Didier Lombard victime du harcèlement de ses salariés
Dimanche 20 Septembre 2009 à 13:01 | Lu 16328 fois I 32 commentaire(s)
Jean-Pierre Martin - Blogueur associé
C'est la dernière satyre - féroce - de JP Martin. Qui nous épargne de des commentaires lacrymogènes et compassionnels qui ont accompagné la vague de suicide chez France Telecom.
Le corps du PDG de France Télécom a éte retrouvé sans vie ce matin au siège social du groupe. D'après les premières constatations du médecin du travail de l'entreprise, il se serait donné la mort en s'assénant une trentaine de coups de hache dans le dos. La thèse du suicide est donc incontestable.
Qu'est ce qui a poussé ce brillant dirigeant à se donner la mort? Sa femme et ses enfants, sous le choc, affirment n'avoir pas vu venir le drame, décrivant un homme épanoui dans sa vie privée. « Il faisait plein de projets. Hier encore, il parlait de nous emmener en week-end à Dubaï, comme une famille normale ». Mais son travail le préoccupait : "Ces dernières semaines, son job de chef d'entreprise s'est considérablement dégradé. Il avait une énorme pression. Les syndicats le harcelaient sans cesse, lui demandaient des comptes sur la gestion de l'entreprise. Il le vivait très mal". Un proche de la famille n'hésite pas à accuser : « Ses salariés l'ont tué. Il a été victime du harcèlement de ses employés, qui font régner la terreur dans l'entreprise. N'oubliez pas qu'il s'agit de fonctionnaires pour la plupart et syndiqués parfois! Chaque jour ils exigeaient plus de lui : alors qu'à la base il était formé pour contenter les marchés financiers, réduire les coûts, les effectifs, les syndicats le harcelaient pour qu'il améliore sa gestion des ressources humaines. Il n'a pas supporté cette destabilisation, ses repères étaient chamboulés ». Jusqu'à l'irréparable?
Du côté des syndicats de France Télécom, le son de cloche est bien sûr très différent. D'après Jean-Paul, délégué CFDT, la polémique est vaine : «Je ne dis pas que le dialogue social est parfait dans l'entreprise, mais il est globalement apaisé. Ces allégations sont ridicules. Le suicide est un problème complexe, qui relève avant tout de la sphère privée. Je tiens à présenter à la famille toutes mes condoléances ». Sous couvert de l'anonymat, certains salariés évoquent à demi-mot les problèmes personnels de la victime, parlant tour à tour « d'insuffisances sexuelles », de « fragilité psychologique » ou de « grosses pertes en bourse ».
La piste privée reste d'ailleurs privilégiée par le CHSCT de l'entreprise, une thèse renforcée par la lettre laissée par Didier Lombard. Avant son geste fatal, Didier Lombard avait en effet recouvert son bureau d'inscriptions sans ambigüité en lettres rouge sang : « Tu vas crever charogne », « Tu vas payer pour les 23 », autant de mea culpa qui dessinent un homme au passé trouble et rongé par le remord.
Malgré tout, du côté du gouvernement, on "« craint un effet de contagion » chez les patrons de grandes entreprises. Un ensemble de mesure (drap en papier déchirable, bureau individuel, réduction de charges, bouclier fiscal) va donc être mis en place pour prévenir une hécatombe au sein du MEDEF. Car on l'oublie trop souvent, derrière le chef d'entreprise conquérant, se cache bien souvent un homme à la sensibilité à fleur de peau.
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