Didier Migaud, réduit au silence
Mercredi 24 Février 2010 à 11:13 | Lu 13459 fois I 53 commentaire(s)
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur
Le nouveau premier président de la Cour des comptes était l’invité muet de la matinale de France Inter. Fonction oblige, explique l’intéressé. Reste les décisions qu’il va prendre. À commencer par l’importante réforme à venir des chambres régionales des comptes…
L’ouverture est une bombe à fragmentation. Quand elle tombe, elle ne fait pas pour seule victime la famille politique dont l’heureux élu était membre. Ce matin, sur l’antenne de France Inter, c’est par exemple la libre parole de l’intéressé lui-même, Didier Migaud, qui était portée disparue. Tout juste nommé à la Cour des comptes pour enfiler l’hermine de Philippe Séguin, voilà que l’ancien président socialiste de la Commission des finances de l’Assemblée nationale devient muet. Muselé par Nicolas Sarkozy ? Non, par la fonction expliquera Migaud à d’incessantes reprises. A l'image de Séguin qui ne prononçait ses sentences les plus dures contre Sarkozy qu'à l'abri des oreilles indiscrètes.
D’ailleurs, Didier Migaud estime que ses nouvelles attributions lui imposent de « renoncer à tout engagement politique, électif et partisan » : « Je me mettrai en retrait de la vie politique. C’est conforme à la conception que je me fais de cette fonction et à la déontologie qui est la mienne. Mais je reste un citoyen. Un citoyen, ça pense ! » Ça pense, oui, mais apparemment ça ne parle pas. Ou plus. À tel point qu’on en vient à se demander si l’opposition et Migaud lui-même n’avaient finalement pas plus intérêt à ce qu’il continue d’occuper ses fonctions à la Commission des finances.
Ça, seul l’avenir le dira. Didier Migaud est un homme de valeur. Il l’a prouvé par le passé. Il devra le prouver à nouveau rue Cambon. Peut-être que le premier dossier qui lui permettra d’afficher son indépendance (même muette, s’il le faut !) est la réforme à venir des chambres régionales des comptes voulue par son prédécesseur. Une réforme qui, rappelait Pierre Weill au micro d’Inter, pourrait notamment empêcher les antennes locales de la Cour des comptes de s’autosaisir et à laquelle ses (anciens) camarades socialistes sont opposés. Didier Migaud a eu bien du mal à se prononcer sur le sujet : « C’est compliqué. Je n’ai pas encore pris officiellement mes fonctions et le fonctionnement de la Cour est collégial : j’ai besoin d’en parler avec mes collègues magistrats, présidents de chambres. » Mais d’ajouter dans la foulée : « Je pense qu’il faut trouver le bon équilibre et que la nécessité d’un contrôle local reste pour moi importante. » Parfois, au milieu d’un océan de silences, une petite phrase seulement permet d’être rassuré. Mais là, il en faudra plus…
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