Culotté: le chef du Cran missionné "contre le communautarisme" !
Bernard Kouchner et Brice Hortefeux ont confié à Patrick Lozès, président du Cran, association communautariste par essence, une mission de lutte contre le racisme et… le communautarisme.
La nouvelle est passée quasiment inaperçue : le 6 novembre dernier, Bernard Kouchner et Brice Hortefeux ont décidé de confier à Patrick Lozès, le président du Cran (Conseil représentatif des associations noires), une « mission de lutte contre le racisme et le communautarisme ». Pour mener à bien cette mission, Lozès s’est adjoint l'aide du sociologue Michel Wieviorka, directeur d'études à l'EHESS et… président du conseil scientifique du Cran. Ils ont deux mois pour pondre leur rapport.
Deux mois, ça peut sembler court. Mais pour Patrick Lozès et Michel Wieviorka c’est amplement suffisant. Pour une raison bien simple : leurs conclusions sont déjà prêtes : la lutte contre le racisme passe par le communautarisme ! C’est en tout cas le credo du Cran, association communautariste par essence dont Lozès et Wieviorka sont les deux têtes pensantes.
Patrick Lozès s’est même fait le chantre de la discrimination positive — qu’il préfère appeler « action affirmative », afin de montrer qu’il s’inspire du modèle américain et de son « affirmative action ». Et s’il manie désormais le mot « communauté » avec précaution, il n’a jamais fait mystère de ses penchants communautaristes. Ainsi, Roselyne Bachelot, lors de la cérémonie d’inauguration du Cran en 2006 déclarait : « la nostalgie du creuset républicain n’est en aucun cas opérationnelle et que le phénomène communautaire est inévitable dans une société globalisée » et saluait l’initiative du Cran de « passer de l’indifférence à la différence ». On ne saurait être plus clair.
Un sociologue « favorable à la reconnaissance de droits culturels »
Tout comme Patrick Lozès, Wieviorka se méfie du mot « communautés ». Il préfère parler d’« identités particulières » : « Nous sommes dans un pays où se constituent, qu’on le veuille ou non, des identités particulières – pour éviter le mot « communautés » – qui demandent à être reconnues dans l’espace public, confiait-il à Télérama peu après la naissance du Cran. Avec le risque que se développent des lobbies. Mais ce phénomène a aussi un aspect positif : dans une période de pertes de repères et de crise sociale, ces identités particulières offrent un ancrage ».
Le sociologue, qui affiche une très nette tendance à prendre ses désirs pour des réalités, développe un argumentaire bien connu : la communautarisation de la France est un fait, on n’y peut rien, alors autant l’encadrer. « Que faire des demandes de reconnaissance qui proviennent de groupes sans cesse plus nombreux, et qui ne sont pas nécessairement illégitimes ? », demande-t-il. Poser la question en ces termes, c’est bien sûr y répondre.
« La France vit un mouvement de bascule incertain entre un modèle classique républicain, où il n’y a place que pour des individus égaux en droit, et une formule nous rapprochant d’un modèle à l’anglo-saxonne, qui accueille les différences, les minorités », explique encore Wieviorka. Perpétuellement, le sociologue qui se dit « favorable à la reconnaissance de droits culturels » oppose le modèle républicain et ses défenseurs — qu’il qualifie non de « républicains » mais de « républicanistes » (1) — à une vision « démocrate » qui tiendrait compte de la « diversité » plus que de l’égalité.
Voilà le topo. Dans ces conditions, confier une mission de lutte contre le communautarisme aux représentants du Cran semble aussi judicieux que désigner feu Madame Claude pour lutter contre la prostitution ou Tariq Ramadan pour limiter l'impact de l’Islam radical. A moins que l’effet recherché soit précisément celui-ci : contre-productif.
(1) accusés de « vouer aux gémonies tout ce qui marque la présence d'une minorité dans l’espace public ».
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