Commerce extérieur : déficit record, zéro débat !
En deux mois, la France a battu tous les records de déficit commercial. Mais l'existence de déficits jumeaux - le budget et le commerce extérieur - semblent n'affoler personne parmi les élites françaises...
Champion du monde !!! Coup sur coup, en avril dernier puis en mai 2011 la balance commerciale de la France a explosé ses propres records…dans le rouge. Après avril 2011 et ses 7,14 milliards d’euros de déficit, mai 2011 remet un coup de pelleteuse en creusant le trou à 7,422 milliards. En rythme annuel, on s’approche de 85 milliards d’euros ; soit 4,25 points de PIB. Plus précis que ce solde, le taux de couverture qui rapporte les exportations aux importations, et neutralise complètement les effets volumes et partiellement l’effet prix (appréciation de l’euro), donne lui a voir une situation encore plus dégradée. En mai, pour 100 euros de produits importés, la France encaissait seulement 82,16 euros de ses ventes à l’export.
Cette couverture de 82,16% est la pire que le pays a eu à connaître. Dans les années 1980, les ancêtres de ceux qui aujourd’hui font appel aux agences de notations pour imposer la rigueur appelaient cela « la contrainte extérieure. » Le « tournant de la rigueur », qui en 1984 enterre la relance mitterrandienne, fut justifié par un taux de couverture très dégradé, signe d’une hémorragie. Il était de 87,1%.
Même réaction aujourd’hui des descendants de la rigueur rocardo-deloriste. A commencer par Christian Noyer. Interrogé sur le cas Grec, le gouverneur de la banque de France a clairement montré de quel bois, les tenants de la « rigueur » plus monétaristes que jamais se chauffaient. Interrogé par Le Figaro sur une possible dévaluation de la monnaie, Christian Noyer répond : « Non, car on peut obtenir le même résultat en réduisant les coûts de production et les salaires nominaux. En apparence cela peut paraître évidemment plus complexe qu'une dépréciation du taux de change, mais en réalité, on évite les effets pervers de la dévaluation, qui alourdit la facture énergétique, le coût des matières premières et entraîne un renchérissement de la dette lorsqu'elle est libellée en devises. Au total, une réduction modeste des revenus permet d'obtenir les mêmes effets économiques qu'une dévaluation importante. »
Au delà la Grèce, c’est en fait à toute l’Europe à laquelle pense le patron de la Banque de France. Plutôt que de jouer sur la valeur de la monnaie, qui dégraderait la valeur du capital, dévaluons les salaires….
Qu’importe que comme l’indique notre tableau, notre balance commerciale souffre de l’incroyable niveau de l’euro, 1,4349 $ pour 1 € (voir graphique). Pas question donc de donner à l’ensemble des industries européennes les moyens d’une compétition équitable avec les Américains mais surtout les Asiatiques et Brésiliens qui ont tous arrimés leur monnaie au dollar. Et de montrer l’industrie allemande dont la santé contraste avec ses consœurs européennes.
Pour ceux qui doutaient encore de l’inflexibilité de Francfort sur la question, Jean-Claude Trichet a annoncé jeudi 8 juillet dernier la hausse des taux directeurs à 1,5%, soit +0,25 %. 6 fois le taux de refinancement de la banque centrale américaine. Double sanction. Primo, elle rend le crédit plus cher pour les entreprises de la zone. Secundo, et c’est pire, en augmentant le différentiel de rémunération entre le dollar et l’euro au profit de ce dernier, elle renforce l’attractivité des investisseurs/spéculateurs pour la monnaie unique et conduit de ce fait à maintenir la parité de l’eurodollar au dessus de 1,4 $, loin de 1,1 $ pour un €, son taux d’équilibre (voir graphique).
Mais il y a pire. La France n’arrive pas plus à contrebalancer ses mauvaises performances à l’exportation de biens par celui des services. La balance des paiements, (courbe orange) comme la balance commerciale (courbe verte) est aussi dans le rouge.
Les déficits jumaux arrivent en Franec
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