Le décrochage est particulièrement significatif depuis 1999,
soit dès que les effets de la loi des 35 heures se sont taris. Le salaire médian a stagné à partir de 2002 à 104% de son niveau de 1996 en 2006, alors que le salaire moyen est au-dessus de 112%. Ceci, accompagné de la hausse régulière –quoique à un niveau inférieur à celle de la productivité – du salaire moyen est un bon indicateur de
la pression exercée sur la partie inférieure des rémunérations par les importations en provenance des pays à faibles coûts salariaux.
Ce phénomène se retrouve aujourd’hui dans la majorité des pays développés. Il est particulièrement important aux Etats-Unis, mais on voit ici qu’il n’a pas épargné la France.
On peut donc vérifier sur les chiffres de l’INSEE que l’évolution des rémunérations salariales a ainsi été désavantageuse à partir de 1983.
La déflation salariale est bien un phénomène indiscutable. Elle a été masquée cependant par plusieurs autres phénomènes :
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La réintroduction dans les revenus salariaux des revenus du capital, que ce soit dans le secteur financier ou dans l’industrie.
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L’insertion rapide des services financiers qui étaient avant le fait de sociétés indépendantes dans des grandes banques, phénomène qui a accéléré le processus de salarisation.
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La montée relative des salaires dans des secteurs de services, en particulier la communication et la publicité, induite par l’effet de «
gaspillage » des gains en capital (on pourrait ici parler d’un effet «
Classe de Loisirs » en reprenant l’analyse faite par T. Veblen sur les États-Unis au début du XXe siécle).
On peut alors distinguer trois phases relativement distinctes dans ce processus et qui indiquent que des éléments différents ont joué suivant les époques.
Tout d’abord, le brutal ajustement du partage de la valeur ajoutée initié par Jacques Delors en 1982-83 et qui s’est prolongé durant le premier septennat de François Mitterrand. C’est bien lui qui a provoqué – au nom il faut le rappeler de l’Europe –
la grande montée du chômage que l’on a connu dans la seconde moitié des années 1980.
Ensuite, une phase de stagnation des salaires réels, liée au chômage de masse que l’on connaît à la fin de cette première phase et qui sera relayé par la politique dite de « franc fort » pour réussir les conditions de l’entrée dans la zone Euro.
Enfin, une troisième phase qui commence vers 1997 et dans laquelle nous sommes toujours plongés. Elle voit cette fois les salaires évoluer sous la contrainte des importations de produits issus des pays à faibles coûts salariaux. Ceci se traduit par un accroissement plus faible du salaire moyen que celui de la productivité et une quasi-stabilité pour le salaire médian (ce phénomène étant particulièrement sensible dans l’industrie manufacturière). Dans cette phase, l’épisode des 35 heures a bien joué un rôle correctif, mais celui-ci a été limité.
Le décrochage des salaires depuis 1983 est donc indubitable. Le niveau du salaire moyen en 2007 peut être globalement estimé à 25% de moins de ce qu’il aurait été si les phénomènes cités au-dessus n’avaient pas eu lieu. Cependant, il est clairement plus important dans l’industrie, et il est encore plus important pour les faibles salaires. Pour ces derniers, on peut parler d’un « retard » salarial de 35% à 45%.
L’impact des importations en provenance des pays à faibles coûts salariaux semble donc très fort dans la troisième période, même si on peut certainement commencer à en repérer les effets dès la fin de la première période.