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Comment on a réécrit la chute du mur de BerlinGilbert Casasus - Professeur à l'Université de Fribourg | Mercredi 11 Novembre 2009 à 12:01 | Lu 11658 fois
Les commémorations du Mur de Berlin donnent lieu à beaucoup de réécritures historiques. Merkel comme Sarkozy aimeraient avoir eu un grand rôle à cette époque. Et Berlinois comme Allemands sont le sujet de beaucoup de contre-vérités.
D’abord un mea culpa. Contrairement au texte de la dernière chronique, ce ne sont pas « les accords » mais bel et bien « le traité 2 + 4 » qui a été signé le 12 septembre 1990 à Moscou par les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Union soviétique et les deux Allemagnes.
Lors des cérémonies, d’ailleurs totalement démesurées, du vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, les approximations historiques furent légion. Chacun voulait s’approprier un événement, alors qu’il n’en fut souvent que le témoin plus ou moins lointain. Meilleur exemple, la chancelière Angela Merkel qui n’a même pas été une « spectatrice engagée » du 9 novembre. En revanche, elle adhère en 1989 au « Demokratischer Aufbruch ». A la veille des premières élections libres en RDA de mars 1990, son chef de file, Wolfgang Schnur, sera démasqué comme un collaborateur de la STASI. Quant à la chute du mur proprement dite, elle résulte d’une erreur de lecture effectuée à 18 heures 53 par le membre du Politburo du SED, Günter Schabowski, qui annonce, à son propre insu, que les citoyens de la RDA peuvent quitter « tout de suite » (« sofort, unverzüglich ») le territoire de l’Allemagne de l’Est. La nouvelle est reprise une demi-heure plus tard par le journal télévisé de la télévision est-allemande « Aktuelle Kamera ». L’autorisation de quitter la RDA fut adoptée quelques heures plus tôt par le comité central du SED. A seize heures (les sources divergent à ce propos, certaines évoquant déjà le début de l’après-midi), ses membres en prennent connaissance par la voix d’Egon Krenz de la délibération du Conseil des ministres. Celle-ci ne devait devenir effective que le vendredi 10 novembre à quatre heures du matin. En tout état de cause, il n’existait aucune information plus ou moins secrète, et datant du matin même, selon laquelle, le mur allait tomber ce 9 novembre 1989 à Berlin. Sinon, le chancelier Helmut Kohl ne se serait certainement pas rendu ce jeudi à Varsovie. Les premiers attroupements autour du mur ont lieu vers 22 heures. Une certaine tension y règne car beaucoup craignent que les garde-frontières ne tirent sur la foule. Rares sont alors les personnes qui tentent de décrocher un morceau du mur avec un marteau. Ceux que l’histoire nommera les « Mauerspechte » (les piverts du mur) ne rentrent véritablement en scène que les jours suivants, d’autant que la police est-allemande emploie encore des canons à eau pour déloger les manifestants qui escaladent le mur. Une autre légende veut que Helmut Kohl se soit rendu à l’Est dès la chute du Mur. Faux ! Comme évoqué précédemment, il n’est pas à Berlin le 9 novembre 1989. Pas plus d’ailleurs qu’une équipe parisienne d’Antenne 2 qui, emploi du temps oblige, n’y sera que le lendemain. Après avoir été copieusement chahuté par les Berlinois de l’Ouest devant la Mairie de Schöneberg le vendredi 10, les images de « Good Bye Lenin » en témoignent, le chancelier ouest-allemand se rend à « Checkpoint Charlie », où, d’après ses propres mémoires, il s’avancera à quelques pas près au-delà de la bande de démarcation qui sépare, à cet endroit, Berlin-est de Berlin-ouest. Toutefois, et conscient du danger que cela aurait inéluctablement représenté, il se garde bien « d’aller vers l’Est » comme quelques-un-e-s ont osé le prétendre ces jours derniers. Enfin, les manifestants est-allemands des mois de septembre et octobre ne se sont jamais réclamés de Lech Walesa. D’une part, en raison du contentieux traditionnel qui existe entre la Pologne et l’Allemagne. D’autre part, parce que l’Allemagne de l’Est est incommensurablement plus protestante qu’elle n’est catholique. A ce propos, faut-il se souvenir que le mouvement de protestation a pris sa source autour du pasteur Christian Führer de la Nikolaïkirche de Leipzig. En revanche, ces mêmes Allemands de l’Est ont toujours fait de Mikhaïl Gorbatchev leur modèle, acclamé qu’il fut par la foule berlinoise les 6 et 7 octobre 1989 lors des commémorations du quarantième anniversaire de la RDA. Enfin, comment ne pas garder en mémoire la manifestation du samedi 4 novembre 1989, où entre 300 000 et 500 000 Berlinois réunis sur l’Alexanderplatz acclamaient les intellectuels que sont l’écrivain Stefan Heym, Ulrich Mühe, l’acteur disparu de « la vie des autres » ou la romancière Christa Wolf ? Tous n’accordaient plus la moindre légitimité au système communiste du SED et espéraient construire une autre RDA, dotée d’un régime véritablement démocratique. Ainsi la chute du mur couronnait cette crise de légitimité est-allemande dont on a très peu parlé ces jours derniers. Faillait-il encore le rappeler comme tous ces événements dont une meilleure connaissance aurait soit permis d’éviter quelques polémiques, soit de ne pas laisser le champ libre à quelques affabulations !
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