Bien sûr, l’Allemagne des années vingt n’est pas celle des années 2000. Quand éclata la crise de 1929, la République de Weimar (1919-33) était le premier régime démocratique jamais connu par l'Allemagne de toute son histoire ! Naissante, la démocratie n'en était que plus fragile. Tout juste sortie de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), la population gardait les stigmates de l’humiliation infligée par la défaite, et nourrissait l’espoir d’une revanche.
L'Allemagne d'hier n'a donc rien à voir avec celle d'aujourd'hui. Par conséquent, il ne s'agit pas ici d'agiter le spectre d'un renouveau nazi.
Cependant, on peut légitimement se demander comment la crise économique et sociale qui frappa l'Europe des années 30 contribua à la radicalisation des idéologies. Car si le contexte international et européen a fortement changé, les mêmes peurs et donc les mêmes réflexes peuvent refaire surface mais sous une autre apparence.
Dans cette première partie, Serge Berstein raconte de quelle façon la crise de 1929 fit émerger en Allemagne une psychose, la peur du chômage. Elle s’empara en particulier des classes moyennes qui furent prises d’effroi à l’idée de se prolétariser. Il explique aussi comment le gouvernement de la République de Weimar s’obstina à vouloir n'apporter qu'une réponse strictement libérale à la crise. Des échecs successifs qui ne discréditèrent pas seulement les hommes politiques, mais aussi l'idée de démocratie.