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Copenhague: finalement, on est tous foutus !

Sylvain Lapoix - Marianne | Lundi 21 Décembre 2009 à 12:42 | Lu 9261 fois

Survendus par des chefs d'Etat maîtres du greenwashing, Copenhague a été un échec encore plus retentissant que ce que redoutaient les plus pessimistes. La preuve que l'écologie ne se règle pas en deux jours et sans contraintes.



C'est vraiment trop bête ! Pour s'assurer de la réussite de Copenhague, les ONG environnementales françaises avaient même fait un clip avec Marion Cotillard, Charles Berling et Christophe Willem. Mais, à croire que les chefs d'Etat réunis par l'ONU au Danemark n'aiment ni la Nouvelle star, ni La Môme, rien de contraignant ou d'ambitieux n'est sorti de cette réunion. Pas même un chiffre. Les plus pessimistes craignaient un «nouveau Kyoto», ils ont eu pire !

Parlementaires et ONG priés de regarder les chefs d'Etat gloser sur grand écran

A la décharge des Cassandre, le déroulement même des discussions ne reflétait pas vraiment l'urgence des déclarations préalables : dès les premiers jours, les représentants de la société civile sont refoulés du Bella Center où se tiennent de longues et creuses réunions de procédure diplomatique. Vendredi matin, pour assister aux discours des chefs d'Etat, parlementaires européens et ONG se retrouvent à l'extérieur de l'auditorium, à regarder gloser sur un grand écran Barack Obama, Lula, Ban Ki-Moon et autres prophètes... Un symbole qui résume à lui seul la mascarade !

Car, dans cette affaire, Greenpeace fut aussi spectateur que le Parlement européen : chaque chef d'Etat est venu avec dans sa besace un petit discours propret de nouveau converti à l'écologie et une ou deux revendications à clamer haut et fort... mais pas au point de prendre le risque de froisser ses homologues étrangers. La taxe Tobin de Nicolas Sarkozy ? Rendez-vous à la prochaine session du Parlement européen ! Qu'importe pourvu que le Président de la République française soit apparu sur tous les écrans du Monde, vociférant en faveur d'un accord contraignant. Urgence, urgence, quand tu nous tiens !

Enorme réussite... de com !

A l'approche de la fin du sommet, Ban Ki-Moon s'est agité pour demander une nouvelle nuit de négociation, Nicolas Sarkozy a hurlé son inquiétude : «la conférence va à la catastrophe !» Las : rien n'en est sorti et, le lendemain, la gueule de bois, les ONG avouent s'être fait rouler : dans l'Humanité, la directrice du pôle international du Réseau action climat concluait à «l'échec total».

Pas «total», en réalité : Copenhague fut un énorme coup de com' groupé pour les Etats participants, à l'image de ce que fut Pittsburgh pour la crise financière. Une réussite qui a culminé au premier jour avec la publication d'une couverture unique par 56 journaux. L'occasion de dire «nous voulons changer les choses», sans rien en faire. S'ils avaient vraiment voulu changer quoique ce soit, ils n'auraient pas négocié pendant deux jours au Danemark : ils auraient commencé par prendre de vraies décisions, chez eux, sur la voiture individuelle, l'agriculture chimique ou l'industrie lourde ! La question du réchauffement climatique, de la biodiversité et de la gestion des ressources s'envisage quotidiennement et avec des contraintes. En un mot : politiquement ! Difficile à intégrer pour un système économique court-termiste et ultra-spéculatif.

Or, si la déception politique est grande, celle du grand public est plus profonde encore. Blousés par le ton alarmiste de cette écologie spectacle sans fond ni ambition, les Français comme les autres citoyens d'Etats présents à Copenhague sont désormais face au vide : «après il sera trop tard», leur a-t-on seriné. Nous voilà après, sans décision, sans solution. Seul réflexe des dirigeants, à l'instar de Jean-Louis Borloo, «déçu par les Etats-Unis» : rejeter la faute sur les autres. Ce qu'ils ont fait des années durant avant Copenhague, histoire de continuer à ne rien faire...

Mais, au-delà des avions privés des chefs d'Etat venus rater le sommet, les Français, modestement, se demandent comment se passer de leur bagnole, chauffer leur maison et faire mieux manger leurs gamins. Et derrière l'énorme nuage de fumée que dégage le greenwashing, Sarkozy et ses acolytes ne voient plus guère cette réalité là.



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