Comment préparer la conférence de Copenhague
Dimanche 4 Octobre 2009 à 14:01 | Lu 4120 fois I 19 commentaire(s)
Dominique Bourg - Philosophe
Les politiques environnementales ne seront efficaces que si elles s’accompagnent d’une réorganisation profonde de nos sociétés.
La chronique climatique s’est accélérée ces dernières années, sous la pression conjuguée de l’augmentation de la consommation énergétique mondiale et des effets du changement climatique. Sur l’ensemble de la planète, on consomme toujours plus d’énergie – la crise mise à part–, avec une augmentation moyenne de 3,4 points depuis plusieurs années. Nombreux sont ainsi désormais les scientifiques qui prônent une division, non par deux, mais par trois, des émissions de CO2 dans l’atmosphère en 2050.
D’ici à 2020, le Giec (1) recommande, quant à lui, une réduction des émissions de 25 à 40 %. Seule l’Europe, si elle maintient son objectif haut (– 30 %), serait dans le haut de la fourchette du Giec. Le Japon, lui, serait à – 25 %. Les Etats-Unis ont, quant à eux, fixé une réduction du dioxyde de carbone quasiment nulle : – 7 %. Quant à la Chine, elle ambitionne – 12 %, même s’il ne s’agit pas, en l’occurrence, d’une réduction absolue, mais d’une réduction du contenu carbone de la croissance. Le problème, toutefois, de ces estimations est qu’elles se fondent, toutes, sur les émissions domestiques.
Or, on observe un écart considérable, dans les pays industriels, entre chaque individu et la quantité d’émissions de gaz à effet de serre liées à la production et à la quantité d’émissions induites par la consommation. Le problème essentiel est ainsi escamoté. La consommation, qui repose sur ce qu’on appelle les énergies grises (transport, bâti, consommation courante), continue à « filer complètement ».
Malgré les bonnes intentions affichées par de nombreux dirigeants, nos démocraties sont incapables d’assumer leurs responsabilités de long terme. L’ancrage représentatif, essentiellement territorial, rivé au court terme et au PIB, est assez largement déphasé face à des problèmes environnementaux globaux.
Certes, au G20, les chefs d’Etat et de gouvernement ont fini par limiter les bonus et exiger des fonds propres plus importants. Mais, sur un plan idéologique, les néolibéraux sont toujours aussi arrogants et continuent à imposer leur grille de lecture. Le G20, ainsi, s’est déployé dans le climat mental et idéologique qui a conduit à la crise de l’an dernier. Pour autant, bien sûr, tout n’est pas noir.
Et certains pays ne sont pas exactement sur cette ligne : la France, avec sa taxe carbone, ou les Etats-Unis, qui investissent beaucoup plus dans les technologies vertes que les pays européens. Toutefois, mêmes ces initiatives se déploient dans un cadre mental et idéologique contradictoire. La mise en œuvre du développement demeure prisonnière du cadre conceptuel de cette « politique de l’oxymore » (2).
D’un côté, il y a ceux qui appellent à davantage de sobriété ; de l’autre, le groupe puissant et péremptoire de ceux qui croient qu’on peut continuer ainsi sur notre lancée. Or, quelle que puisse être l’issue de la crise financière et économique actuelle, le monde où nous entrons sera profondément différent de celui que nous quittons (3).
L’expression « inversion des raretés » caractérise assez bien le monde qui vient. A une population mondiale massive, quasiment 7 milliards au milieu du siècle, dotée d’un pouvoir d’achat et de capacités technologiques croissants, s’opposera une planète exsangue. Tout indique que nous nous situons donc à une croisée des chemins : soit s’enclenche une authentique réforme de nos comportements ; soit nous restons prisonniers du paradigme actuel, et c’est un avenir de violence et de morcellement planétaire qui se profile.
Tout le défi de Copenhague sera d’harmoniser la préservation d’un dynamisme social avec une décroissance notable des flux de matière et d’énergie diverses.
On aurait donc tort de croire qu’il sera possible d’affronter une telle nouveauté en recourant seulement à des instruments économiques du style des politiques carbone en gestation. Ces politiques seront bien plutôt le vecteur de bouleversements plus profonds, touchant l’organisation même de nos sociétés, et donc le politique.
(1) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
(2) La Politique de l’oxymore, de Bertrand Méheust, coéd. Les Empêcheurs de tourner en rond-La Découverte, 12.
(3) La Vie des idées du 1er septembre 2009.
D’ici à 2020, le Giec (1) recommande, quant à lui, une réduction des émissions de 25 à 40 %. Seule l’Europe, si elle maintient son objectif haut (– 30 %), serait dans le haut de la fourchette du Giec. Le Japon, lui, serait à – 25 %. Les Etats-Unis ont, quant à eux, fixé une réduction du dioxyde de carbone quasiment nulle : – 7 %. Quant à la Chine, elle ambitionne – 12 %, même s’il ne s’agit pas, en l’occurrence, d’une réduction absolue, mais d’une réduction du contenu carbone de la croissance. Le problème, toutefois, de ces estimations est qu’elles se fondent, toutes, sur les émissions domestiques.
Or, on observe un écart considérable, dans les pays industriels, entre chaque individu et la quantité d’émissions de gaz à effet de serre liées à la production et à la quantité d’émissions induites par la consommation. Le problème essentiel est ainsi escamoté. La consommation, qui repose sur ce qu’on appelle les énergies grises (transport, bâti, consommation courante), continue à « filer complètement ».
Malgré les bonnes intentions affichées par de nombreux dirigeants, nos démocraties sont incapables d’assumer leurs responsabilités de long terme. L’ancrage représentatif, essentiellement territorial, rivé au court terme et au PIB, est assez largement déphasé face à des problèmes environnementaux globaux.
Certes, au G20, les chefs d’Etat et de gouvernement ont fini par limiter les bonus et exiger des fonds propres plus importants. Mais, sur un plan idéologique, les néolibéraux sont toujours aussi arrogants et continuent à imposer leur grille de lecture. Le G20, ainsi, s’est déployé dans le climat mental et idéologique qui a conduit à la crise de l’an dernier. Pour autant, bien sûr, tout n’est pas noir.
Et certains pays ne sont pas exactement sur cette ligne : la France, avec sa taxe carbone, ou les Etats-Unis, qui investissent beaucoup plus dans les technologies vertes que les pays européens. Toutefois, mêmes ces initiatives se déploient dans un cadre mental et idéologique contradictoire. La mise en œuvre du développement demeure prisonnière du cadre conceptuel de cette « politique de l’oxymore » (2).
D’un côté, il y a ceux qui appellent à davantage de sobriété ; de l’autre, le groupe puissant et péremptoire de ceux qui croient qu’on peut continuer ainsi sur notre lancée. Or, quelle que puisse être l’issue de la crise financière et économique actuelle, le monde où nous entrons sera profondément différent de celui que nous quittons (3).
L’expression « inversion des raretés » caractérise assez bien le monde qui vient. A une population mondiale massive, quasiment 7 milliards au milieu du siècle, dotée d’un pouvoir d’achat et de capacités technologiques croissants, s’opposera une planète exsangue. Tout indique que nous nous situons donc à une croisée des chemins : soit s’enclenche une authentique réforme de nos comportements ; soit nous restons prisonniers du paradigme actuel, et c’est un avenir de violence et de morcellement planétaire qui se profile.
Tout le défi de Copenhague sera d’harmoniser la préservation d’un dynamisme social avec une décroissance notable des flux de matière et d’énergie diverses.
On aurait donc tort de croire qu’il sera possible d’affronter une telle nouveauté en recourant seulement à des instruments économiques du style des politiques carbone en gestation. Ces politiques seront bien plutôt le vecteur de bouleversements plus profonds, touchant l’organisation même de nos sociétés, et donc le politique.
(1) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
(2) La Politique de l’oxymore, de Bertrand Méheust, coéd. Les Empêcheurs de tourner en rond-La Découverte, 12.
(3) La Vie des idées du 1er septembre 2009.
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