Conflit israélo-palestinien : il n'y a pas que deux parties
Dimanche 6 Juin 2010 à 13:01 | Lu 15082 fois I 307 commentaire(s)
Tribune - Elie Arié
Elie Arié revient sur le conflit israélo-palestinien, qui s'est envenimé depuis l'assaut meurtrier de l'armée israélienne contre la flottille de militants pro-palestiniens. Dans cette tribune, il laisse entrevoir des possibilités pour l'avenir, tout en gardant à l'esprit que la paix n'arrangerait pas tout le monde.
La création de l' Etat d' Israël (sur les bases du colonialisme en vigueur à l'époque, et des déplacements forcés de populations qui ont toujours cours, comme aujourd'hui au Kosovo) m'apparaît comme une erreur, comme une mauvaise solution à un vrai problème (l'antisémitisme), même si on peut comprendre que ceux qui ont traversé certaines épreuves, en Europe, pendant la 2è guerre mondiale, ou du temps du tsarisme en Russie (pogroms ordonnés par le gouvernement tsariste, et où est née l'idée sioniste) ont pu trouver que ça suffisait comme ça.
Cet Etat ayant acquis sa légitimité moins d'un vote de l' ONU de 1948 (même si ça compte) que du fait d'avoir réussi à survivre par la force (et tous les États du monde se sont constitués par la force, dans l' Histoire; les Arabes qui peuplaient la Palestine y étaient aussi arrivés par la force), il n'y a d'autres solution que celle du partage de cette terre en deux États (puisque la laïcité est inconnue dans cette région du monde, et ce n'est pas le Hamas qui me démentira, ni tous les Palestiniens chrétiens ayant été depuis longtemps obligés de quitter leur pays par les Palestiniens musulmans), les modalités n'étant qu'affaire de négociations diplomatiques sur le tracé des frontières, les garanties de sécurité mutuelles et l'indemnisation de ceux qui ont été chassés de chez eux.
Israël n'a cessé d'agrandir, par la force, ses frontières, depuis le jour de 1948 où, à la proclamation de son existence, il a été attaqué par 7 pays arabes (avec pour objectif proclamé par le Président de la Ligue Arabe, l'extermination de tous ses habitants); si ces mêmes pays l'avaient reconnu, sans doute serait-il toujours resté dans ses frontières minuscules de l'époque.
Ce qui s'est toujours opposé à l'aboutissement du processus de paix (d'Oslo) ayant été le fait que, dans chaque camp, il y a toujours eu des radicaux qui se sentaient en position de force, donc jugeaient inutile de faire des concessions (assassinat de rabbins, guerre du Hamas à l' OLP, etc.).
Ce qui s'est toujours opposé à l'aboutissement du processus de paix (d'Oslo) ayant été le fait que, dans chaque camp, il y a toujours eu des radicaux qui se sentaient en position de force, donc jugeaient inutile de faire des concessions (assassinat de rabbins, guerre du Hamas à l' OLP, etc.).
Ensuite, il est naïf ou de mauvaise foi de faire des procès à ceux qui font une guerre « méchante » au lieu de faire une guerre « sympa », de s'en prendre aux civils et pas seulement aux militaires.
Le Hamas tire, depuis Gaza, des obus sur des populations civiles israéliennes; Israël et l' Égypte imposent un blocus de Gaza pour éviter son approvisionnement en obus; cet approvisionnement s'est déjà fait par voie maritime, Israël a voulu contrôler le contenu d'un convoi maritime, les gens se sont défendus (pourquoi, au fait?), les soldats ont tiré, etc.
L'indignation humanitariste sélective et à sens unique n'a guère de crédibilité; rappelons que le plus grand massacre de civils palestiniens est le fait du roi Hussein de Jordanie lors du Septembre noir de 1970 (plusieurs milliers de civils palestiniens tués).
Le Hamas tire, depuis Gaza, des obus sur des populations civiles israéliennes; Israël et l' Égypte imposent un blocus de Gaza pour éviter son approvisionnement en obus; cet approvisionnement s'est déjà fait par voie maritime, Israël a voulu contrôler le contenu d'un convoi maritime, les gens se sont défendus (pourquoi, au fait?), les soldats ont tiré, etc.
L'indignation humanitariste sélective et à sens unique n'a guère de crédibilité; rappelons que le plus grand massacre de civils palestiniens est le fait du roi Hussein de Jordanie lors du Septembre noir de 1970 (plusieurs milliers de civils palestiniens tués).
La laïcité ne peut être la bonne réponse
Il y a toujours eu, en Israël, des partisans du « Grand Israël », ayant une conception biblique et non politique des frontières d'Israël; mais il me semble que, chaque fois qu'ils se sont trouvés au pouvoir, la réalité les a fait évoluer: Rabin était un faucon avant d'être Premier Ministre, c'est Sharon qui a décidé l'évacuation de Gaza, Néthanyahou admet aujourd'hui le principe d'un Etat palestinien et cherche à se trouver en position de force avant une négociation qu'il sait inévitable.
On ne peut pas imposer la laïcité à des gens qui n'en veulent pas de part et d'autre, pas plus les Israéliens que les Palestiniens; le problème était le même en Irlande ou en Bosnie : rien ne distingue les bosniaques des serbo-croates sinon leur religion.
Il n'y a pas plus de légitimité politique aux motifs religieux de la création de l' Etat d'Israël qu'aux motifs religieux de ceux qui prônent aujourd'hui sa destruction; ce n'est pas dans la Bible, le Coran, ou dans n'importe quel texte religieux, mêlant joyeusement faits historiques et récits mythiques, qu'on trouvera la moindre issue vers la paix. On n'y trouvera, au contraire, que des tas de raisons de continuer une guerre nécessairement victorieuse, puisqu'on a Dieu dans son camp, mais aussi infinie, puisque Dieu est dans les deux camps.
Ce qui, d'après moi, a plombé dès le départ le processus d' Oslo, c'est qu'on avait, d'un côté, les Palestiniens qui reconnaissaient l'État d'Israël (mais pas ses frontières), et de l'autre des Israéliens qui ne proposaient aux Palestiniens la reconnaissance de leur Etat que comme aboutissement de la réussite des négociations, la cerise sur le gâteau. Cette asymétrie plombait des discussions qui auraient eu beaucoup plus de chances d'aboutir en cas de deux États se reconnaissant mutuellement, et négociant d' Etat à Etat sur tous leurs points de désaccord, notamment sur leurs frontières (d'ailleurs, Shimon Peres l'a reconnu ensuite,mais bien trop tard).
Je crois qu'aujourd'hui, l'acte le plus utile que pourraient faire les pays occidentaux en faveur de la paix serait de reconnaître officiellement l'État Palestinien et ses dirigeants, d'y ouvrir des ambassades, etc... Mais c'est plus difficile avec le Hamas, qui refuse le principe d'un Etat Israélien, que du temps où l' OLP était à la tête des Palestiniens et avait reconnu l'État israélien. Un créneau a été manqué, et nous revoici ramenés plusieurs années en arrière, et plusieurs milliers de morts qui auraient pu être évités devant nous.
On ne peut pas imposer la laïcité à des gens qui n'en veulent pas de part et d'autre, pas plus les Israéliens que les Palestiniens; le problème était le même en Irlande ou en Bosnie : rien ne distingue les bosniaques des serbo-croates sinon leur religion.
Il n'y a pas plus de légitimité politique aux motifs religieux de la création de l' Etat d'Israël qu'aux motifs religieux de ceux qui prônent aujourd'hui sa destruction; ce n'est pas dans la Bible, le Coran, ou dans n'importe quel texte religieux, mêlant joyeusement faits historiques et récits mythiques, qu'on trouvera la moindre issue vers la paix. On n'y trouvera, au contraire, que des tas de raisons de continuer une guerre nécessairement victorieuse, puisqu'on a Dieu dans son camp, mais aussi infinie, puisque Dieu est dans les deux camps.
Ce qui, d'après moi, a plombé dès le départ le processus d' Oslo, c'est qu'on avait, d'un côté, les Palestiniens qui reconnaissaient l'État d'Israël (mais pas ses frontières), et de l'autre des Israéliens qui ne proposaient aux Palestiniens la reconnaissance de leur Etat que comme aboutissement de la réussite des négociations, la cerise sur le gâteau. Cette asymétrie plombait des discussions qui auraient eu beaucoup plus de chances d'aboutir en cas de deux États se reconnaissant mutuellement, et négociant d' Etat à Etat sur tous leurs points de désaccord, notamment sur leurs frontières (d'ailleurs, Shimon Peres l'a reconnu ensuite,mais bien trop tard).
Je crois qu'aujourd'hui, l'acte le plus utile que pourraient faire les pays occidentaux en faveur de la paix serait de reconnaître officiellement l'État Palestinien et ses dirigeants, d'y ouvrir des ambassades, etc... Mais c'est plus difficile avec le Hamas, qui refuse le principe d'un Etat Israélien, que du temps où l' OLP était à la tête des Palestiniens et avait reconnu l'État israélien. Un créneau a été manqué, et nous revoici ramenés plusieurs années en arrière, et plusieurs milliers de morts qui auraient pu être évités devant nous.
Et pour terminer, deux considérations contradictoires sur l’avenir :
Premièrement : il y aura forcément un jour un État palestinien, puisque Israël compte actuellement 7 337 000 habitants, dont 5 540 000 Juifs et 1 440 000 Arabes (plus 318.000 ni Juifs ni Arabes). La croissance naturelle au sein de la population juive est de 1, 5% alors que chez les Arabes, elle s’élève à 2, 6%.
Si Israël veut rester un « Etat Juif », il lui faudra un déversoir pour les Non-Juifs (sauf poussée violente d'antisémitisme dans un pays quelconque de la planète, amenant une nouvelle vague d'immigrants...un parti officiellement nazi vient d'entrer au Parlement hongrois). Ce sont peut-être les Israéliens les plus fanatiquement sionistes qui deviendront les partisans d'un État Palestinien...
D'autre part, dans ce conflit, il n'y a pas que « deux parties », comme on le dit naïvement. Il y a un jeu complexe, où la Syrie veut reprendre le Liban via le Hezbollah, où l' Iran veut étendre son influence dans la région via le Hezbollah et le Hamas, où les États-Unis veulent maintenir leur tête de pont qu'est Israël, où l' Egypte est la cible des mouvements fondamentalistes islamiques, où la Turquie islamisante cherche à prendre pied dans le monde musulman, etc.
À tous ces gens-là, le conflit israélo-palestinien donne des marges de manœuvre, et il est naïf de croire qu'une paix entre Israël et un Etat Palestinien fera rentrer tout le monde chez soi : ceux qui ont intérêt à la poursuite du conflit sont plus nombreux et plus puissants que ceux qui ont intérêt à la paix.
Premièrement : il y aura forcément un jour un État palestinien, puisque Israël compte actuellement 7 337 000 habitants, dont 5 540 000 Juifs et 1 440 000 Arabes (plus 318.000 ni Juifs ni Arabes). La croissance naturelle au sein de la population juive est de 1, 5% alors que chez les Arabes, elle s’élève à 2, 6%.
Si Israël veut rester un « Etat Juif », il lui faudra un déversoir pour les Non-Juifs (sauf poussée violente d'antisémitisme dans un pays quelconque de la planète, amenant une nouvelle vague d'immigrants...un parti officiellement nazi vient d'entrer au Parlement hongrois). Ce sont peut-être les Israéliens les plus fanatiquement sionistes qui deviendront les partisans d'un État Palestinien...
D'autre part, dans ce conflit, il n'y a pas que « deux parties », comme on le dit naïvement. Il y a un jeu complexe, où la Syrie veut reprendre le Liban via le Hezbollah, où l' Iran veut étendre son influence dans la région via le Hezbollah et le Hamas, où les États-Unis veulent maintenir leur tête de pont qu'est Israël, où l' Egypte est la cible des mouvements fondamentalistes islamiques, où la Turquie islamisante cherche à prendre pied dans le monde musulman, etc.
À tous ces gens-là, le conflit israélo-palestinien donne des marges de manœuvre, et il est naïf de croire qu'une paix entre Israël et un Etat Palestinien fera rentrer tout le monde chez soi : ceux qui ont intérêt à la poursuite du conflit sont plus nombreux et plus puissants que ceux qui ont intérêt à la paix.
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