentes histoires et différents continents, elle s'est profondément affaiblie et a perdu de sa crédibilité et de sa force.   

Nicolas Sarkozy prétend, avec la présidence du G20, « diriger » les affaires du monde. Il vient de faire la démonstration qu’il n’arrivait pas même à maîtriser les dossiers qui concernent la France au premier chef dans une région avec laquelle nous sommes historiquement et affectivement liés de manière étroite. 

C’est une cruelle démonstration de ce que le pragmatisme mal inspiré, l’amateurisme, aussi, mal informé de son action extérieure peut produire. Nous savions, en regardant les chiffres du chômage, en déplorant la progression de notre endettement, en voyant se creuser le déficit et en observant l’absence de dialogue social, que la France était mal gouvernée de l’intérieur. Nous savons aujourd’hui, et aucun Français ne peut éviter de le déplorer, que notre pays est aussi mal défendu et mal représenté à l’extérieur.  








LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez