Marianne2 2012

Dans un monde en crise, la culture est un handicap

Mardi 28 Février 2012 à 05:00 | Lu 7777 fois I 69 commentaire(s)

Elie Arié
Cardiologue, enseignant à la chaire d’Economie et de gestion des Services de santé au... En savoir plus sur cet auteur

La culture constitue-t-elle un atout, dans les périodes de mutations profondes comme celle que nous vivons ? C'est la question que pose Elie Arié.


Le plus grand handicap des hommes réside dans leur extraordinaire force d’inertie, que l’on peut indifféremment nommer habitudes, automatismes, situations acquises, rituels, culture ; et, dans toutes les époques de renouvellement radical, les mieux armés pour s’y adapter seront les plus déracinés, les moins intégrés, ceux dont les savoirs seront purement empiriques, les plus dépourvus de bagages culturels et idéologiques qui constituaient des atouts dans la compétition en période de stabilité et qui se transforment en handicaps face à tout ce qui n’a aucun précédent.
 
C’est sans doute cette incapacité naturelle à admettre les mutations qui rend l’humanité si pathétique et si inapte à prévenir tant de catastrophes qui auraient pourtant été facilement évitables sans son éternel aveuglement face à ce qui est inédit ; la culture, c’est peut-être aussi ce qui empêche l’inconfortable remise en cause de tous nos repères désormais dépassés, c’est-à-dire de notre propre remise en cause radicale.

Une page blanche

Ce recours permanent à la lecture du monde à travers des grilles devenues inadaptées débouche, en pratique, sur des formes d’action condamnées à l’inefficacité : on le voit bien avec les multiples moyens de lutte classiques (« manifs », grèves, indignations diverses) qui, depuis 30 ans, échouent, partout et toujours, à s’opposer au vaste détricotage de tous les avantages sociaux acquis dans un monde désormais disparu, et ne sont plus que des rituels : et on ne peut pas davantage combattre un nouveau système économique par des rituels qu’on ne peut lutter contre la sécheresse par des danses pour la pluie.
 
Après le maelström qui a vu se succéder, en France, en à peine 25 ans, la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire et la Restauration monarchique, Alfred de Musset  pouvait écrire : « Alors, sur ce monde en ruines, s’assit une jeunesse soucieuse ». Celle d’aujourd’hui se trouve à nouveau face à une page blanche, et tout dépend de ce qu’elle saura y inscrire, sans chercher à reconstituer le passé ; son grand atout est qu’elle l’ignore largement, grâce à cette inculture qui pourrait bien se retourner contre ceux qui l’ont sciemment organisée (le « pédagogisme » démagogique) ; car les mieux armés pour écrire l’Histoire d’un monde nouveau sont toujours ceux qui ont oublié les chapitres précédents, ou, mieux encore, qui ne les ont jamais lus.









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