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Contre Sarkozy, Védrine est le meilleur candidat en 2012 !

Malakine - Blogueur associé | Vendredi 19 Juin 2009 à 07:01 | Lu 11816 fois

Trois avant la présidentielle, le mot est déjà sur toutes les langues. Mais qui sera candidat pour battre Nicolas Sarkozy ? Les jeux sont ouverts, primaires ou pas, chacun pense avoir sa chance, à tort ou à raison.



(dailymotion : France 24)
(dailymotion : France 24)

Manuel Vall était hier soir l’invité de David Pujadas au journal de France 2 où il a confirmé sa candidature aux primaires socialistes pour 2012. Oui, oui ! Vous ne rêvez pas. Manuel Valls est candidat à la présidence de la république, malgré ses 46 ans, son expérience gouvernementale qui se limite à avoir été le conseiller presse de Jospin et sa contribution exclusivement critique à la vie du PS depuis 2007.  


Depuis 2007, Manuel Valls n’a fait parler de lui que par sa bienveillance à l’égard du pouvoir, son alignement idéologique quasi complet sur les thèses sarkozystes, ses critiques permanentes contre son parti et un discours qui se limite à énumérer les sujets sur lesquels le PS se doit d’apporter des réponses. Mais cela qui ne l’empêche pas de prétendre être le mieux placé pour faire gagner la gauche et incarner sa refondation ! 


En fin d’interview, l’inattendu candidat à la candidature nous a livré les clés de cet incroyable paradoxe : Son modèle, c’est Barack Obama ! L’élection présidentielle de 2012 ne se gagnera donc pas en présentant un homme d’Etat à la présidentiabilité incontestable et porteur d’un projet alternatif, mais en sortant du chapeau un quadragénaire cool, plutôt beau gosse, en phase avec son temps, doté d’un sourire irrésistible, parlant bien et capable d’incarner un espoir. Non pas porter un espoir, mais d’incarner un espoir. Voilà pourquoi Valls se sent qualifié pour la fonction, le rôle. Fin du billet d’humeur, passons à l’analyse.


Les primaires sont-elles une bonne idée ?

En 2007, les primaires n’ont pas été une grande réussite. Nonobstant les qualités intrinsèques de la candidate que pour une fois je m’abstiendrai de juger, elles ont pesé négativement sur toute la campagne. Le parti n’a pas su se réunifier autour de sa candidate, la faisant apparaître comme une illuminée d« écrochée du système » (1). Le délai entre sa désignation et l’élection était en outre bien trop bref pour lui permettre de se préparer au rôle de candidate et acquérir la nécessaire présidentiabilité, compte tenu du chemin qu’elle avait à parcourir.


Rien n’interdit cependant d’organiser des primaires plus intelligemment. L’exemple américain pourrait à cet égard servir de modèle, car même si bataille a été longue et féroce entre Hillary Clinton et Barack Obama, elle n’a pas empêché au camp démocrate de se réunir et au candidat de se présenter avec une stature d’homme d’Etat évidente.

 

Les primaires américaines se sont déroulées plus longtemps avant l’élection, au terme d’un débat beaucoup plus long et mettant en scène une compétition, non seulement de personnes mais aussi de projets. Les socialistes ont fait l’erreur d’arrêter leur projet avant de désigner leur candidat, ce qui a réduit la primaire à un simple casting. Le plus beau sourire, l’image la plus télégénique et le visage le plus nouveau l’a donc logiquement emporté.

 

Si les socialistes voulaient s’engager de nouveau dans l'aventure des primaires, ils devraient à mettre en compétition plusieurs candidatures, chacune portant un projet qui lui serait propre. Ils pourraient ainsi faire d’une pierre deux coups : remédier à leur vacuité doctrinale en même temps qu’à leur panne de leadership. Et s’ils le faisaient sans tarder, il pourrait permettre à l’élu(e) d’acquérir la stature qui fait pour l’instant défaut à tous. Le simple fait que l’un deux, sorte vainqueur d’une lutte fratricide et sanglante, devrait l’auréoler de succès et commencer le storytelling de sa longue marche victorieuse vers l’Elysée et de la rencontre entre un homme et un peuple (de gauche).

 

La primaire contient toutefois un facteur d’incertitude qui doit faire réfléchir. Les militants ou les sympathisants vont-ils choisir leur candidat avec les mêmes critères que les citoyens vont choisir leur président lors des derniers jours précédent le scrutin ? Ne vont-il pas être tentés de privilégier des critères totalement étranger au potentiel de présidentiabilité comme : Est-il plus ou moins «à gauche» Sa désignation va-t-elle conforter ou déstabiliser la direction du parti ? Est-il un facteur de renouveau ? Les militants vont-il voter pour le nouveau leader de leur parti ou réellement pour le futur président de la république ?

 

Enfin, la primaire comporte toujours un risque d’être manipulée par les sondages (et donc le camp d'en face), le militant étant nécessairement tenté de voter moins en fonction de leurs convictions que des chances de succès, tels que les décrivent les bons éditorialistes et les sondages.


Quel profil pour le candidat de 2012 ?

Contre Sarkozy, Védrine est le meilleur candidat en 2012  !
Le PS aurait donc plutôt intérêt à décider de son futur président en conclave, sur la base d’un profilage méthodique, ce qui pose la question du type de président de la République que les Français attendront après Sarkozy. Avant, c’était clair : on ne pouvait devenir président qu’au terme d’une longue carrière politique, après avoir occupé de nombreuses responsabilités gouvernementale et en disposant du leadership sur son camp. Ce profil a totalement disparu du paysage à gauche.


Après Sarkozy, c’est l’inconnu. Les Français voudront-il un revenir à un président qui préside ou conserver un autocrate qui décide de tout ? Privilégieront-ils la proximité ou au voudront-ils contraire revenir à une certaine sacralisation de la fonction avec un personnage plus digne et plus distant ? Choisiront-il un Sage, un père de la nation, un guide, un gouverneur ? Rechercheront-ils la compétence en période de crise ?

 

Il y a là une vraie réflexion que le PS gagnerait à conduire sans tarder, en recourant s’il le faut à des études qualitatives. La quinquennat, ajouté à la personnalité atypique de Sarkozy, a fait voler en éclat tous les repères que nous pouvions avoir sur le profil idéal du candidat à la présidentielle. La candidature de Valls en est une belle illustration.

 

Trois profils semblent se dégager, sachant que le profil de chef de parti qui existait en 2002 et 2007 a désormais disparu.

 

Le profil « Chef de l’Etat » 

La première option serait de rechercher quelqu’un qui fasse président sans trop de difficulté, un homme politique d’expérience et respecté, un homme d’Etat indiscutable qui laissera le gouvernement gouverner et qui sera capable de rassembler au sein de sa famille et au delà. La campagne électorale pourrait alors se conduire sous la forme d’un tandem, le vieux étant accompagné d’un plus jeune destiné aux fonctions de premier ministre, comme en 1988 avec le tandem Mitterrand-Rocard ou en 1995 avec Chirac-Juppé.

 

Avec un tel profil, les socialistes pourraient l’emporter sur la capacité d’incarnation et de rassemblement face à un président sortant, extrêmement clivant et détesté par une bonne partie de la population.

 

Les candidatures crédibles répondant à ce profil ne sont pas nombreuses. Citons pour mémoire et par ordre d’ancienneté Michel Rocard (82 ans en 2012), Pierre Joxe (78 ans) Lionel Jospin (75 ans) Jean Pierre Chevènement (73 ans) Jack Lang (73 ans) Elizabeth Guigou (66ans) Laurent Fabius (66ans) mais aussi Hubert Védrine qui n’aura que 65 ans en 2012, ce qui en fait le candidat le plus sérieux sur ce registre.

 

Le profil « Chef de l’exécutif » 

La deuxième option serait de rechercher un profil de premier ministre, un homme ou une femme dans la force de l’âge, jouissant d’une réputation de compétence pour gérer l’Etat pour faire face aux difficultés économiques comme aux défis du 21ème siècle.

 

Avec ce profil les socialistes pourraient gagner sur le projet, à condition d’être capable de proposer quelque chose de significativement différent de ce que proposera Nicolas Sarkozy, ce qui ne s’annonce pas facile pour un PS en panne d’idée et de vision.

 

Les candidats crédibles sur ce registre ne sont guère plus nombreux : Dominique Strauss Kahn (63 ans en 2012) Martine Aubry (62 ans), Pierre Moscovici (55 ans) et Dominique Voynet (54 ans) (2) L’avantage va ici incontestablement à Dominique Strauss Kahn qui a l’avantage de bénéficier en plus d’une image de compétence d’un statut d’homme d’Etat depuis sa nomination à la tête du FMI.

 

Le profil « beau gosse » 

Enfin, il y a la dernière possibilité, déjà explorée en 2007, qui consiste à rechercher un coup médiatique en désignant une personnalité nouvelle, fraiche, en phase avec l’opinion et dépourvue de toute expérience significative dans l’appareil d’Etat comme au sein du parti. Dans cette hypothèse, le PS pourrait gagner sur l’image, à condition de pouvoir proposer un candidat doté d'un physique et d’une personnalité et très forte et très “mode”. Le coup semble jouable pour succéder à un président qui ne se représente pas. Contre un président sortant, cette stratégie s’annonce suicidaire. C’est pourtant celle que le PS adoptera s’il décide de recourir aux primaires.

 

Sur ce registre, les candidats ne manquent pas et la liste s’allongera à mesure que le PS restera éloigné du pouvoir : Vincent Peillon (52 ans en 2012) Arnaud Montebourg (50 ans) Manuel Valls (50 ans) Benoit Hamon (45 ans) sont les principaux, mais on peut en imaginer bien d’autres puisque l’essentiel est d’être jeune et neuf. On pourrait même aller à faire comme en Allemagne et organiser un jeu de télé réalité pour dénicher la nouvelle star qui saura séduire les foules, cet « Obama français » que toute la classe politico-médiatique attend depuis un an. Après tout pourquoi pas, si c’est ce que la politique est devenue ! Il y a certainement des talents cachés qui ne demandent qu’à éclore, et même peut-être au sein du PS !



Malakine
Malakine
J’aurais tendance pour ma part à privilégier le profil de Chef d’Etat. Je ne pense pas que la France ait pu renoncer si rapidement à l’image du chef d’Etat monarque, au dessus de la mêlée et incarnant l'unité de la Nation. C'est d'ailleurs ce qu'on a observé l’an passé lorsque Sarkozy a plongé dans les sondages de popularité à force d’accumuler les frasques et les gaffes.

 

On ne pourra battre Sarkozy qu’en l’attaquant sur son point faible, son aptitude à faire président et à représenter la France sans faire honte à tout un peuple. Pour cela, il faut lui opposer un profil totalement différent, surtout pas une pâle copie de ce qu'il était en 2002.

 

Il me semble donc qu’Hubert Védrine ait le profil idéal pour être le candidat d’un front républicain contre Sarkozy en 2012. Camarades Socialistes, étudiez donc l’hypothèse Védrine. Messieurs les sondeurs, testez donc Védrine dans votre baromètre et vos simulations, vous risquez d’avoir des surprises !


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