Concurrence des salariés = stagnation de la demande
Par Hakim El Karoui (2/5). La fin du dogme libre-échangiste s'impose avec la crise car c'est bel et bien le libre-échange qui a provoqué les déséquilibres actuels et entraîné une concurrence déloyale...
Cet article est le deuxième volet de la série d'Hakim El Karoui, tirée de son intervention au Colloque de la Fondation Res Publica du 28 avril. (Pour lire le premier volet, c'est ici )
La crise actuelle pose donc la question de la régulation des échanges : le libre échange intégral ne peut plus être un dogme incontesté parce qu’il n’est plus adapté à la situation actuelle qui a vu l’émergence de pays à forte capacité technologique mais à coûts salariaux bas, dans une économie internationale où le prix des transports et des télécommunications a chuté de façon vertigineuse. Du coup, la mise en concurrence de salariés venus d’horizons très divers a été rendu possible et avec elle la stagnation de leurs rémunérations… et le développement de l’endettement pour remédier malgré tout à cette crise de la demande intérieure.
La nécessaire harmonisation des règles économiques et sociales
C’est Maurice Allais, prix Nobel d’économie en 1988, qui rappelle : « une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés, et de développement économique et social comparable ». (La mondialisation, Paris, 1999).
Comme le rappelle Bruno Amable (Colloque Fondation Respublica, Mondialisation régulée des échanges, 28/11/2005), « la théorie économique dit qu'il y a des bienfaits au libre-échange à condition de remplir certaines conditions. Notamment, il peut y avoir bienfaits du libre-échange si ça permet une meilleure réallocation des facteurs de production. Le problème est que si le libre-échange conduit à ce que dans un pays les facteurs de production ne soient pas réalloués mais inemployés – typiquement si ça conduit à mettre des gens au chômage – il est clair qu'on est hors cadre des bienfaits du libre-échange. Si on a des difficultés de réadaptation de la main d'œuvre vers d'autres activités, il est clair que la protection est, non seulement souhaitable, mais légitime d'un point de vue de théorie économique. »
Demain, troisième partie sur l'horizon européen.
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