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Denis Tillinac: «Ce n'est pas à l'Etat de convoquer le débat sur l'identité nationale !»

Sylvain Lapoix - Marianne | Samedi 5 Décembre 2009 à 07:01 | Lu 10523 fois

Proche de Jacques Chirac, l'éditorialiste Denis Tillinac a exprimé un fort désaccord avec un débat sur l'identité national «tronqué», mené par un Eric Besson dont il critique un passage «hâtif» à l'UMP. Pas passéiste pour autant, cet écrivain défend l'idée d'une culture non marchande... et pourquoi pas une simplicité volontaire des hommes !



«J'ai écrit un dictionnaire amoureux de la France», voilà la réponse que l'éditorialiste Denis Tillinac a livré au débat sur l'identité nationale d'Eric Besson... en 2008 ! Invité de Parlons net le jour de la conférence de l'institut Montaigne sur «qu'est-ce qu'être Français», cet amoureux des traditions corréziennes a balayé un débat «tronqué» selon lui : «on en vient toujours au sempiternel débat sur nos cités, sur l'immigration...» Alors que, dans la vision de ce romancier des terroirs, ce sont précisément les immigrés qui ont «plus que d'autres, besoin de savoir qui les accueille.»

Dans l'œil de Tillinac, cette identité nationale se construit autant autour des «quinze siècles d'histoire géo» que des matchs de rugby de l'équipe de Brives-la-Gaillarde ou des spécialités culinaires de la région... A l'écouter, elle trouverait aussi sa source dans l'engouement des Français pour son ami Jacques Chirac qui, une fois mis en examen, a trouvé le soutien des Corréziens, «pour un gars du pays». L'occasion d'un plaidoyer contre des juges qui, selon lui, cherchent trop souvent à se payer des têtes d'affiche pour se faire un nom et une carrière...

L'opportunisme, il le voit aussi chez Eric Besson. «Autant l'ouverture grand angle des débuts m'a paru d'un symbolisme fort», concède cet homme qui a soutenu Nicolas Sarkozy, autant le passage de l'ex soutien de Ségolène Royal lui a semblé «hâtif». Mais le chiraquien historique ne réussit pas à critiquer le président de la République ouvertement. Jugeant le débat sur l'identité nationale malvenu, il ne condamne pas son instigateur : «Sarkozy a bien perçu qu'il y a un malaise en France»... mais rien de plus !

En revanche, contre Frédéric Mitterrand, il ne retient pas ses coups : critiquant sa réaction face à l'affaire Polanski, il juge qu'il a mieux fait de s'abstenir sur la polémique entre Marie Ndiaye et Eric Raoult. Selon lui, le ministère lui-même devrait être dissous : «l'Etat ne devrait pas se mêler de la culture», décrète-t-il avant de se lancer dans une diatribe contre une culture faite de best-seller, de communication et de célébrité... Favorable à une culture non marchande l'ancien patron des éditions de la Table ronde ? Sans se prononcer pour ou contre la Hadopi, il constate le caractère «naturel» du téléchargement gratuit chez les jeunes et juge qu'il préférerait lui-même avoir plus de lecteurs et moins d'argent car «l'important c'est d'être lu !»

Un peu décroissant sur les bords l'éditorialiste qui s'emporte contre le productivisme et la marchandisation de la culture ? Rappelant que le théoricien de l'ultralibéralisme, Friedrich Hayek, jugeait que le marché était le plus apte à se réguler lui-même, il ne se nourrissait que de la bêtise, Tillinac se contente d'espérer «un peu plus de sagesse.» Ne manquait plus qu'une vraie critique frontale de Nicolas Sarkozy et il nous aurait vraiment surpris !




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