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Critique des médias: Mélenchon veut prendre la place de Bayrou

Mercredi 14 Avril 2010 à 17:14 | Lu 12937 fois I 45 commentaire(s)

Bénédicte Charles- Marianne

Le leader du PG a fait mouche, en s'en prenant à toute la profession des journalistes, là où il est de bon ton de s'attaquer exclusivement aux grands patrons des groupes de presse.


Critique des médias: Mélenchon veut prendre la place de Bayrou
« Je sais comment ça marche. Je sais manipuler les médias pour faire passer mon message », assurait Jean-Luc Mélenchon en octobre dernier lors des assises du journalisme de Strasbourg, avant d’expliquer que « le problème des journalistes, c’est la reproduction sociale. Ils vivent dans un certain milieu, fréquentent les mêmes personnes et cela se sent dans les reportages et le traitement de l’actualité ». Résultat : quelques mois plus tard, le leader du Parti de gauche créait le buzz en vidant son sac face à la caméra d’un étudiant en journalisme de Sciences Po.

Au delà du simple ramdam occasionné par les diverses invectives adressées au dit étudiant on peut noter deux choses : 1) Bien plus qu’une « petite cervelle », Jean-Luc Mélenchon voit en cet étudiant de Sciences Po, qu’il qualifie  de « refoulé politique de la petite bourgeoisie », un pur produit de cette « reproduction sociale » des journalistes qu’il dénonçait à Strasbourg
2) Dans cette affaire, Mélenchon a surtout fait la démonstration qu’il savait effectivement manipuler les médias pour faire passer son message : sa diatribe contre le système médiatique a été vue 236 000 fois rien que sur Dailymotion.

Depuis cet épisode, « Méluche » est invité partout à s’expliquer sur son aversion contre les médias (qui ne date pas d’hier). Et si on ne lui pose pas de question sur le sujet, il y répond quand même. Ainsi, ce matin sur i Télé, interviewé par Laurent Bazin sur les retraites, Mélenchon en a profité pour dénoncer la « campagne d’affolement irresponsable » que mènent les médias sur ce thème. « Je veux mettre en garde le système médiatique pour leur dire que nous n’accepterons pas qu’ils recommencent le militantisme éhonté qu’ils ont eu en 2005 pour le TCE. »

La veille, sur RTL, il assénait à Jean-Michel Aphatie une leçon de chiffres, toujours sur le thème des retraites. Qu’on soit d’accord avec lui ou pas sur ce sujet, reconnaissons-lui de le connaître sur le bout des doigts. Infiniment plus que les journalistes qu’il a en face de lui, en tout cas.

Bref, Mélenchon occupe dorénavant la place laissée vacante par François Bayrou. Pas celle du troisième homme (quoique) : celle de l’homme-politique-qui-dénonce-le-système-médiatique. A ceci près que Bayrou s’en prenait aux patrons des grands groupes et à la logique de concentration des médias, tandis que Mélenchon va plus loin et s’attaque directement aux « fondamentaux », comme on dit. A savoir : le boulot des journalistes.
D’aucuns diront qu’il est bien plus facile et moins risqué de s’en prendre aux journaleux qu’à leurs patrons. C’est d’ailleurs ce qu’on a pu lire un peu partout après l’incident qui a opposé Mélenchon à l’étudiant de Sciences Po : quoi, un homme politique installé s’en prend à un pauvre apprenti sans défense ! Quelle lâcheté !

Sauf qu’en réalité, c’est à la profession que s’en est pris le chef du PG. Ce sont les travers des journalistes qu’il a dénoncés, et non ceux d’un étudiant dont il ne savait rien. C’est bien cela qui ne lui a pas été pardonné. S’en prendre aux barons des groupes de presse, ça passe. Les journalistes adorent ça, et lesdits barons ont l’habitude. Mais dire tout le mal qu’on pense de la « profession », c’est autre chose : c’est un crime de lèse-journalistes. C’est là la véritable raison du mini-lynchage de Mélenchon. La défense du pov’ étudiant n’était qu’un prétexte.

Reste cependant à Mélenchon une chance de s’en sortir : passer de l’autre côté, et dispenser des cours au CFJ. C’est d’ailleurs un peu ce qu’il a fait vendredi dernier, en réponse à l’invitation du directeur du Centre de formation des journalistes. Moralité: si Méluche était prof au CFJ, il y aurait moins de journalistes. Remarque, c'est toujours ça de pris...








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