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Des régulations à inventer

Olivier Ferrand - Forum | Vendredi 26 Juin 2009 à 17:01 | Lu 3861 fois

Par Olivier Ferrand. Face au « capitalisme systémique », le mythe néolibéral, tout comme le modèle social-démocrate d’hier, s’avère périmé. Olivier Ferrand est Président du « think tank » progressiste terra nova. Il est aussi l'auteur de l’Europe contre l’Europe (Hachette Littératures, 2009).



Des régulations à inventer

La gauche vit un étrange paradoxe. La crise a disqualifié le modèle néolibéral dominant et remis en selle les valeurs sociales-démocrates : régulation, rôle de la puissance publique, justice sociale. Pourtant, on n’en voit pas la traduction politique : les élections européennes marquent la déroute de la social-démocratie en Europe. L’explication est simple : les Européens ne veulent certes plus du modèle néolibéral, mais ils ne font pas confiance à la gauche. Et ils ont raison, le modèle social-démocrate d’hier est dépassé. Inventé il y a soixante-dix ans, il a fait les beaux jours des Trente Glorieuses. Mais ses principaux fondements sont inadaptés aux mutations du capitalisme contemporain.


Premier fondement : la social-démocratie d’hier reposait sur une régulation nationale alors que le capitalisme s’est mondialisé. Ce désajustement a profondément déstabilisé la social-démocratie : les flux économiques, devenus nomades, peuvent mettre en concurrence les systèmes de régulation nationaux et favorisent les territoires moins-disants. Le territoire de la régulation doit rattraper le territoire du capitalisme. La gauche doit se lancer dans la bataille de la régulation internationale : la « démocratie monde Â», selon la formule de Pascal Lamy, directeur de l’OMC. Nous ne sommes plus si loin. Les institutions économiques existent (OMC, FMI, Banque mondiale), mais elles ont plus pesé jusqu’ici pour la dérégulation nationale que pour la régulation internationale. Les autres grandes institutions sont à doter de vrais pouvoirs de régulation (FAO, OIT, OMS, AIE, G20) ou à créer (Organisation mondiale de l’environnement). Dans cette bataille, l’Union européenne est un objectif politique, comme puissance pour peser dans la mondialisation.

Second fondement : le mode d’action de la social-démocratie repose sur la réparation, alors que le capitalisme  moderne nécessite une intervention par anticipation.

La crise nous apporte un enseignement fondamental : le capitalisme est entré dans une ère de risques systémiques. Amplifiés par la mondialisation et les nouvelles technologies, ses dérèglements prennent désormais une telle ampleur qu’ils tendent à menacer la pérennité même de nos sociétés. C’est vrai pour les risques économiques. Au départ de la crise, il y a une défaillance sectorielle localisée d’ampleur limitée : le marché des subprimes immobilières aux Etats-Unis – un marché relativement étroit de moins de 1 000 milliards de dollars. A l’arrivée, il y a une crise globale, qui touche tous les secteurs et qui a métastasé en Europe et dans les pays en développement, avec une destruction de valeur de près de 30 000 milliards de dollars. 


C’est vrai aussi pour les autres risques. Ecologiques, avec le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité : la survie de notre planète est en jeu. Sanitaires, avec les menaces de pandémies, comme la grippe aviaire, la grippe A, le Sras : elles peuvent emporter des centaines de millions de vies. Sociaux, avec l’explosion des inégalités qui met en danger la cohésion sociale de nos nations.

Face à ce nouveau « capitalisme systémique Â», le mythe néolibéral de la toute-puissance du marché a vécu : si on le laisse faire, le marché ne s’autorégule pas, il s’autodétruit. Mais le modèle social-démocrate est aussi disqualifié. Il est fondé sur la réparation : on laisse le marché produire de la richesse et on corrige a posteriori les désordres qu’il a engendrés. Ce modèle de l’Etat pompier a vécu. Le feu atteint de telles proportions que, à terme, plus aucune lance à incendie ne saurait l’éteindre. Le coût de la réparation s’accroît de manière exponentielle. Ainsi pour la remise à flot du système financier : 700 milliards de dollars pour le plan Paulson, 360 milliards de dollars en France, 1 700 milliards de dollars en Europe – des chiffres vertigineux. Et les dégâts deviennent irréversibles. C’est le cas en matière écologique. La gauche doit inventer un autre mode d’intervention publique : la régulation ex ante. La régulation doit permettre de prévenir – puisqu’il n’est plus possible de guérir â€“, d’anticiper plutôt que de réagir, d’empêcher et non plus de corriger. Pour cela, il faut mettre en place des logiques nouvelles, la planification stratégique et des institutions nouvelles, capables de prévoir le long terme et de surveiller les risques. Tout est à réinventer.


Régulation préventive et non plus seulement réparatrice. Régulation internationale et non plus nationale. Tels sont les deux grands horizons intellectuels d’une refondation sociale-démocrate, capable de dompter le capitalisme du XXIe siècle.





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