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Crise :l'autocritique des économistes se fait attendre

Philippe Petit - Marianne | Mardi 30 Juin 2009 à 07:01 | Lu 5605 fois

La crise économique aurait pu refonder la science économique. Et en changeant les idées, changer le fonctionnement de l'économie mondiale. Mais les économistes, avec les politiques, en ont décidé autrement. C'est ce dont ont discuté, entre autres, Philippe Petit et ses invités dans l'émission Science et conscience du 25 juin, sur France culture.



(photo : cac - Flickr - cc - http://www.flickr.com/photos/jblndl/2972155156/)
(photo : cac - Flickr - cc - http://www.flickr.com/photos/jblndl/2972155156/)
En septembre 2008, un ancien économiste du MEDEF, Jean-Luc Gréau, publiait dans la collection Le Débat chez Gallimard, La trahison des économistes. Dans ce petit essai nerveux et bien écrit Gréau faisait le procès de « la prise de pouvoir par la vulgate néo-libérale » ; la crise financière de l’été 2008 était selon lui porteuse d’une « crise systémique » aussi ravageuse que le krach de 1929. La crise des crédits hypothécaires à hauts risques, dite crise des « subprimes », résultait à ses yeux d’une fuite en avant du système économique provoquée par le « surprofit financier ». Il ne se trompait pas. Avec la conjonction de la crise financière, du réchauffement climatique, de la misère persistante dans de nombreux pays, le débat sur la mondialisation s’élargit à celui de l’avenir même des capitalismes.

C’est désormais « une meilleure gouvernance » et non « moins d’État et plus de compétition sur tous les marchés » qu’on préconise dans les milieux savants. Un cycle toucherait à sa fin. La crise de l’automne 2008 aurait mis en lumière les défaillances de la théorie écomonique standard. Est-ce si sûr ? Car même après la crise, en admettant que celle-ci soit passagère, ce qui paraît pour le moins douteux, nombre d’économistes et de responsables politiques se contentent d’un appel à la moralisation du capitalisme. Ils continuent de prévoir l’avenir avec les mêmes outils statistiques et en usant du même comptage du chômage, de la croissance, ou de l’inflation. Ils s’en remettent à la science économique pour mesurer, prévoir, et compter toujours comme s’il ne s’était rien passé.

Déchiffrer les chiffres

À quelle hiérarchie des valeurs les chiffres renvoient-ils ? Cette question est au cÅ“ur du dossier de la revue Esprit de juin 2009 consacré aux « mauvais calculs et aux déraisons de l’homme économique ». Elle était aussi la pierre de touche du livre de Valérie Charolles, Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ?, paru en octobre 2008.    
Les chiffres nous gouvernent, alors apprenons à les déchiffrer… tel était le thème de cette émission en compagnie de Marc-Olivier Padis et Madame Charolles.   
La date tombait bien. La commission Stiglitz venait de remettre son pré-rapport. « Nous sommes dans la catégorie de l’inespéré » a déclaré Valérie Charolles qui officie à la Cour des Comptes et venait d’en prendre connaissance. Le mea culpa des économistes aurait-il commencé ? « Notre appareil statistique a besoin d’une sérieuse révision » peut-on y lire en préambule. La critique des données économiques fait désormais partie de la profession d’économiste. Le PIB ne mesurant pas l’augmentation des inégalités, il faudrait peut-être revoir nos règles de calcul.

L’émission portait à la fois sur la question de la valeur à accorder aux chiffres et sur la manière dont on pourrait les rendre plus lisibles pour les citoyens. Le tour d’horizon fut assez complet. Mieux établir ce que les services publics apportent à la croissance, par exemple, devrait être une priorité de la vulgarisation économique. La revue Esprit prépare une suite à l’automne à ce numéro de juin 2009. Elle portera sur ceux qui croient à la crise systémique et ceux qui n’y croient pas !  
Là encore, il sera question de chiffres à déchiffrer…

L'émission Science et conscience du 25 juin 2009

http://www.marianne2.fr/docs/SCIENCE_ET_CONSCIENCE_25.06.2009.mp3 http://www.marianne2.fr/docs/SCIENCE_ET_CONSCIENCE_25.06.2009.mp3





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