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Crise grecque: le grand concours de mensonges européen

Roland Hureaux - chroniqueur associé | Samedi 1 Mai 2010 à 13:01 | Lu 13222 fois

On se focalise sur les déficits grecs, on refuse de considérer la possibilité d'une sortie de l'euro pour le pays, on fait comme si l'aide à la Grèce était une oeuvre caritative… Foutaises, selon Roland Hureaux.



Les Grecs sont accusés d’avoir menti pour entrer dans l’euro. Peut-être. Encore qu’ils ne doivent pas avoir été les seuls.
Ce qui est sûr, c’est que, de langue de bois en optimisme de commande, d’ignorance des problèmes économiques en  volontarisme politique, presque tout le monde, dans le suivi de la crise grecque,  ment ou en tous les cas  parle  à tort et à travers.  

Premier mensonge : se focaliser sur les déficits publics  grecs. Ils sont assurément un problème, un peu plus grave en Grèce que dans d’autres pays - un peu plus seulement-  mais ce n’est pas le problème principal. Le problème principal de la Grèce, c’est  le différentiel  d’inflation entre elle  et les autres pays de la zone euro, singulièrement l’Allemagne, qui s’est creusé depuis dix ans,  à hauteur de  30 à 40 %,   et qui fait qu’ aucun produit grec , même  les olives, n’est plus compétitif. Si ce problème n’est pas résolu,   les prêts du FMI ou de l’Europe n’alimenteront  que le tonneau des Danaïdes.  Ce n’est pas de 5 ou 10 % que les Grecs devraient  se serrer la ceinture pour  retrouver  leur compétitivité, c’est de 30 à 40 % .  Aucun  pays ne l’a jamais fait, ils ne le feront pas.  

Deuxième mensonge – ou erreur : affirmer, comme l’ont fait à peu près tous les gourous, consultants internationaux et autres augures depuis deux ans que la Grèce ne saurait sortir de l’euro  parce que c’est juridiquement impossible ou techniquement très difficile. Aussi absurde que d’aller dans un hôpital et de dire : tel malade ne saurait mourir parce que sa mort serait  illégale  ou parce que cela poserait trop de problèmes à sa famille !
On dit aussi : en tout état de cause, la sortie de l’euro et la dévaluation qui s’en suivra seraient encore plus pénibles pour les Grecs que le régime de rigueur que l’Europe tente de leur imposer.  En un sens , c’est vrai. La dévaluation suppose que les prix des produits importés vont augmenter de 30 ou 40 %   et  que  donc les Grecs devront  se serrer la ceinture. C’est  un fait :  toute dévaluation est douloureuse. Avoir une monnaie surévaluée, c’est  vivre au dessus de ses moyens ; dévaluer c’est remettre les pieds sur terre. Il est vrai  aussi qu’une dévaluation, pour réussir,  doit s’accompagner de mesures de rigueur. Mais  il y a une différence. Le plan de rigueur actuel ne mène à rien. D’abord parce qu’il est insuffisant,  ensuite parce qu’il en traite pas le problème au fond : la Grèce ne devenant pas plus compétitive,  n’aura toujours rien à vendre pour rembourser le prêts qu’on lui consent et ne fera donc que s’enfoncer. En revanche, une dévaluation,  pour douloureuse qu’elle soit, remettra  le pays sur la bonne voie pour se redresser. Ce redressement  n’est  certes pas automatique mais au moins, il  est possible,  alors que dans le premier  cas, il ne l’est pas.
C’est  sans doute parce que  les Grecs ressentent l’inutilité de leurs efforts qu’ils ne sont  pas décidés à les faire. Les manifestations de mécontentement dans les rues d’Athènes ne cessent pas. La communauté internationale fait semblant de croire que les plans de rigueur promis par M.Papandréou ont une once de crédibilité. Pour qui nous prend-t-on ? On invoque le cas de la Lituanie. Mais celle-ci n’était pas dans l‘euro,  elle pouvait donc se sacrifier avec quelque espoir que ça serve à quelque chose.  Cela a-t-il d’ailleurs servi ?

Enfin, tout aussi mensongère est la rhétorique de l’ Â« aide à la Grèce Â». Tout juste si on ne lance pas un appel au public pour qu’il verse à la Croix Rouge !   Les Français sont généreux ;   60 % d’entre eux  approuvent  l’aide à la Grèce. Les Allemands, eux ne le  sont pas :  80 %  refusent cette aide, même s’ils doivent être les  premiers perdants d’un éclatement de l’euro ( et nous les premiers gagnants ! ). Mais tout cela est parfaitement  fallacieux : l’aide financière à la Grèce, qui est d’ailleurs un prêt à taux conséquent, pas un don,  n’a rien à voir avec l’aide que l’on peut apporter à un pays  victime  d’une catastrophe. Si nous n’aidons pas les Grecs, ils ne  s’en porteront pas plus mal ; au contraire, ils feront  plus  vite défaillance et on sait que les seules dettes qui coûtent sont celles que l’on  rembourse, pas celles que l’on ne rembourse pas. Comme on ne saisira pas leurs îles, ni le Parthénon, quoi qu’en dise la presse allemande, ce sera tout bénéfice pour eux. Et si nous les aidons, ce sera  pour enrichir un peu plus les spéculateurs qui ont joué les usuriers auprès d’un pays en difficulté.  

Il est temps que,  dans ce concours de mensonges et de sottises, les commentateurs reviennent aux réalités. Les faits ne tarderont pas à les y contraindre.


MOT-CLÉS : crise, déficit, euro, europe, grèce


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