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Delanoë plus libéral que Sarkozy!

Anna Borrel | Jeudi 22 Mai 2008 à 07:43 | Lu 11700 fois

Dans son livre comme à la une du Nouvel Obs, Bertrand Delanoë se proclame... «libéral» ! Provocation ou première bourde ?



Delanoë plus libéral que Sarkozy!
«Je vous le dis tout net : je ne réfute pas mécaniquement ce vocable, «libéral». Et quand il s’applique à une doctrine politique, au sens global, je crois même qu’un militant socialiste devrait le revendiquer.» L’auteur de ces lignes, Bertrand Delanoë, a bien fait d’intituler son livre d’entretiens avec Laurent Joffrin De l’audace ! A la veille de sa parution, ses déclarations déclenchent un tollé. Le maire de Paris enfonce le clou en assumant: «pour être un bon socialiste, il faut être un bon manager». Avec ces formules choc, Delanoë fait-il preuve de modernité ou commet-il sa première erreur ?

Baroque ? Vous avez dit baroque ?
A la gauche du PS, c’est la confusion. Le courant NPS (Nouveau Parti socialiste) lui témoignait sa sympathie il y a quelques semaines. Mais tout à coup, les emmanuellistes perdent leurs repères. «Je n’ai pas encore lu le livre, mais… j’avoue que je suis un peu soufflé. C’est très curieux d’aborder le Congrès en disant qu'il est plus libéral que Sarkozy. C’est même carrément baroque», lâche Benoît Hamon. Dans son ouvrage, Delanoë accuse en effet le chef de l'Etat de bonapartisme quand, lui, incarnerait les valeurs positives du libéralisme. La conclusion est rude : «si c’est ça, sa ligne, il va perdre les soutiens qu’il s’est agrégés» , prédit le député européen.


Delanoë plus libéral que Sarkozy!
Mauvais joueur de foot ou bon judoka ?
Pourtant, si elle sème le trouble chez ceux qui le préfèrent à Ségolène Royal, cette saillie provoque aussi des remous profitables au maire de Paris. Les Reconstructeurs, qui rassemblent strauss-kahniens et fabiusiens pour briguer la gouvernance du PS, l'attaquent avec des arguments contradictoires. D’un côté, les proches de Laurent Fabius pointent la «faute tactique». «C’est comme un joueur de foot qui entrerait sur le stade pour disputer un match de Coupe du monde et qui dirait «moi, je vous, préviens, mon sport préféré c’est plutôt le rugby» , lance Guillaume Bachelay. Avant de tacler : «Ça a au moins le mérite d’être clair : Bertrand Delanoë a beau critiquer Ségolène Royal, il partage avec elle une certaine dérive droitière.» En revanche, pour les strauss-kahniens comme Jean-christophe Cambadélis, c’est l’inverse. Ce dernier se réjouit même avec une certaine ironie de voir que «Bertrand Delanoë semble vouloir se convertir aux thèses» strauss-kahniennes en faisant l'apologie de la social-démocratie. Le coup d’éclat du maire de Paris fait ainsi apparaître les premières brèches dans l’alliance fragile des Reconstructeurs.

Reste à savoir si son «audace» n’est que langagière ou si elle relève d’un véritable positionnement politique. «S’il s’agit juste de revendiquer le libéralisme comme doctrine de liberté plutôt que la dictature du prolétariat, ce n’est pas vraiment un événement», analyse, un brin blasé, le philosophe Jean-Jacques Le Goff. Mais dans la course folle qui s’engage pour la tête du PS, le temps est-il aux «événements», quand il suffit d’un tout petit caillou dans la chaussure d’un des participants pour le faire trébucher…


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