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Marianne2

DSK, un président de recours... et retors

Malakine | Dimanche 29 Mars 2009 à 12:00 | Lu 21707 fois

Par Malakine. Sa prestation a été brillante sur France 2 jeudi soir. Au point qu'on peut se demander si le patron du FMI n'est pas devenu le seul candidat crédible à gauche. Un seul problème : c'est un concurrentialiste orthodoxe. Bref, on n'est pas rendus....



DSK sur France 2
DSK sur France 2

Dominique Strauss-Kahn faisait jeudi soir sa rentrée politique nationale à l’émission d’Arlette Chabot « A vous de juger » Même s’il s’agissait en théorie d’apporter aux citoyens français l’éclairage du président du FMI sur la crise, tous les observateurs n’ont regardé sa prestation qu’à l’aune de son éventuel retour en France, soit en tant que premier ministre, comme une rumeur insistante l’indique, soit comme concurrent de Sarkozy en 2012. De ce point de vue la réponse était éclatante : DSK est présidentiable. Incroyablement et évidemment présidentiable, faisant apparaître rétrospectivement l’élection de Sarkozy comme un accident de l’histoire, un bug du système politique comme un 21 avril 2002 en version cataclysme. DSK était le président que les Français auraient du avoir en cette période troublée.
DSK sera d’ailleurs probablement le prochain président, quelle que soit la configuration qui se présentera en 2012. Soit dans un schéma classique, en tant que candidat du PS face à Sarkozy. Soit dans une configuration de crise, en tant que candidat du système porté par les élites économiques et la bien-pensance médiatique face à une contestation nouvelle et plus radicale du système qui aura émergé d’ici là.
Dominique Strauss-Kahn Brillant a crevé l’écran : Brillant et pédagogue sur le fond, digne et charmeur sur la forme, parlant haut avec l’autorité des hommes d’Etat, sachant analyser de la crise avec lucidité et sérieux tout en ouvrant des perspectives positives et mobilisatrices pour le monde d’après.
Quand Sarkozy est incapable de décrire le monde qui s’effondre et celui qui naîtra, DSK nous décrit avec précision les causes de l’effondrement et annonce un nouveau « modèle de développement plus environnemental, plus soucieux du cadre de vie, plus moral, refusant tout ce qui tourne autour de l’argent-roi. » Jusqu’à oser envisager un avenir pour nos enfants qui soit meilleur !

Brillant mais conformiste
Pourtant, même si son discours était empreint de préoccupations sociales, environnementales et même parfois de quelques accents altermondialistes, ses solutions demeuraient parfaitement orthodoxes : Assainissement du système bancaire par de nouvelles injections de fonds publics plutôt que par sa nationalisation, rétablissement rapide de l’équilibre des comptes publics par la croissance plutôt que par des hausses d’impôts sur les plus riches, recherche de débouchés par la compétitivité à l’export et plutôt que rupture vers un système protectionniste.
Au moment où il a été interpellé sur le libre échange, que Strauss-Kahn a tombé le masque. Le génie décontracté a fait place à l’économiste dogmatique à court d’arguments. Interrogé par vieux chef d’entreprise du textile, qui citait Maurice Allais pour souligner les ravages causé par le libre échange sur l’emploi industriel, DSK s’est raidit, visage fermé, œil dur et sourire crispé, cherchant désespérant dans sa boite à outil conceptuelle quelques arguments grossiers pour répondre à la dure réalité des faits.
Quand il lui parlait de concurrence déloyale, DSK répondait ouverture aux autres. Quant il évoquait l’hécatombe des emplois dans la filière textile, DSK lui répondait adaptation des survivants par la qualité et l’innovation. Quand il se plaignait des importations non régulées, il répondait développement à l’export. Quand il préconisait un protectionnisme européen mesuré, DSK faisait mine d’entendre parler d’une autarcie nationaliste.
A ce moment là, l’observateur attentif a compris que DSK n’était pas une alternative à Sarkozy, mais un homme du sérail, dans la continuité de tous les concurrentialistes orthodoxes qui l’on précédé à son poste ou qui ont contribué à construire ce système dont tout le monde se plaît tant aujourd’hui à dénoncer les effets.

Le seul recours à gauche
Mais pour le téléspectateur ou l’analyste politique de profession, DSK est un « socialiste » et à ce titre il constitue un recours. Pour 2012 dans le cadre d’un indépassable duel droite-gauche ou pour une union nationale pour temps de crise. Les deux hypothèses sont ouvertes, mais n’ont que peu de chances de se réaliser.
DSK est à l’évidence le seul présidentiable sérieux que le PS ait en réserve. La logique politique devrait le conduire à faire de lui son candidat naturel pour 2012, sans même passer par les primaires. Ce serait toutefois sous-estimer l’état de décrépitude intellectuelle et politique de ce parti, désormais incapable de penser le monde comme de s’interroger sur les véritables attentes des Français. Le PS reste capable de mettre en concurrence DSK avec l’illuminée du Poitou pour faire campagne en 2012 pour la défense des libertés et le droit des femmes.
DSK appelé à Matignon par Sarkozy est une hypothèse qui a de moins en moins de crédit. Je l’avais envisagé en janvier 2008 dans un billet aux accents prophétiques , mais depuis le contexte a changé. Il ne s’agirait plus aujourd’hui d’une ouverture ou même d’une forme d’union nationale, mais d’une pure abdication pour Sarkozy, l’équivalent d’une cohabitation volontaire sans dissolution. Le crédit politique du président est aujourd’hui trop faible pour qu’il puisse faire appel à un présidentiable, de quelque bord que ce soit.

Un emballement médiatique à venir ?

Le problème de DSK est qu’il est aujourd’hui trop loin et trop évidemment présidentiable. Le système politique ne l'’accueillera pas sans réticences.
En attendant, il y a fort à parier que le système médiatique, poussé par les manipulateurs d’opinion, s’emballe et pousse sa candidature. Il a en effet le profil rêvé pour gérer la crise et l’après crise, suffisamment orthodoxe pour rassurer les élites économiques sur l’absence de réformes trop profondes du système, et suffisamment progressiste pour faire accepter au peuple un programme d’ajustement structurel d’après crise destiné à rétablir l’équilibre des comptes et retrouver la «compétitivité».
Dans cette perspective, il sera, de fait, le candidat unique de la droite et de la gauche, pour défendre ce que le PS et l’UMP ont en commun depuis 20 ans, c’est à dire l’essentiel. Face à lui, il restera à trouver un adversaire, soit un quelqu’un présentant une alternative immature (Besancenot ou Bayrou), soit un double présentant les mêmes caractéristiques type Jupé.
Sur le fond, ce sera tout sauf un changement, mais mieux vaudra avoir à la tête de l’Etat un parfait orthodoxe qui sait pourquoi, qu’un politicien dépassé par les évènements qui fuit les vrais problèmes et répète inlassablement les mêmes slogans creux sans prises sur le réel.
On sait désormais qu'en 2007, il aurait mieux valu avoir Strauss-Kahn que Sarkozy ou Royal. Ce sera également vrai en 2012. Mais la politique a parfois ses raisons que la raison ignore...

Retrouvez Horizons le blog de Malakine


MOT-CLÉS : 2012, ps, royal, strauss-kahn


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