Dahmane ou le communautarisme en version Sarkozy
Samedi 5 Février 2011 à 12:01 | Lu 13380 fois I 26 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur
L’ex-ministre de l’Intérieur n’a jamais caché sa vision communautariste de la France. On pouvait espérer que devenu chef de l’Etat, il serait devenu plus républicain. Erreur.
Nicolas Sarkozy avait déjà choisi un « préfet musulman », en l’occurrence Aïssa Dermouche, nommé préfet du Jura (2004-2005). C’est un partisan de la discrimination positive. Il a crée le poste de « commissaire à la diversité », confié à Yazid Sabeg. Adepte de la « laïcité positive », il pense que « le curé ne pourra jamais remplacer l’instituteur ». Voilà un parcours peu républicain, du ministère de l’Intérieur à l’Elysée, le chef de l’Etat a défendu la vision communautariste de la société, où les personnes sont Français de souche, musulmans, noirs… avant d’être des citoyens. L'intérêt ? Chercher - et trouver - le soutien de quelques clientèles.
Sans trop de publicité, une étape a été récemment franchie. Le 12 janvier, il a fait de Abderahmane Dahmane son « conseiller technique chargé de l’intégration ». Le Figaro, souvent bien introduit dans les arcanes du pouvoir, affirme, lui, qu’il est chargé de la « diversité » et du « lien avec les communautés ». Un intitulé qui paraît beaucoup plus clair. C'est une mission qu’il connaît très bien puisqu’il a été de 2005 à 2007, secrétaire national de l’UMP « chargé des relations avec les associations de Français issus de l’immigration ». Il était auparavant président du Conseil des démocrates musulmans. Et le poste de conseiller « à la diversité » existait déjà auparavant (de 2007 à 2009) en la personne de Rachid Kaci, qui n'avait pas le même profil. Ancré bien à droite, il est opposé à la discrimination positive à l’inverse de Dahmane. Rachid Kaci avait même donné en 2008 une interview à Riposte Laïque. Bref, on passe presque d’un extrême à l’autre.
Et les premières actions de Dahmane laisse craindre de nouveaux de canif dans la République. Le 20 janvier, il a reçu, à la Préfecture de police de Paris, les associations de la diaspora chinoise pour évoquer « la représentation de la communauté chinoise dans le paysage politique, notamment pour les élections des prochaines années » et « dans le paysage audiovisuel » selon un compte-rendu consulté par l'AFP. Une délégation a été reçue par Nicolas Sarkozy lui-même, jeudi 3 février, à l’occasion du Nouvel An chinois. Bien sûr, il y a derrière ce rendez-vous une volonté de montrer à Pékin que Paris se préoccupe de la diaspora. Mais, plus généralement, est-ce vraiment le rôle d’un conseiller du Président, et a fortiori du Président lui-même de s’occuper des intérêts de telle ou telle communauté nationale et non de tous les Français ? Et plus encore, est-ce vraiment au Président de choisir les candidats aux élections selon des critères ethniques ?
Sans trop de publicité, une étape a été récemment franchie. Le 12 janvier, il a fait de Abderahmane Dahmane son « conseiller technique chargé de l’intégration ». Le Figaro, souvent bien introduit dans les arcanes du pouvoir, affirme, lui, qu’il est chargé de la « diversité » et du « lien avec les communautés ». Un intitulé qui paraît beaucoup plus clair. C'est une mission qu’il connaît très bien puisqu’il a été de 2005 à 2007, secrétaire national de l’UMP « chargé des relations avec les associations de Français issus de l’immigration ». Il était auparavant président du Conseil des démocrates musulmans. Et le poste de conseiller « à la diversité » existait déjà auparavant (de 2007 à 2009) en la personne de Rachid Kaci, qui n'avait pas le même profil. Ancré bien à droite, il est opposé à la discrimination positive à l’inverse de Dahmane. Rachid Kaci avait même donné en 2008 une interview à Riposte Laïque. Bref, on passe presque d’un extrême à l’autre.
Et les premières actions de Dahmane laisse craindre de nouveaux de canif dans la République. Le 20 janvier, il a reçu, à la Préfecture de police de Paris, les associations de la diaspora chinoise pour évoquer « la représentation de la communauté chinoise dans le paysage politique, notamment pour les élections des prochaines années » et « dans le paysage audiovisuel » selon un compte-rendu consulté par l'AFP. Une délégation a été reçue par Nicolas Sarkozy lui-même, jeudi 3 février, à l’occasion du Nouvel An chinois. Bien sûr, il y a derrière ce rendez-vous une volonté de montrer à Pékin que Paris se préoccupe de la diaspora. Mais, plus généralement, est-ce vraiment le rôle d’un conseiller du Président, et a fortiori du Président lui-même de s’occuper des intérêts de telle ou telle communauté nationale et non de tous les Français ? Et plus encore, est-ce vraiment au Président de choisir les candidats aux élections selon des critères ethniques ?
Vers un Conseil de la diversité ?
Mais il y a pire. Au cours de cette rencontre entre Abderahmane Dahmane (que Marianne2 n’a pu joindre) et les associations de Chinois, ces dernières ont soutenu la proposition du conseiller de créer un « Conseil de la diversité ». Mais qu’est-ce que ce Conseil ? Il existe des conseils du même nom au Havre et à Bordeaux, deux villes UMP. Ce sont des instances comprenant des représentants d’associations d’immigrés et consultées sur toutes les questions touchant ces populations : des discriminations aux menus des cantines. Mais aucune des mairies jointes par Marianne2 n’a été consultée dans le cadre de la création d’une instance similaire au plan national.
Au Havre, ce Conseil existe depuis mai 2009 et se réunit trois fois par an. Il comprend 24 personnes, une moitié de représentants des associations, une autre de personnes qualifiées (universitaires, acteurs sociaux…). « Les associations ont été cooptées par le Maire (Edouard Philippe, ndlr) », explique à Marianne2 sa première adjointe Agathe Cahierre. Pour les critères de sélection, « cela dépend de l’immigration de la ville », les choix du Maire étant « très pragmatique ». Les Européens ne sont pas représentés, jugés moins concernés par les problématiques abordées, de même que les associations religieuses. Le Conseil a abordé différents thèmes comme la culture, l’accueil des étudiants étrangers ou l’accès à l’école des enfants issus des « communautés sub-sahariennes ».
A Bordeaux, chez Alain Juppé, le Conseil existait depuis 2002 sous le nom de Conseil des Communautés étrangères. Ce n’est qu’en 2006, qu’il a pris le nom de Conseil de la diversité. Joint par Marianne2, le cabinet du maire explique qu’il fallait une représentation plus large : « Maintenant, on a des Blancs ». A l’inverse du Havre, les Européens sont conviés aux discussions. Mais, le Conseil bordelais ne comprend pas non plus de représentants religieux. Il comprend 70 membres, dont deux tiers de représentants d’associations et le reste de personnes « reconnues pour leur expertise ou leur engagement ». Les membres sont choisis par le Maire selon des « logiques plurielles ». « Le conseil doit refléter la diversité culturelle de la ville », détaille le cabinet. Le Conseil se réunit en plénière deux fois par an et des groupes de travail se réunissent trois fois par mois.
Au Havre, ce Conseil existe depuis mai 2009 et se réunit trois fois par an. Il comprend 24 personnes, une moitié de représentants des associations, une autre de personnes qualifiées (universitaires, acteurs sociaux…). « Les associations ont été cooptées par le Maire (Edouard Philippe, ndlr) », explique à Marianne2 sa première adjointe Agathe Cahierre. Pour les critères de sélection, « cela dépend de l’immigration de la ville », les choix du Maire étant « très pragmatique ». Les Européens ne sont pas représentés, jugés moins concernés par les problématiques abordées, de même que les associations religieuses. Le Conseil a abordé différents thèmes comme la culture, l’accueil des étudiants étrangers ou l’accès à l’école des enfants issus des « communautés sub-sahariennes ».
A Bordeaux, chez Alain Juppé, le Conseil existait depuis 2002 sous le nom de Conseil des Communautés étrangères. Ce n’est qu’en 2006, qu’il a pris le nom de Conseil de la diversité. Joint par Marianne2, le cabinet du maire explique qu’il fallait une représentation plus large : « Maintenant, on a des Blancs ». A l’inverse du Havre, les Européens sont conviés aux discussions. Mais, le Conseil bordelais ne comprend pas non plus de représentants religieux. Il comprend 70 membres, dont deux tiers de représentants d’associations et le reste de personnes « reconnues pour leur expertise ou leur engagement ». Les membres sont choisis par le Maire selon des « logiques plurielles ». « Le conseil doit refléter la diversité culturelle de la ville », détaille le cabinet. Le Conseil se réunit en plénière deux fois par an et des groupes de travail se réunissent trois fois par mois.
Intégrer des personnes ou des communautés ?
Le risque d'une telle politique est la promotion d’une lecture ethnique de la société, que l’on parle à des communautés et non à des citoyens, la définition même du communautarisme. Au Havre, l’adjointe au Maire que ce conseil permet aussi aux communautés étrangères « d’appartenir à la communauté havraise ». Mais pas à la communauté française ? « Pas forcément, ils ne sont pas tous Français », répond l’élue. A Bordeaux, on se défend aussi de tout cassage du modèle républicain : « L’idée est d’associer plus étroitement les Bordelais d’origine étrangère qui pourraient ainsi mieux s’intégrer dans la ville ». Le cabinet d’Alain Juppé explique en cela que le Conseil cherche non pas à intégrer des communautés mais des « individus qui ont une richesse culturelle ». Mais la logique reste la même aborder les questions relevant des étrangers avec des associations d'étrangers.
Et justement comment éviter que ce Conseil devienne un guichet pour toutes les demandes des communautés ? C’est notamment le cas pour les menus des cantines, Musulmans et Juifs religieux demandant des repas spécifiques sans porc pour leurs enfants. Ce que la Mairie du Havre refuse. « Le dialogue est bien passé », argue pourtant l’adjointe au Maire. Pour elle, « les associations ont bien compris qu’avec 100 écoles et 100 cantines, on ne peut offrir des menus spécifiques ». Reste à savoir que ce sera un tel Conseil transposé au plan national. Les associations chinoises reçues par le conseiller Dahmane réclament déjà cinq places. Les Algériens vont sans doute demander plus que les Chinois, à moins que l’on partage les places entre les Kabyles et les Arabes.
A travers le Cran pour les noirs, le Crif pour les juifs, le CFCM pour les musulmans (Nicolas Sarkozy ayant été un grand artisan de sa création), les groupes ethniques ou religieux possèdent déjà des structures de représentation nationale pour dialoguer directement avec le pouvoir en tant que communautés et non en tant que personnes. Un Conseil national de la diversité institutionnalisera ce dialogue sur la base de ces appartenances. De ce fait, l'Etat admettra qu'on peut être représentés auprès du pouvoir en tant que noir ou juif et non en tant que citoyens. Comme quoi la République peut être mise à mal par son plus haut représentant.
Et justement comment éviter que ce Conseil devienne un guichet pour toutes les demandes des communautés ? C’est notamment le cas pour les menus des cantines, Musulmans et Juifs religieux demandant des repas spécifiques sans porc pour leurs enfants. Ce que la Mairie du Havre refuse. « Le dialogue est bien passé », argue pourtant l’adjointe au Maire. Pour elle, « les associations ont bien compris qu’avec 100 écoles et 100 cantines, on ne peut offrir des menus spécifiques ». Reste à savoir que ce sera un tel Conseil transposé au plan national. Les associations chinoises reçues par le conseiller Dahmane réclament déjà cinq places. Les Algériens vont sans doute demander plus que les Chinois, à moins que l’on partage les places entre les Kabyles et les Arabes.
A travers le Cran pour les noirs, le Crif pour les juifs, le CFCM pour les musulmans (Nicolas Sarkozy ayant été un grand artisan de sa création), les groupes ethniques ou religieux possèdent déjà des structures de représentation nationale pour dialoguer directement avec le pouvoir en tant que communautés et non en tant que personnes. Un Conseil national de la diversité institutionnalisera ce dialogue sur la base de ces appartenances. De ce fait, l'Etat admettra qu'on peut être représentés auprès du pouvoir en tant que noir ou juif et non en tant que citoyens. Comme quoi la République peut être mise à mal par son plus haut représentant.
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