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« Dans Sarko, il y a KO », un slogan ? Non une oeuvre d'art !

Mercredi 1 Décembre 2010 à 18:01 | Lu 10349 fois I 22 commentaire(s)

Journaliste à Marianne, entre société et culture En savoir plus sur cet auteur

Au cours des manifestations de septembre et octobre contre la réforme des retraites, on a vu apparaître un nouveau genre de slogan, cosigné par le parti politique et l'artiste de son choix. L'occasion pour les formations politiques de dépoussiérer leur image, et pour les artistes, de mettre leur engagement militant à profit pour se faire connaître.


« France d’en haut : des couilles en or - France d’en bas : des nouilles encore », « Parce qu’ils ne valent rien » « Métro, boulot, caveau ». Toute manifestation charrie son lot de slogans, et le repérage des plus inventifs d’entre eux est toujours une activité de choix pour les commentateurs de tout poil. Les derniers mouvements contestataires de la réforme des retraites ont été l’occasion d’observer un phénomène en pleine croissance : aux traditionnelles banderoles de fortune constituées de draps ou de vieux cartons s’ajoutent désormais des objets « markétés » destinés à se répandre comme une traînée de poudre dans les cortèges, comme la déferlante de faux billets de banque aux effigies de Nicolas Sarkozy ou d’Eric Woerth signés NPA.

Plus le support est ludique, plus il a de chances d’être plébiscité, comme en témoigne le succès des autocollants, faciles à placarder sur les blousons et le mobilier urbain. Quand les slogans sont particulièrement percutants, il n’est pas rare que les manifestants leur accordent une seconde vie : « Rêve Générale » par exemple, a largement survécu aux mouvements de la rentrée 2010 pour se retrouver au-dessus de nombreux comptoirs de bistrot. On pourrait presque penser que ces nouveaux supports ont été conçus non pas par des syndicats ou partis politiques particulièrement en verve, mais par des professionnels. Surprise : pour certains d’entre eux, c’est le cas.

« Dans Sarko, il y a KO », le tract qui s’est écoulé en 140 000 exemplaires en deux jours au cours des manifestations contre les retraites était signé PG, PCF, et… Pascal Colrat, artiste graphiste et affichiste. Pour rompre avec la tradition de l’image politique austère, partis et associatifs n’hésitent plus à faire appel à des professionnels de l’image qui ne voient aucun inconvénient, bien au contraire, à mettre leurs compétences au service d’un message militant.

« Je réagis à l’actualité par des images diffusées sur mon blog, explique Pascal Colrat. Il arrive que des partis politiques me contactent pour les réutiliser ». S’il n’est encarté dans aucun parti, Pascal Colrat récuse l’idée selon laquelle il serait un « supermarché de l’art » utilisant les mouvements sociaux pour faire sa propre promotion. « Il n’est pas question de donner les droits à n’importe quelle formation, je choisis des associations ou des partis dans lesquels je me reconnais au moment où je crée l’image : Act up, Amnesty International, les Verts ou les partis de gauche... C’est un acte artistique, militant et engagé ».

Lorsque Pascal Colrat évoque les pionniers de l’action par l’image, une ombre silencieuse plane au-dessus de la conversation : celle de Gérard Paris-Clavel, fondateur de l’association « Ne pas plier ». Le fameux « Rêve Générale », mais aussi « Je lutte des classes » que l’on a vu absolument partout, c’est eux. Au contraire de Pascal Colrat, « Ne pas plier » ne s'affiche jamais comme l'auteur des slogans. Pire, ils n’ont pas de site Internet, et refusent de répondre à nos questions. « Ça n’intéresse que vous, de savoir qui a conçu le message ou qui parle ! s’insurge une femme de l’association qui ne donnera pas son nom. L’image est un opérateur social, c’est ceux qui la portent et qui la diffusent qui sont importants ! ».

Pascal Colrat, lui, signe toutes ses productions. Serait-il le symbole d’une nouvelle conception du militantisme, où l’individu participe au mouvement sans nécessairement souhaiter s’effacer à son profit ? « C’est ma façon de m’exprimer en tant que citoyen libre. Exposer en galerie ou diffuser une carte postale comme « Dans Grève il y a Rêve », c’est le même geste, le but est de provoquer la réflexion. J’assume et je signe ». Pas de honte, donc, à débusquer de nouveaux clients potentiels via des images et slogans récupérés par des partis en mal de créativité.

À l’ère de Facebook, l’addition de profils personnels a peut-être remplacé l'idée du collectif.

Le site de Pascal Colrat








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